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    Secteur scientifique - Julie Payette est fière d’avoir été la première déléguée scientifique du Québec

    «Le Québec est aussi une société de savoir extraordinaire »

    14 novembre 2013 |Claude Lafleur | Actualités en société
    « Nous sommes une société privilégiée — éduquée, tolérante et prospère. On a donc un rôle à jouer à l’international», croit la scientifique et astronaute Julie Payette.
    Photo: Denis Beaumont « Nous sommes une société privilégiée — éduquée, tolérante et prospère. On a donc un rôle à jouer à l’international», croit la scientifique et astronaute Julie Payette.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Elle naît à Ahuntsic. Elle va dans l’espace. Elle devient directrice du Centre des sciences de Montréal. Et, depuis cette année, Julie Payette est aussi reconnue comme Grande Montréalaise, pour ses réalisations dans le secteur scientifique.

     

    C’est avec joie que Julie Payette revient s’installer dans sa ville natale. « Je suis une Montréalaise de 12e génération et je m’en vante ! », clame-t-elle avec le sourire. Tous les Payette descendent de Pierre Payet, dit-elle. Celui-ci est arrivé en Nouvelle-France comme soldat vers 1655 et a reçu, à la fin de son mandat, une terre à Pointe-aux-Trembles. Quant à elle, Mme Payette a vécu son enfance à Ahuntsic.

     

    Et, après plus de 20 ans passés loin de Montréal — principalement à Houston — elle est plus qu’heureuse de revenir vivre ici. Ayant mis fin à sa carrière d’astronaute le printemps dernier — après 21 ans et après avoir accompli deux séjours dans l’espace — elle est à présent directrice générale du Centre des sciences de Montréal, situé dans le Vieux-Port.

     

    « Ça fait partie de la vocation de tout astronaute que d’inspirer nos jeunes, de les motiver à s’accomplir, à aller au bout de leur potentiel, dit-elle. Or voilà ce que fait un centre des sciences, une vocation qui m’est très chère ! »

     

    « Ce qui s’est passé de plus important durant les 21 années où j’ai eu la chance — le privilège — d’être astronaute, c’est l’avènement de la Station spatiale internationale (SSI), déclare Mme Payette. Nous avons été recrutés en 1992 dans le but de servir à bord de la station. » Le « nous » dont elle parle, ce sont les quatre astronautes canadiens de la deuxième génération : Chris Hadfield, Mike McKay, Dave Williams et Julie Payette.

     

    Cette dernière a eu la chance de faire partie du deuxième équipage à visiter la Station, au printemps 1999, alors que celle-ci n’était qu’à l’état embryonnaire. Puis, 10 ans plus tard, elle y est retournée alors que la SSI était pratiquement achevée. Elle a ainsi pu admirer ce « chef-d’oeuvre d’ingénierie » habité en permanence depuis novembre 2000.

     

    « C’est une réussite extraordinaire, insiste-t-elle, dont on ne parle pas dans les médias puisqu’il n’y a pas de catastrophe et que personne ne s’entretue à bord ! La Station spatiale internationale est un laboratoire scientifique où on mène des expériences de physique et de chimie sur les matériaux et où on étudie le comportement de l’être humain en microgravité. »

     

    Selon Julie Payette, ce sera même l’une des grandes réalisations de notre époque dont on se souviendra dans un siècle ou deux. « La Station passera à l’histoire comme un projet d’ingénierie extrêmement complexe réalisé par des nations — dont certaines étaient des ennemis déclarés il n’y a pas si longtemps — et qui ont mis en commun leurs ressources afin de construire un laboratoire international », résume-t-elle.

     

    « Pour moi, poursuit-elle, c’est non seulement un chef-d’oeuvre d’ingénierie, mais également un chef-d’oeuvre de diplomatie ! C’est un outil de politique internationale extrêmement fort », poursuit l’astronaute, du fait que des milliers d’Américains, de Russes, d’Européens, de Japonais et de Canadiens collaborent quotidiennement depuis des décennies. Pour cette raison, Mme Payette se considère comme « extrêmement privilégiée » d’avoir contribué à cette réalisation.

     

    La diplomatie par la science

     

    Pour Julie Payette, la Station est l’exemple des grandioses projets scientifiques qu’on réalise à présent en collaborations internationales — au même titre que le superaccélérateur de particules ou les grands observatoires astronomiques. « Aujourd’hui, on ne peut plus faire de la science chacun dans son coin, dit-elle. Les gouvernements doivent mettre en commun leurs ressources pour réaliser les grands projets scientifiques. » Voilà pourquoi, estime-t-elle, il s’agit de puissants instruments de diplomatie.

     

    La diplomatie par la science est d’ailleurs un sujet qui la passionne à présent, puisqu’elle a séjourné deux ans à Washington à cette fin.

     

    Dans un premier temps, Mme Payette a effectué une minisabbatique au Centre Woodrow-Wilson, un groupe de réflexion américain qui accueille des penseurs, des scientifiques, des industriels et des hauts fonctionnaires venus du monde entier. Elle en a profité pour mener à bien une réflexion savante sur l’utilisation des grands projets scientifiques comme outils de diplomatie. « Cela m’a permis de partager ma vision sur l’importance de la collaboration dans les grands projets », dit-elle.

     

    Elle est ensuite devenue la première déléguée scientifique du Québec. « Habituellement, un pays ou une société se représente au niveau politique, commercial ou culturel, mais très peu au plan scientifique et technique, dit-elle. Or le Québec est aussi une société de savoir extraordinaire. »

     

    « Nous sommes une société privilégiée — éduquée, tolérante et prospère, ajoute-t-elle, on a donc un rôle à jouer à l’international. Déjà, nous rayonnons au chapitre des arts et de la créativité et il n’y a aucune raison pour laquelle on ne rayonnerait pas autant au niveau scientifique et technologique. »

     

    Durant un an et demi, Mme Payette s’est par conséquent employée à faire valoir le Québec. « Nous avons beaucoup travaillé, d’abord pour créer cette fonction, puis pour semer des graines, dit-elle. Il nous faut être proactif en diplomatie scientifique. »

     

    Hélas, les sévères restrictions budgétaires auxquelles fait face le gouvernement de Pauline Marois ont mis un terme à cette fonction que Julie Payette estime « hautement rentable » à long terme. « Le travail de base est là », dit-elle, espérant visiblement que quelqu’un d’autre reprendra son bâton de pèlerin.

     

    C’est ainsi que, depuis ce printemps, Mme Payette est de retour au Québec et que, depuis juillet, elle assume la direction du Centre des sciences. « J’espère rehausser, de manière significative, l’intérêt de tout le monde pour les sciences, dit-elle. Nous visons à ce que tout le monde apprécie la science comme on apprécie généralement les arts. Et, pour cela, nous disposons d’un outil merveilleux ! »


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