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Déporté puis détenu durant un an - Le mystère reste entier

Le gouvernement canadien refuse de faire la lumière sur l'affaire Arar et va même jusqu'à justifier le comportement des États-Unis

8 octobre 2003  Actualités en société
Maher Arar et son épouse ne peuvent pas compter sur le gouvernement canadien pour tenter de comprendre ce qui s’est passé au cours de la dernière année.
Photo : Jacques Nadeau
Maher Arar et son épouse ne peuvent pas compter sur le gouvernement canadien pour tenter de comprendre ce qui s’est passé au cours de la dernière année.
Ottawa — Si la population veut savoir ce qui est vraiment arrivé à Maher Arar, ce Canadien arrêté et déporté vers la Syrie dans des circonstances nébuleuses, ce n'est pas du côté du solliciteur général ni du ministre des Affaires étrangères qu'elle obtiendra réponse. Elle ne devrait pas attendre non plus de leur part des remontrances envers les autorités américaines, puisque les deux ministres disent maintenant que les États-Unis ont agi à bon droit.

Le ministre Bill Graham a en effet soutenu qu'il n'était «pas en position» de dire s'il était satisfait de la manière que les États-Unis avaient agi. «Nous avons été informés que les Américains ont agi dans le respect de leurs droits en vertu du droit international.» Le solliciteur général, Wayne Easter, a tenu le même discours.

Maher Arar avait été arrêté à l'aéroport de New York l'année dernière et les autorités américaines l'avaient déporté vers la Syrie. Pourtant, M. Arar voyageait avec un passeport canadien, revenait d'un voyage en Tunisie et n'était pas retourné en Syrie depuis qu'il en avait émigré, il y a 15 ans. L'ambassade américaine à Ottawa refuse de commenter l'affaire.

M. Easter, qui a comparu hier devant le comité permanent des Affaires étrangères, a exaspéré les députés, y compris ses collègues libéraux, en esquivant toutes les questions. Jamais il n'a été possible de savoir si oui ou non la GRC avait communiqué aux Américains des informations concernant M. Arar qui auraient ultimement conduit à son arrestation.

«Si je confirmais, a dit le solliciteur général, que des informations ont été transmises, ce serait une admission de facto qu'il y a une enquête policière en cours. Je crois que ce serait tout à fait inapproprié de confirmer publiquement une enquête de la GRC.»

Excédés, les députés se sont montrés sans pitié. «Vous n'êtes pas seulement un ministre, vous êtes un être humain, lui a lancé son collègue libéral John Harvard. N'êtes-vous pas furieux contre les Américains qui ont pris un de nos citoyens et l'ont envoyé dans un goulag syrien?» Puis, continuant sa charge contre le ministre, qui se réjouissait du fait que M. Arar était revenu au pays, M. Harvard lui a rappelé qu'un innocent avait perdu un an de sa vie. «En tant qu'être humain, cela ne vous déprime-t-il donc pas? Pouvez-vous me regardez dans les yeux et me dire: "Le système fonctionne."?»

L'émotion était aussi forte chez Art Eggleton et Diane Marleau, deux ex-ministres libéraux siégeant aussi au comité. «Quand ça a l'air mauvais, quand ça sent mauvais, c'est généralement mauvais. Dans ce cas-ci, ça sent mauvais», a lancé Mme Marleau. Elle a demandé au ministre s'il croyait pouvoir aller au fond des choses dans ce dossier et s'il pensait pouvait faire confiance à ses fonctionnaires. «J'ai déjà été ministre et je sais que, parfois, on nous dit ce qu'on croit qu'on veut entendre et pas ce qui est vrai.»

Pas d'excuse pour le moment

Maher Arar ne doit pas non plus s'attendre à ce que son nom soit blanchi par la GRC. Il n'est pas question d'émettre une déclaration précisant qu'il ne fait pas l'objet d'une enquête ou que cette enquête est terminée. Pourtant, la GRC avait agi ainsi en avril dernier pour blanchir la réputation de Brian Mulroney, dont le nom était toujours associé à l'affaire Airbus. La GRC avait émis un communiqué de presse annonçant que l'enquête était close et qu'aucune autre accusation — lire: impliquant l'ex-premier ministre — ne serait portée.

À la GRC, hier, on refusait d'établir un lien entre les deux cas. «Vous essayez de comparer des oranges avec des pommes», a indiqué le porte-parole, Paul Marsh. Il n'a pas voulu dire en quoi les deux cas étaient différents. «On n'a jamais dit qu'on était intéressé par M. Arar, on n'a jamais déposé de poursuite contre M. Arar. On n'a jamais dit qu'on enquêtait sur M. Arar.»
 
 
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