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    Point chaud - Nadeau-Dubois règle ses comptes

    Le livre Tenir tête est une charge antilibérale, reconnaît le leader du printemps 2012 et ancien porte-parole de la CLASSE

    Gabriel Nadeau-Dubois estime que le « dérapage médiatique » du printemps 2012 apparaît encore plus grand avec le recul.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois estime que le « dérapage médiatique » du printemps 2012 apparaît encore plus grand avec le recul.
    Gabriel Nadeau-Dubois en cinq dates

    31 mai 1990 : Naissance à Montréal.
    Automne 2007 : Début de son militantisme au sein de l’ASSE.
    Automne 2009 : Il commence une majeure à l’UQAM en histoire et poursuivra en philosophie à l’Université de Montréal.
    Automne 2011 : Il devient coporte-parole de la CLASSE.
    Novembre 2012 : Il est jugé coupable d’outrage au tribunal et en appelle de la décision.

    Gabriel Nadeau-Dubois le promet, ce sera la dernière fois. Le livre qu’il s’apprête à publier sera son ultime tentative pour se réhabiliter une fois pour toutes, lui, ce « démon » accusé de se cacher derrière son rôle de simple porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) pour éviter de condamner la violence durant le conflit étudiant.

     

    « C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai écrit Tenir tête. Le fonctionnement de la CLASSE, y compris mon statut, de porte-parole a été interprété comme une stratégie ou un tour de passe-passe, mais non, ce n’était pas de la poudre aux yeux. C’était vrai. J’espère que ça va être la dernière fois que je vais en parler », a souligné au Devoir,l’ancien porte-parole de la CLASSE, dont l’ouvrage sera lancé jeudi par Lux Éditeur.

     

    On sent ce jeune étudiant en philosophie encore quelque peu ébranlé d’avoir été ainsi malmené sur la place publique. « Les nuits de Joseph Facal étaient désormais hantées par les spectres de la révolution du “Kébékistan” »,laquelle, a-t-il vu en rêve, ouvrirait la voie à« l’UPAC, l’Union planétaire anti-capitaliste, à partir de l’axe Mercier-Pyongyang-La Havane »,et où l’on pourrait compter sur le« petit Nadeau-Dubois » pour diriger des camps de rééducation », peut-on lire dans un chapitre où il s’emploie à citer en rafale des extraits des chroniqueurs et journalistes détracteurs du mouvement étudiant.

     

    « Il y a tout eu [comme comparaisons]. Le Rwanda, l’ex-Yougoslavie, Cuba, l’URSS, la Corée du Nord, l’Irak, al-Qaïda. C’est incroyable, tous les qualificatifs mis bout à bout pour décrire les étudiants », lance Gabriel Nadeau-Dubois, encore surpris par cette démesure. Pour lui, ce « dérapage médiatique » apparaît encore plus grand avec le recul. « Un an après, quand on relit ça, on se rend compte vraiment qu’ils étaient sur une autre planète ». Même le choix des mots était stratégique et visait à décrédibiliser le mouvement. « Tout le vocabulaire de l’enfant rebelle et de l’enfant roi, et la criminalisation, avec des mots comme voyou, bandit, etc. Ce sont deux champs lexicaux différents, mais qui, au fond, produisaient le même effet, soit de retirer aux étudiants, comme groupe, leur statut d’interlocuteur légitime », analyse-t-il.

     

    Thèses et anecdotes

     

    Ouvrage hybride écrit principalement dans la campagne de Thetford Mines, d’où vient sa famille, Tenir tête est une sorte d’essai lyrique - « c’est un livre d’une honnêteté totale et j’espère que ça se sent » - où l’auteur mêle les habituelles thèses qu’il défend (la gratuité scolaire, la condamnation du néolibéralisme, etc.) et des anecdotes récoltées dans des moments charnières du printemps 2012 (le vote de grève remporté par 12 voix au cégep de Valleyfield, sa convocation suspecte au quartier général de la Sûreté du Québec, Simon Durivage qui lui raccroche au nez en direct à la télévision…).

     

    L’ex-tête d’affiche du mouvement étudiant admet avoir dû parsemer son récit plus sérieux et théorique de quelques tranches de vie plus people, dont il n’a certainement pas voulu abuser. « Au début, je voulais me tenir loin de l’événementiel, mais il y avait tellement de malentendus que ça valait la peine d’en parler », raconte Gabriel Nadeau-Dubois, qui débat maintenant deux matins par semaine à l’émission matinale de Marie-France Bazzo à Radio-Canada. « En l’écrivant, je me suis rendu compte moi-même que [la réalité] était tellement décalée de la propagande qui a été faite, que ça pouvait apparaître invraisemblable. […] Je me suis même demandé si les gens allaient me croire. »

     

    Ainsi, dans sa démarche de vérité, ses petits récits de la grève reviennent parfois rappeler certaines choses qu’on savait déjà, comme les tensions entre les différents groupes étudiants et l’improvisation du mouvement de leurs principaux protagonistes. « La fameuse manif contre la trêve, toutes les manifs nocturnes, celle de désobéissance à la loi spéciale et d’autres qu’on ne voyait jamais venir… J’ai l’humilité de reconnaître que ça nous dépassait », admet-il.

     

    Mais le livre présente, bien sûr, de l’inédit. Des moments de grâce (à l’AG de Valleyfield, un jeune au style hip-hop est venu, contre toute attente, livrer un touchant discours pro-grève) aux moments de tristesse (on y fait le récit du désarroi des leaders étudiants qui voyaient sous leurs yeux, en direct de l’Assemblée nationale, les députés voter un à un en faveur du projet de loi 78).

     

    Contre les libéraux... et la CLASSE ?

     

    Gabriel Nadeau-Dubois ne s’en cache pas : le livre est une fronde contre l’ex-gouvernement libéral. « Mais je ne fais pas simplement cette critique au nom de l’augmentation des frais de scolarité, il y avait réellement un projet politique des libéraux derrière ça. »

     

    À maintes reprises dans le livre, on remarque, avec plus ou moins d’étonnement, que le jeune auteur essaie aussi de se distancier de certaines décisions ou de critiquer le fonctionnement de la CLASSE, dont il était pourtant le porte-parole. « J’amène des éléments de critiques, mais je pense aussi que c’est une forme d’organisation qui est très bonne », dit-il, indiquant qu’il ne veut pas jouer « à la belle-mère péquiste ».

     

    Aujourd’hui, devant une CLASSE redevenue ASSE qui a refusé de participer au débat en ayant choisi de ne pas être du Sommet sur l’enseignement supérieur, il évite de se prononcer, mal à l’aise. « Je ne suis pas un dogmatique de la collaboration ou de la confrontation. Ces décisions-là doivent être prises à la pièce », se contente-t-il de dire.

     

    Il y serait sûrement allé, mais c’est par respect pour son ancienne organisation que Gabriel Nadeau-Dubois refuse de participer à la commission d’examen du printemps 2012, présidée par Serge Ménard. Mais aussi parce que le mandat de la commission n’est pas celui de mener une enquête. Ce sera la parole de l’un contre celle de l’autre, déplore l’étudiant de 23 ans. « Le SPVM dit qu’il n’y a pas eu de poivre de Cayenne et les étudiants disent que oui. Mais le poivre de Cayenne, ce n’est pas une opinion ! Pas besoin de chercher loin pour savoir qu’il y en a eu. Allez sur youtube.com », s’exclame-t-il.

     

    Visiblement, la poussière n’est pas tout à fait retombée sur les événements du printemps 2012. Et comme d’autres ouvrages ont tenté de le faire, celui de Gabriel Nadeau-Dubois se veut, selon lui, une contribution « à cet indispensable effort de compréhension ».













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