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    Les organismes communautaires Famille: plus que de simples centres de services

    Un atelier de cuisine à la Maison de quartier de Fabreville
    Photo: Source Maison de quartier de Fabreville Un atelier de cuisine à la Maison de quartier de Fabreville
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
    Dans les quelque 300 organismes communautaires Famille (OCF) qui existent au Québec, environ 90 000 familles trouvent chaque année conseils, solutions ou aide. Répondant aux besoins de parents démunis, mécontents ou isolés, ces organismes se révèlent être plus que des centres de services, mais bien des milieux de vie.

    Les situations qui mènent des familles vers un organisme communautaire Famille sont variées. « Récemment, une jeune mère a sorti un biberon dans un CLSC et s’est fait montrer la porte, au nom de la promotion de l’allaitement. Un autre parent d’un petit garçon agité s’est fait convoquer trois semaines après la rentrée en maternelle pour se faire dire qu’il fallait consulter au plus vite — donc dans le secteur privé — alors qu’il n’en avait pas les moyens et que l’école ne proposait aucune autre piste de solution », relate Louisane Côté, directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille, qui regroupe quelque 200 organismes au Québec. En marge des listes d’attente, des portes fermées et des consultations inabordables, ces familles, parmi tant d’autres, ont trouvé dans les OCF un lieu d’accueil où « elles ne se sentent pas jugées ».

    L’action des OCF se décline de plusieurs manières, dont le premier niveau d’action est un soutien « à l’exercice du rôle parental ». Leur credo ? Donner aux familles des armes, le pouvoir d’agir et de s’engager, pour aller contre une tendance qui dépossède certaines familles de leurs moyens d’action. En effet, Louisane Côté souligne la fragilité de certaines familles face au système de santé ou à la société. « Être parent, c’est recevoir continuellement la critique de tous les professionnels qui entourent les enfants. Et, quand un professionnel pose un regard critique sur des parents ayant peu de moyens, ceux-ci sont démunis pour y faire face. Ce regard normatif les empêche de se sentir en confiance par rapport au développement de leur enfant ». Or, rappelle-t-elle, « il y a de multiples façons d’éduquer les enfants, des cultures différentes et des conditions de vie différentes. Et tous les enfants n’ont pas la même facilité d’adaptation. » Des ateliers portant autant sur l’encadrement que sur le développement, le budget ou la séparation sont ainsi conçus pour que ces parents redeviennent des « acteurs dans le développement de leur enfant ».

    Action collective

    Parallèlement, les OCF offrent également un moyen d’action collective. Alors que plusieurs familles vivent les mêmes difficultés, l’OCF leur permet de se regrouper pour trouver des solutions et répondre aux enjeux auxquels ils sont confrontés. Il peut s’agir de faire des démarches auprès de la municipalité pour améliorer la sécurité d’un quartier ou la salubrité d’un parc, de développer la construction de logements sociaux ou d’améliorer leurs conditions de vie. « Nous travaillons dans un objectif de développement social », avance Louisane Côté. Alors que de nombreuses familles ont du mal à remplir leur panier d’épicerie, certains OCF ont trouvé des partenaires pour fournir des denrées ou organisent des cuisines collectives pour que les familles concernées repartent avec trois ou quatre repas santé à la maison. C’est notamment le cas de la Maison de quartier de Fabreville, à Laval, où une banque de dépannage alimentaire, montée en partenariat avec des agriculteurs locaux, aide une centaine de familles aux deux semaines. « Quand cette Maison de quartier a été créée, il y a 31 ans, jamais je n’avais pensé faire du dépannage alimentaire. Mais aujourd’hui 21 % de la population du quartier est sous le seuil de pauvreté et nous n’avons pas assez de denrées pour répondre aux besoins », explique la directrice de la Maison, Diane Vallée.

    Pour briser l’isolement et donner confiance aux familles, l’organisme propose avant tout un milieu de vie : pour les mères, les jeunes ou les tout-petits, la Maison offre des coups de pouce au quotidien, un lieu de répit et des moments de détente. Une garderie qui accueille les petits pendant que maman participe à un atelier, des rencontres où on peut partager sans complexes des expériences de vie, des activités de créativité ou de motricité, des séances de cuisine pour les ados, souvent tiraillés entre la malbouffe et l’anorexie, des sorties aux pommes ou des restos sans enfant sont l’occasion de tisser des liens qui sortent du cadre formel. Encouragés à devenir bénévoles, à animer des ateliers, à encadrer des activités ou à partager des expériences, les parents peuvent d’ailleurs s’engager activement au sein de l’organisme. « Nous voulons éviter qu’ils viennent comme consommateurs de services, mais plutôt qu’ils prennent part à un milieu de vie. »

    Relais de service

    Ainsi, les OCF peuvent prendre le relais de services comme le CLSC ou la DPJ à travers une approche personnelle, notamment avec des mères qui ont du mal à communiquer avec les services sociaux. « Ce n’est pas une intervenante du CLSC qui va s’asseoir avec ces mères marginalisées et les prendre par la main pour les aider. Dans notre milieu de vie, nous avons la possibilité de le faire. Nous réussissons à créer des liens à travers des activités ludiques, des promenades ou des moments de détente. Et, quelques mois plus tard, ces mamans participent aux ateliers de stimulation précoce ou aux cuisines collectives », poursuit Diane Vallée. Un autre défi est celui d’intégrer les familles immigrantes, compliqué par la barrière de la langue. Un phénomène nouveau à la Maison de Fabreville, mais bien réel, puisque 47 % des familles sont aujourd’hui issues de communautés culturelles. « Beaucoup de mères déposent leur enfant mais ne restent pas aux activités. » Pour briser la glace, les intervenantes ont recours à des approches discrètes, mais progressives, comme établir un contact visuel ou aider au déshabillage de l’enfant, avant de les amener peu à peu à participer aux ateliers.

    « Des organismes comme celui-ci sauvent des vies », résume Josée, mère d’un garçon atteint du syndrome de Gilles de La Tourette, qui était expulsé de toutes les garderies qu’il fréquentait. Arrivée à la Maison de quartier de Fabreville il y a quatre ans, alors qu’elle était monoparentale et sans emploi, elle a trouvé ce qui allait la sortir du gouffre : une porte ouverte.


    Collaboratrice

    ***

    Fragiles, les familles monoparentales

    La Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) invite à la prudence quant aux programmes de prévention précoce, qui surciblent les familles monoparentales, particulièrement quand elles sont à faible revenu. Même s’ils partent d’une bonne intention, ceux-ci peuvent s’avérer néfastes, au final, envers les populations auxquelles ils veulent venir en aide.

    En 2000, par exemple, le gouvernement a annoncé l’octroi de 22 millions de dollars sur six ans pour financer un programme destiné à de jeunes mères monoparentales en vue de prévenir les difficultés d’adaptation sociale chez les enfants, en encourageant de saines habitudes de vie. En 2008, un nouveau fonds de 400 millions de dollars sur dix ans a été créé pour favoriser le développement des enfants de 0 à 5 ans en situation de vulnérabilité, en vue d’une intervention dès la petite enfance, voire dès la grossesse.

    Mais, pour la Fédération, ces programmes de « prévention précoce féroce », mis au point par des « experts qui expliquent que, si un enfant n’est pas stimulé à tel âge, il sera un décrocheur et un délinquant », contribuent à établir une corrélation entre ces situations familiales difficiles et l’inaptitude à élever un enfant, explique Laurence Lagouarde, agente de recherche et de communication. « On part du principe qu’une mère monoparentale n’est pas en mesure d’éduquer son enfant comme il faut. »

    Le résultat créé est celui d’une stigmatisation systématique, à tel point que les familles monoparentales doivent « vivre avec des préjugés au quotidien ». On parle constamment de populations « vulnérables », de familles « à risque » et de « transmission intergénérationnelle de la pauvreté » comme s’il s’agissait d’une maladie génétique. Le vocable « monoparentale » est d’ailleurs devenu synonyme de futur délinquant, à tel point que certains refusent cette dénomination. « Il y a un travail énorme à faire sur le regard porté sur ces familles. »

    Les maternelles 4 ans ne font pas exception à la règle : destinées surtout aux familles dites vulnérables, elles risquent, selon la Fédération, de créer des ghettos scolaires et de coller, sur les enfants qui les fréquentent, une étiquette dévalorisante.












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