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    Concordia aura son centre sur les agressions sexuelles

    Les jeunes étudiantes qui fréquentent les universités sont au coeur de statistiques alarmantes

    Julie Michaud, coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres de l’Université Concordia, a mené une campagne de deux ans pour la création de cette nouvelle ressource.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Julie Michaud, coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres de l’Université Concordia, a mené une campagne de deux ans pour la création de cette nouvelle ressource.
    Fêtes arrosées tournant mal, promiscuité dans les résidences universitaires, rapports de domination entre conjoints ou amis. C’est avant 24 ans que les femmes sont les plus susceptibles d’être agressées sexuellement. Et les jeunes étudiantes qui fréquentent les cégeps et les universités sont au coeur de ces statistiques. Prenant le taureau par les cornes, l’Université Concordia vient d’annoncer l’ouverture prochaine d’un centre de ressources pour les victimes d’agression sexuelle. Ce centre, parrainé par l’administration de l’Université, offrira notamment les services d’une travailleuse sociale qui aidera les victimes de viols et d’agressions sexuelles à surmonter leurs traumatismes.

    Le viol et l’agression sexuelle sont somme toute affaire courante dans les universités. « Il y a beaucoup de facteurs qui font en sorte que le temps à l’université est un temps où l’on est plus susceptible de vivre ce genre d’expériences là, explique Julie Michaud, coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres de l’Université Concordia, qui a mené une campagne depuis deux ans pour la création de cette nouvelle ressource. Pour commencer, il n’y a pas vraiment d’éducation sexuelle au secondaire. Donc il y a plein de jeunes qui arrivent ici, qui n’ont pas eu une bonne éducation sexuelle et qui ne savent pas ce que ça veut dire le consentement. […] Donc, on arrive à l’université, il y a beaucoup de pression pour faire ses preuves sexuellement, il y a beaucoup de fêtes avec beaucoup d’alcool, parfois de la drogue, et il y a beaucoup de gens qui considèrent que l’absence d’un non, c’est l’équivalent d’un oui, ce qui n’est pas le cas. »


    Ces agressions sexuelles peuvent survenir dans des fêtes privées ou dans des fêtes de l’université. « Ça se passe parfois dans les résidences, quand il y a beaucoup de gens qui vivent près l’un de l’autre, avec moins de séparation entre le public et privé, cela peut entraîner un bris de limites personnelles. »


    Une étudiante sur quatre


    En fait, le Centre de lutte contre l’oppression des genres calcule, à partir de données existantes, que près d’une étudiante sur quatre serait victime d’agression sexuelle durant l’éducation postsecondaire.


    Julie Michaud explique ces chiffres alarmants en se basant sur des données tirées d’une étude du Centre canadien de statistiques sur la justice menée en 2004 et en 2007. « Nous avons une estimation de 4,6 % d’étudiantes par an qui seraient agressées sexuellement chaque année. Si nous multiplions par cinq ans d’études postsecondaires, nous arrivons à 23 %, soit environ une étudiante sur quatre », dit-elle.


    Ici, on préfère parler d’agressions sexuelles plutôt que de viol. « Quand on parle de viol, on pense à la pénétration du pénis dans le vagin, il y a bien des formes d’agressions sexuelles qui n’entrent pas dans cette catégorie-là. » En fait, la définition de l’agression sexuelle s’étend ici aux relations sexuelles non consenties, que ce soit parce que la victime avait trop bu, ou parce qu’elle a accepté cette relation sexuelle sous pression, par chantage ou sous la menace, par exemple. Parfois, les agresseurs eux-mêmes ne sont pas conscients de la portée de leur geste, parce qu’ils sont obnubilés par leur propre désir et leur propre besoin de contrôle.


    Agresseur connu


    Le viol n’arrive donc généralement pas, comme on le pense trop souvent, à la noirceur, dans une ruelle, par un étranger. Dans la majorité des cas, l’agresseur est une personne connue de la victime. C’est entre autres pour cette raison que les viols et les agressions sexuelles sont peu signalés aux autorités policières. Selon le centre de statistiques sur la justice du Canada, seulement une agression sexuelle sur dix serait rapportée à la police.


    Julie Michaud dénonce d’ailleurs le fait qu’on a tendance à demander aux victimes, plutôt qu’aux agresseurs, de changer de comportement pour prévenir le viol. En gros, on dit aux femmes d’éviter de se faire violer, mais on ne dit pas aux hommes de ne pas violer.


    Dans le livre Elles se manifestent, qui vient de paraître aux éditions Don Quichotte, la Française Clémentine Autain rend publics les témoignages de cent femmes violées, témoignages tirés du « manifeste des 313 », lancé dans Le Nouvel Observateur l’automne dernier. En France, écrit Mme Autain, un viol est commis toutes les huit minutes.


    « Ce chiffre exorbitant pour un pays qui n’est pas en guerre est pourtant loin de refléter la réalité, ajoute-t-elle. Il ne tient compte ni des victimes mineures, qui représenteraient près de 60 % des personnes violées, ni des femmes majeures qui préfèrent garder le silence. » Un silence qu’Elles se manifestent appelle à briser.













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