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    Les «mini-miss» s’invitent en politique

    Quelque 40 000 personnes ont signé une pétition exigeant l’annulation du concours prévu à Laval, que dénonce aussi une candidate à la mairie

    27 septembre 2013 |Anabel Cossette Civitella | Actualités en société
    Pour les instigateurs de la pétition, les concours de « mini miss », très populaires aux États-Unis, véhiculent des images des enfants qui sont lourdes de sens.
    Photo: Jeff Janowski Associated Press Pour les instigateurs de la pétition, les concours de « mini miss », très populaires aux États-Unis, véhiculent des images des enfants qui sont lourdes de sens.

    La controverse autour du concours de « personnalité » pour enfants « mini-miss » atteint la campagne électorale à Laval : Claire Le Bel, candidate à la mairie, soutient que cet événement contrevient aux « valeurs lavalloises » et somme les organisateurs d’annuler la compétition.

     

    Au moins un autre aspirant-maire, l’ex-policier Marc Demers, s’est prononcé contre la tenue d’événements semblables, sans aller jusqu’à en réclamer l’annulation. Jeudi soir, près de 40 000 personnes avaient signé en deux jours la pétition en ligne lancée contre ce concours jugé sexiste, qui s’adresse aux jeunes filles de 19 ans et moins.

     

    L’organisme National Canadian Girl a beau plaider avec vigueur qu’il s’agit d’un concours de personnalité, et non d’un concours de beauté, l’indignation continue de se répandre envers cet événement prévu le 24 novembre. Les défilés et les joutes oratoires mettant en scène des fillettes, où chaque participante gagne une couronne de princesse, n’ont décidément pas la cote, à en croire les réactions épidermiques que cela suscite.

     

    « Ce pour quoi Option Laval se présente, le fil conducteur de toutes nos actions, tous nos engagements, c’est la famille. […] Je me devais de prendre position », a dit au Devoir Claire Le Bel, candidate à la mairie.

     

    « Je suis aussi travailleuse sociale de formation, dans la vie de tous les jours, je suis directrice d’un organisme famille. Je suis très, très au courant des dommages que peut apporter un concours comme ça, insiste Mme Le Bel. Il n’y a rien de bon dans ce concours, ni pour ces petites filles-là, ni pour les parents, ni pour les Lavallois, ni pour les Québécois. »

     

    Dans le contexte explosif du débat entourant le projet de Charte des valeurs québécoises, la candidate à la mairie, qui est conseillère municipale à Laval, invite la population à se questionner sur l’hypersexualisation et sur les valeurs qu’on veut inculquer à nos enfants. « Les valeurs, ce n’est pas juste la religion », mentionne-t-elle. Les fillettes qui participent à des concours de beauté, « on les moule déjà dans l’hypersexualisation », selon elle.

     

    Marc Demers, candidat à la mairie pour le Mouvement lavallois, éprouve le même malaise devant les « mini-miss ». « Laissons les enfants vivre leur enfance », dit-il. Il ajoutait sa voix à celles de Guy A. Lepage, Véronique Cloutier et des dizaines de milliers de Québécois outrés par la tenue du concours destiné aux fillettes.

     

    Le médecin Alain Vadeboncoeur, co-instigateur de la pétition contre le concours en question, est agréablement surpris que la chose prenne une telle ampleur. D’après lui, la réaction s’explique parce que le « sujet est assez consensuel parmi la population ».

     

    Quand on lui demande si on ne fait pas une tempête dans un verre d’eau avec les mini-miss, le médecin réplique que « le sujet est très important. Je ne sais pas si ça a un impact si majeur en soi, mais ça véhicule des images des enfants qui sont lourdes de sens ».

     

    Impacts sur les enfants

     

    La sociologue et auteure américaine Hilary Levey Friedman, spécialiste des concours de beauté, nuance. Pour elle, les conséquences sur les jeunes enfants qui participent au concours sont moins claires qu’on peut penser de prime abord. « On ne connaît pas les impacts avec certitude. Il y a eu quelques recherches sur la relation entre la participation aux concours de beauté et les troubles alimentaires, mais on n’a pas trouvé de relation significative. »

     

    Par contre, continue-t-elle, il est prouvé que les participantes plongées jeunes dans cet univers risquent davantage d’être insatisfaites de leur apparence en vieillissant.

     

    Dans certains cas, Hilary Levey Friedman parle même de retombées positives chez les participants, comme une attitude moins timide et une prise de confiance en soi. Quant aux impacts sur la société en général (projection d’une image stéréotypée, valorisation de la superficialité, etc.), la spécialiste affirme que les concours de beauté « ne sont que le symptôme de notre perception de la femme et de son apparence dans la société, mais ils ne causent pas grand-chose ».

     

    La personnalité d’abord

     

    L’organisme qui organise l’événement se défend avec vigueur de véhiculer des valeurs sexistes et de favoriser l’hypersexualisation des enfants. Les tenues « sexy » sont carrément interdites. Et le concours vise d’abord et avant tout à développer la personnalité des participantes, a réagi Liz McKinnon, fondatrice et directrice nationale de Canadian Girl Pageants, dans un communiqué publié mercredi.

     

    « National Canadian Girl met l’accent sur la capacité à s’exprimer en public, sur la personnalité et sur le plaisir à apparaître sur une scène. Ce n’est PAS un concours de beauté », a écrit la responsable du concours, établie en Colombie-Britannique.

     

    Dans l’espoir de lutter contre les stéréotypes féminins, la France vient d’interdire les concours de beauté pour les enfants de moins de 16 ans. Mais le gouvernement Marois exclut un projet de loi semblable au Québec, a indiqué la ministre de la Condition féminine, Agnès Maltais.

     

    Robert Bordeleau, candidat à la mairie de Laval, ne croit pas que les politiciens devraient se mêler du débat. « Qui suis-je vraiment pour juger ? […] On ne peut pas se permettre que le politique rentre dans tout. Il faut tirer une croix quelque part. On devient comme une espèce d’État policier si on essaie de tout régulariser, tout gérer. »

     

     

    Avec Marco Fortier













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