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    La société des galas

    Une veudette ne vient pas sans public

    Ovation, Rémy Girard. Tiré du livre Admissions. Courts métrages photographiques de Jocelyn Michel (éditions Cardinal).
    Photo: Jocelyn Michel Ovation, Rémy Girard. Tiré du livre Admissions. Courts métrages photographiques de Jocelyn Michel (éditions Cardinal).
    «La célébrité vous donne l’impression que tout le monde vous connaît, mais en réalité, vous ne connaissez personne.» – Charlie Chaplin
     
    «La célébrité m’a apporté un gros avantage : les femmes qui me disent non sont plus belles qu’autrefois.» – Woody Allen
     
    «La plupart des hommes célèbres meurent dans un véritable état de prostitution.» – Sainte-Beuve
     
    «Pour se faire un nom, il faut être connu.» – Jules Renard
     
    «La gloire est le deuil éclatant du bonheur.» – Madame de Staël
    Je vis avec un autiste, un analphabète du 7 jours et de La Semaine. Il pourrait aussi bien être Ougandais ou Croate. En tout cas, il semble affligé d’une forme rare d’indifférence à la veudette québécoise et ne départage pas Joël Legendre d’Éric Salvail.

    Il y a quelques années, lors d’une première au théâtre, mon fiancé a croisé Patrick Huard devant les urinoirs. Il n’y en avait qu’un de libre et Huard a cru bon expliquer qu’il avait préséance avec un : « Tu me reconnais pas ? »


    Moue très explicite de mon légitime, qui ne sait pas qui est Rogatien. Huard a failli en perdre sa chique et son air baveux. Mais mon illustre a compris qu’il avait affaire à un big du showbigness à cause de l’aura alpha. Il a laissé pisser.


    Depuis, je m’amuse à faire son éducation, mais il n’a aucun talent pour les physionomies et zéro intérêt pour les paillettes, les robes bustiers et les sourires cireux du musée Grévin.


    La défunte page d’Herby Moreau (« Dans les coulisses », La Presse) était devenue un rituel pour me moquer de lui.


    - Et lui ? Tu le reconnais ?

    - Oui, c’est Herby ! (tout fier de lui)

    - Et celui à côté d’Herby ?

    - Maka Kotto !

    - Non. C’est Dany Laferrière.

    - La seule que je reconnais, avoue l’inculpé, c’est Coeur de pirate, parce que j’haïs les tatouages.

    - Patrick Huard devrait se faire tatouer.


    Et chaque fois, peu importe la vedette, il me demande : « C’est le mari de qui ? »


    Il a compris que la consanguinité règne dans le bottin de l’Union des artistes et il me faut patiemment lui répéter que Patrick Huard a déjà été avec Véro, qui convole désormais avec Louis, mais que maintenant il est marié avec Anik, celle qui avait l’air d’une mouffette à TLMEP. Et que non, Julie Snyder n’est pas avec Guy A. parce qu’ils ont été vus ensemble dans une publicité de la Croix-Rouge.


    Cette semaine, il a appris qu’Ariane Moffatt est gaie, tout fier de me l’annoncer… Passons. On croirait qu’il le fait exprès, mais non, il est simplement imperméable au groupisme et n’ouvre jamais la télé.


    La veudette vend


    Dimanche dernier, j’ai fait subir 30 minutes du Gala Les Olivier à mon Alzheimer du strass, une pure torture pour lui (et pour moi, donc !). J’ai souri quelques secondes lors du numéro du comédien Emmanuel Bilodeau (« C’est qui ? » -«Laisse tomber ! ») qui faisait du rentre-dedans aux supposés humoristes qui nous tiennent lieu de divertissement et de pubs de Honda ou de Toyota.


    J’ai aussi noté que les Bobos n’étaient pas venus cueillir leur statuette, parfaitement en phase avec leur casting. Il faut savoir entretenir la distance et le mystère, quitte à passer pour des snobs.


    Comme les Denis Drolet venaient de gagner, mon illustre moitié y est allée d’un : « Moi, je ne l’ai jamais vu, Denis Drolet. C’est lequel ? »


    - Les deux !

    - Hein ? C’est qui l’autre ?

    - Ce sont les Denis Drolet et ils ont copié leur look sur des reprises de Symphorien. Ils sont obligés d’avoir l’air idiots dans la vraie vie.


    Après une demi-heure de ce désolant spectacle, tout sauf désopilant - deux gars qui se versent des shooters dans l’oeil, ha ha, je me dilate la rate -, mon régulier est retourné à ses podcasts de France Culture sur Guy Debord (La société du spectacle) et Witold Gombrowicz, un auteur polonais. Mon partenaire de sommier fait dans l’élitisme, mais il partage ses trouvailles.


    - Tu sais ce qu’il disait, Debord ? Tout n’est que spectacle. Déjà en 1971 : « La culture devenue intégralement marchandise doit aussi devenir la marchandise vedette de la société spectaculaire. » Et, citant un idéologue de l’époque, il prévoyait que la culture allait tenir, dans la seconde moitié du XXe siècle, le rôle moteur dans le développement de l’économie, qui fut celui de l’automobile dans sa première moitié et celui des chemins de fer dans la seconde moitié du siècle précédent.


    Mon tendre économiste m’a aussi demandé, mine de rien, en lorgnant vers les Olivier :


    - Veux-tu me dire pourquoi les Québécois ont tant besoin de rire ?

    - Ils doivent être tristes… C’est le mal du siècle. Gros moteur économique.


    J’aime mon public


    Les people et autres starlettes de Croisette ne m’ont jamais intéressée. La personne, oui. Et le malheur avec les stars, c’est que l’aura du personnage l’emporte trop souvent sur la personne. Exit l’authenticité.


    Un contrat tacite existe entre ces élus de l’Olympe, qu’on choisit d’aduler, et le public. Ne s’en dispense pas qui veut. Hormis Réjean Ducharme, je n’en connais pas beaucoup qui choisissent ce suicide professionnel. Il implique que ledit public (le client et électeur dans le cas du gala Artis) étanchera sa soif de potins et de détails anecdotiques en retour de cette attention démesurée.


    Le public ne différencie pas tellement la réalité de la légende, surtout depuis la téléréalité. Il veut être tenu dans le secret des dieux. C’est son dû, son 3 %.


    Johnny n’est plus avec Vanessa ? Catherine est bipolaire ? Angelina s’est fait faire une double mastectomie ? Le public suit les déboires de ses demi-dieux et leur consent des privilèges de tout ordre en échange d’un peu de transparence. Rien à voir avec le talent. Et certains artistes ont celui de donner à voir le maximum pour faire mousser leur carrière. Les réseaux sociaux ont offert aux groupies une illusion supplémentaire de proximité avec le demi-monde. On peut lui écrire et accéder aux étoiles, frôler l’inaccessible.


    Le Québec fou de ses vedettes ? C’est toujours vrai. Bon pour le commerce - n’oublions pas qu’il y a des pubs dans les galas - et pour les causes multiples. Mais il n’y a pas de vedettes sans public pour les reconnaître. Et pas de gala sans un « Merci à mon public ».


    Un jour, Herby Moreau te court après sur un tapis rouge et quelques semaines plus tard, il t’ignore superbement pour braquer sa lentille sur celle qui te suit. Oh ! La cruauté du show-business et de se voir relégué à la saveur du mois.


    Ils ont raison : le plus grand talent, c’est de savoir durer.


    ***


    Dévoré 7 jours et La Semaine la même fin de semaine. Comme quoi… Dans une traduction de l’entrevue que Céliiiiiine accordait à la journaliste américaine Katie Couric, on apprend que la chanteuse pense que ses fans lui sont fidèles, notamment parce qu’elle a décidé d’être un livre ouvert : « Au début, on m’a reproché de trop parler, de ne pas garder ma vie privée… privée. Mais si je ne l’avais pas fait, des hélicoptères auraient survolé ma maison pour prendre des photos de moi dans ma piscine. Donc, ça m’a servi. » Céline ajoute que tout le monde dit oui aux vedettes, que c’est facile de se perdre. Dans le même numéro, on pouvait visiter la maison que Céline a offerte à sa maman, près de Montréal. Ces deux hebdomadaires recensent également les statuts FB et les tweets des veudettes.


    Admiré le livre Admissions de Jocelyn Michel (Cardinal, 2012). Voilà un bouquin hors norme, une oeuvre véritable qui a nécessité huit années de travail en collaboration avec des artistes de chez nous. Ces mises en scène déjantées, courts-métrages photographiques oniriques, racontent une histoire avec un seul mot. Ce livre aurait mérité une série documentaire sur le making of - une trentaine d’heures de travail par photo - du fait-main et de la patience à revendre. Vous y retrouverez Roy Dupuis en jaquette d’hôpital fixant un squelette, Guy A. en Bonhomme Carnaval amoché accompagné par la « policière » Céline Bonnier, Raymond Bouchard avec Elvis, Hélène Bourgeois- Leclerc dans une photo que je ferais agrandir pour accrocher au mur de mon salon, et Caroline Dhavernas en bikini qui semble sortir d’une piscine gonflable. 40 portraits hallucinants. 
     

    Aimé le dernier z.a.q, consacré au look. Le magazine dédié au quotidien (sans pubs d’humoristes ou d’autos) nous fait rencontrer une coach de style, nous parle de mode éthique et nous dit comment réagir aux commentaires imbéciles et désobligeants sur notre allure en faisant appel à la philosophie cosmogonique. Dans un monde où tout n’est qu’apparence et où l’on n’a qu’une seule chance de faire une (bonne) première impression, un numéro tout à fait indiqué. Toutes les vedettes savent qu’il faut cultiver son look pour être pris au sérieux ou pour lancer les tendances.


    ***

    JOBLOG

    Coderre comme maire


    L’article portant sur le maire Ferrandez au Dix30 (le vendredi 3 mai 2013) a donné naissance à un t-shirt officiel. Disponible dans toutes les tailles ici. Tous nos vœux de succès.
     

    Le grand départ

    Le documentaire Le goût de vivre de Pascal Gélinas sur la comédienne Huguette Oligny, décédée récemment, sera diffusé ce soir à 20 h à Radio-Canada, Zone Doc. Hommage à une femme qui nous apprend à vivre et mourir. À ne pas manquer.

    Ovation, Rémy Girard. Tiré du livre Admissions. Courts métrages photographiques de Jocelyn Michel (éditions Cardinal).












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