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    Point chaud - Tensions entre la SQ et les Innus

    Des chefs autochtones réclament leur propre police après un incident impliquant un jeune Innu à La Romaine

    Selon M. Bellefleur, les policiers de la SQ en opération dans les réserves ne connaissent pas la culture et encore moins la langue des Innus, ce qui peut entraîner des tensions comme il s’en est produit la semaine dernière.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot, Archives Selon M. Bellefleur, les policiers de la SQ en opération dans les réserves ne connaissent pas la culture et encore moins la langue des Innus, ce qui peut entraîner des tensions comme il s’en est produit la semaine dernière.
    Raymond Bellefleur en cinq dates

    1963 : Naissance à Unamen Shipu.
    1990 : Il réalise son rêve d’enfant en intégrant la police d’Unamen Shipu, il y restera 17 ans.
    2008 à 2011 : Il est élu conseiller au conseil des Innus d’Unamen Shipu.
    2011 : Il devient chef de la réserve d’Unamen Shipu.
    Août 2013 : Élections du conseil de bande, M. Bellefleur ne sait pas s’il va briguer un autre mandat.
    Une intervention policière controversée dans la réserve d’Unamen Shipu, à La Romaine, a créé des tensions entre certains jeunes et les agents de la Sûreté du Québec (SQ) dans plusieurs communautés, ces derniers jours, mais elle a aussi ravivé un débat autour de la création et du maintien de forces de police autochtones.

    Raymond Bellefleur, le chef de la réserve d’Unamen Shipu, a été policier avant d’entrer en politique, non pas au sein de la SQ, mais plutôt d’une force de police autochtone, aujourd’hui dissoute. Une semaine après la tentative d’arrestation d’un membre de sa communauté par des agents de la SQ, il veut qu’Ottawa lui donne des fonds pour recréer cette police. Mardi dernier, la mise en ligne d’une vidéo montrant deux policiers en train de tenter d’arrêter Norbert Mestenapeo, un Innu de 24 ans, a provoqué des tensions entre les jeunes de cette communauté de 1000 habitants et la SQ, explique le chef. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des jeunes ont même érigé une barricade, à laquelle ils ont mis le feu, pour empêcher les policiers de pénétrer dans la réserve, si jamais ils devaient y effectuer une patrouille, explique M. Bellefleur. « Dans la soirée, les jeunes à l’entrée de la communauté ont fait un feu pour que la SQ ne rentre pas dans la réserve. Ils ont allumé des palettes », explique M. Bellefleur, en entrevue téléphonique avec Le Devoir. Aucune patrouille ne s’est toutefois présentée dans cette réserve située à La Romaine, cette nuit-là. La SQ a effectué ses rondes sans encombre, cette fin de semaine, selon le chef. Par ailleurs, samedi matin, une altercation est survenue parmi une trentaine de jeunes de la communauté d’Obedjiwan, en Haute-Mauricie, et des policiers de la SQ, sans faire de blessés. En entrevue avec Radio-Canada, le chef de la communauté, Christian Awashish, expliquait que la vidéo d’Unamen Shipu pourrait être à l’origine des tensions. M. Bellefleur souhaite toutefois calmer les jeunes de sa réserve. « Il va falloir que je leur parle, qu’il n’y ait pas de grabuge », explique-t-il. Mais à plus long terme, c’est au gouvernement fédéral qu’il veut parler. Sa réserve a eu une force de police autochtone entre 1996 et 2007, aux termes d’une entente tripartite entre Québec, Ottawa et son conseil de bande. Mais le gouvernement fédéral n’a pas renouvelé son financement, il y a six ans, ce qui a obligé le conseil de bande à faire appel à la SQ, dit M. Bellefleur. Depuis, il tente de recréer la force de police à laquelle il a appartenu. « La province, ils sont ouverts à ça, mais le fédéral, ils disent tout le temps qu’ils manquent d’enveloppes […] Ça nous prendrait à peu près 200 000 ou 300 000 dollars », explique-t-il. Selon lui, les policiers de la SQ ne connaissent pas la culture et encore moins la langue des Innus, ce qui peut entraîner des tensions comme il s’en est produit la semaine dernière.

     

    Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a donné son soutien à M. Bellefleur, appelant Québec et surtout Ottawa à s’entendre afin de mettre sur pied des forces de police autochtones. Les ententes qui encadrent ces services policiers, financées à 52 % par le fédéral et à 48 % par le provincial, sont renouvelées en moyenne tous les deux ans. Il existe 55 communautés autochtones au Québec. Jusqu’au 31 mars dernier, la plupart d’entre elles avaient leurs propres forces de police. Toutefois, plusieurs de ces communautés ne sont plus desservies par une force de police autochtone, notamment depuis la fin d’une entente tripartite, en mars dernier. Les chefs souhaitent rencontrer Steven Blaney, le nouveau ministre fédéral de la Sécurité publique, à ce sujet.

     

    Intervention filmée

     

    La revendication n’est pas nouvelle, mais la vidéo de l’intervention musclée, largement diffusée sur les réseaux sociaux, l’a ravivée. Filmée depuis l’intérieur d’une automobile, elle montre les silhouettes de deux policiers qui tentent de maîtriser un jeune homme qui se débat. La vidéo est de mauvaise qualité, mais les policiers semblent asséner des coups de poing et des coups de matraque sur le corps et sur la tête du jeune homme. La SQ a ouvert une enquête interne pour comprendre les circonstances de cette tentative d’arrestation. Les policiers n’ont finalement arrêté personne lors de l’intervention. Le jeune homme s’en est tiré avec neuf points de suture à la tête, selon ses proches. Les circonstances entourant l’intervention demeurent floues, mais M. Bellefleur tire déjà des conclusions. « C’est de la brutalité policière », dit l’ancien policier. Une telle situation aurait pu être évitée si la réserve avait eu son service de police, dit-il. M. Bellefleur se souvient que les tensions étaient moindres, lorsque les policiers étaient tous Innus. « On se parlait montagnais, puis à chaque événement, on se comprenait », raconte-t-il.

     

    Et dans une communauté où tout le monde se connaît, il lui est souvent arrivé de passer les menottes à des proches. « Même mes cousins, mes amis, je les arrêtais quand j’étais policier. […] Au début, dans la cellule, ça criait, ça sortait toutes sortes de noms, ils disaient qu’ils me haïssait », dit-il. S’il a arrêté des gens qu’il connaissait, il a aussi aidé ceux qu’ils croisent encore aujourd’hui. « Un jeune voulait se suicider. […] Le petit jeune, il est pas mort, je l’ai amené au dispensaire, il a survécu », se souvient-il. « Je le croise, puis en plus on se parle […] Je lui ai sauvé la vie en fin de compte », explique-t-il. Le jeune homme, qui est maintenant père de famille, avait mal positionné le canon de son arme et s’était blessé en tentant de se tirer une balle dans la tête. M. Bellefleur a quitté finalement la force de police en 2007, un an avant sa dissolution. Mais il est resté dans la réserve pour se faire élire conseiller de bande en 2008, puis chef en 2011. Sa communauté, qui n’est accessible que par avion ou par bateau, est défavorisée, explique-t-il. « On n’a pas de développement économique, on n’a rien, rien, même pas la mine, même pas la forêt, même pas le barrage », dit-il. La mise en place d’une force de police pourrait aussi donner quelques emplois aux nombreux jeunes de la réserve, estime-t-il.

     
     
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