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    Libre opinion - Moins de violence envers les enfants, vraiment?

    8 juillet 2013 |Marie-Hélène Gagné - Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance, Université Laval et Marie-Ève Clément - Chaire du Canada sur la violence faite aux enfants, Université du Québec en Outaouais | Actualités en société

    Le 18 juin dernier, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) diffusait les résultats de la troisième édition de l’enquête La violence familiale dans la vie des enfants, réalisée en 2012 auprès de plus de 5000 parents québécois. En dépit de son envergure et de sa grande qualité méthodologique, cette enquête a eu peu de retentissement dans les médias, si ce n’est pour souligner une bonne nouvelle : les châtiments corporels sont en baisse au Québec. En effet, 35 % des jeunes Québécois ont été secoués ou pincés, ou ont reçu des tapes sur les mains, les bras, les jambes ou les fesses, au moins une fois au cours de la dernière année, alors que cette proportion était de 43 % en 2004 et de 48 % en 1999. De plus, l’enquête révèle qu’un nombre croissant de parents désapprouvent ces châtiments et recourent à des méthodes disciplinaires non violentes, comme expliquer les choses à l’enfant ou lui retirer des privilèges.

     

    Ces résultats sont porteurs d’espoir, car ils reflètent un changement de normes sociales en regard de la punition corporelle au Québec. […] Mais la partie n’est pas gagnée. L’enquête de l’ISQ révèle aussi que la grande majorité des parents québécois se sentent démunis et considèrent que les parents sont généralement trop mous avec leurs enfants. La moitié de nos enfants subissent les cris, les injures, les menaces ou les humiliations répétés de la part des adultes de leur foyer.

     

    Un jeune québécois sur neuf reçoit des punitions corporelles répétées, c’est-à-dire au moins trois fois par année. Et contrairement à la punition corporelle, la violence physique sévère n’a pas diminué depuis 1999 : bon an, mal an, elle touche 6 % des enfants du Québec, soit environ un enfant sur seize. Ce taux est très élevé : on parle ici d’agressions susceptibles d’entraîner des blessures chez les enfants et suffisamment graves pour être signalées à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Ces signalements ont d’ailleurs connu une forte hausse au cours des dernières années, culminant en 2010-2011 avec une augmentation de 8,2 % par rapport à l’année précédente.

     

    Existe-t-il un autre problème physique, psychologique ou social qui affecte autant d’enfants au Québec ? Lorsqu’on tient compte du risque accru pour ces enfants d’éprouver des difficultés émotionnelles, interpersonnelles, scolaires et de santé, on mesure la lourdeur du fardeau de la maltraitance. Pour la société, la maltraitance coûte aussi cher que des problèmes de santé répandus comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires. La maltraitance nous atteint tous, humainement et économiquement.

     

    Cette réalité est tellement dure que, bien souvent, la première réaction est de vouloir s’en distancier. Par exemple, nous préférons penser que ces gestes violents ou négligents sont commis par des êtres horribles, monstrueux, malades ou criminels qui n’ont rien à voir avec nous. Cette perception est entretenue par les médias, qui tendent à publiciser les cas extrêmes et les plus révoltants. C’est aussi ce qui nous amène à reprocher au système de protection de la jeunesse son incapacité (croyons-nous) à préserver les enfants de telles tragédies. Ce sentiment d’indignation est compréhensible, mais il a un effet pervers. Il nous rend défaitistes, désabusés et nous désolidarise, nous privant ainsi de notre pouvoir d’agir sur le problème. Et surtout, il nous éloigne du vrai problème.

     

    Car la plupart des situations de violence ou de négligence envers les enfants n’ont rien de spectaculaire. […] C’est ce que révèle l’enquête de l’ISQ, comme plusieurs autres recherches menées ailleurs dans le monde. Quand les parents souffrent, les enfants écopent.

     

    Citoyens sensibles et attentifs

     

    La recherche dans ce domaine est concluante : la meilleure manière de prévenir la violence et la négligence dans la vie familiale des enfants, c’est de soutenir les parents. C’est de veiller à ce que chaque parent trouve dans son environnement une réponse à ses besoins, petits ou grands. […] À l’échelle nationale, nous avons besoin de politiques gouvernementales explicites […]. À l’échelle régionale et locale, nous avons besoin de programmes de prévention efficaces, bien financés et soutenus par l’ensemble de nos institutions.

     

    Mais par-dessus tout, nous avons besoin de citoyens sensibles et attentifs les uns aux autres, qui décident individuellement et collectivement de faire de leur voisinage une zone exempte de maltraitance envers les enfants.

     

    Marie-Hélène Gagné - Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance, Université Laval et Marie-Ève Clément - Chaire du Canada sur la violence faite aux enfants, Université du Québec en Outaouais













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