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    Déchets nucléaires: des maires sonnent l’alarme

    Ottawa prévoit transporter par camion, à travers des zones habitées, de l’uranium hautement radioactif

    L'entrée des laboratoires de Chalk River, en Ontario. Les résidus d’uranium liquides de Chalk River étaient stockés jusqu’en 2003 dans un vaste réservoir en acier inoxydable situé sur les lieux de la centrale et les résidus sont depuis enfouis dans des fosses de ciment.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick L'entrée des laboratoires de Chalk River, en Ontario. Les résidus d’uranium liquides de Chalk River étaient stockés jusqu’en 2003 dans un vaste réservoir en acier inoxydable situé sur les lieux de la centrale et les résidus sont depuis enfouis dans des fosses de ciment.

    Un projet fédéral visant à déplacer par camion des déchets nucléaires hautement radioactifs, sous forme liquide, provoque une levée de boucliers de maires québécois. Une quarantaine de municipalités ont adopté une résolution demandant à Ottawa de renoncer à transporter ces résidus d’uranium enrichi de qualité militaire, qui proviennent des laboratoires de Chalk River, en Ontario. Les gouvernements Harper et Obama ont signé un accord pour traiter ces déchets à l’abri des terroristes dans un laboratoire de Savannah, en Caroline du Sud.



    Moins d’un mois après la catastrophe de Lac-Mégantic, les maires du Québec comptent « tout mettre en oeuvre » pour empêcher Ottawa de faire transiter ses déchets nucléaires les plus toxiques par des zones habitées. Les élus réclament des « consultations publiques approfondies », au Canada et aux États-Unis, avant toute décision sur ce sujet sensible.

     

    « Quand il est question de matières dangereuses comme celles-là, le principe de précaution devrait s’appliquer », dit Josée Duplessis, présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal. Le conseil municipal se penchera à sa prochaine réunion, le 26 août, sur une résolution visant à mettre un frein à ce projet de transfert de déchets jugés extrêmement dangereux.

     

    Le transport de substances radioactives est courant au Canada et partout dans le monde - et strictement réglementé. Ce qui inquiète les maires dans le cas de ces déchets de Chalk River, c’est qu’il s’agit de résidus parmi les plus radioactifs, qu’on déplacerait en grande quantité et sous forme liquide. Les conséquences d’un accident seraient inimaginables, surtout en cas de déversement dans les Grands Lacs, qui alimentent en eau potable 8,5 millions de Canadiens, font valoir les élus municipaux. Les camions transportant les matières radioactives devraient franchir les Grands Lacs pour aller de Chalk River vers la Caroline du Sud. Le parcours prévu des convois est gardé secret par Ottawa et par Washington, pour des raisons de sécurité nationale.

     

    « On a fait aveuglément confiance à des entreprises pour le transport ferroviaire. On a vu ce que ça a donné à Lac-Mégantic », dit Gaëtan Ruest, maire de la petite ville d’Amqui, en Gaspésie. Il dirige le Regroupement des municipalités québécoises pour un futur énergétique socialement responsable, qui avait réclamé la fermeture de la centrale Gentilly-2. Cette organisation informelle et d’autres groupes de la société civile ont aussi forcé Ottawa à renoncer à envoyer des déchets nucléaires de la société ontarienne Bruce Power en Suède, en passant par le fleuve Saint-Laurent.

     

    « Les élus municipaux ont le devoir de se mêler de ces questions-là. Chaque voix compte. On ne peut pas juste présumer que les entreprises et les gouvernements agissent en bons pères de famille », dit Gaëtan Ruest sur un ton indigné.

     

    Contre le terrorisme

     

    Le Canada envoie déjà des grappes d’uranium hautement enrichi, sous forme solide, pour traitement aux États-Unis, a indiqué la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Cet accord international vise à transférer vers les États-Unis, à l’abri de terroristes, des matières susceptibles d’entrer dans la fabrication d’une bombe atomique. « Le Canada se défait du matériel utilisable pour la fabrication d’armes et se dégage d’une responsabilité nucléaire », affirme la CCSN dans une note d’information remise au Devoir.

     

    Un accord signé en 2012 avec le gouvernement Obama prévoit l’envoi de déchets canadiens sous forme liquide, ce qui nécessite de nouvelles approbations pour le conteneur, ainsi qu’un permis de transport - tant auprès des autorités canadiennes qu’américaines.

     

    La CCSN étudie la demande d’homologation du conteneur faite par la société américaine NAC International inc. Aucune demande de permis de transport n’a encore été formulée par Énergie atomique du Canada limitée (EACL), propriétaire du laboratoire de Chalk River, indique Marc Drolet, porte-parole de la CCSN.

     

    Les laboratoires de Chalk River produisent des isotopes médicaux, vendus partout dans le monde, qui servent à diagnostiquer et à traiter des maladies cardiaques et des cancers. Ces isotopes sont devenus un outil médical incontournable.

     

    Les résidus d’uranium liquides de Chalk River étaient stockés jusqu’en 2003 dans un vaste réservoir en acier inoxydable situé sur les lieux de la centrale. Comme ce réservoir de 24 000 litres est rempli à ras bord, les autorités enfouissent désormais les résidus dans des fosses de ciment. Ces lieux font l’objet d’une très haute surveillance par l’Agence internationale de l’énergie atomique.

     

    Plusieurs « châteaux de transport » servant au transport d’uranium liquide par camion sont en service dans le monde, selon la CCSN. Avant d’être envoyés dans les rues, ces réservoirs sont soumis à des tests rigoureux, comme une chute libre de 9 mètres sur une surface dure ; ou encore une exposition à une température de 800 °C pendant 30 minutes, souligne l’organisme fédéral qui réglemente l’industrie nucléaire. Peu rassurés par les autorités fédérales, les maires réclament des consultations publiques sur la question du transport des matières dangereuses.













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