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Grosse fatigue à Labeaumeland

Pourquoi ai-je l’impression qu’au moment de terminer cette chronique parfaitement nouvelle, j’aurai le sentiment qu’elle est déjà vieille ?

C’est sans doute la faute à la parade qui passe sous nos fenêtres, et repasse encore. Ces nouvelles qui reviennent en boucle et qui font que l’actualité radote. Alors le chroniqueur aussi, forcément.


À la différence, cette fois, que la colère devant la niaiserie est désormais remplacée par une grosse fatigue. Et cette semaine, particulièrement, par une envie de déménager n’importe où pour échapper à la parade de la fièvre bleue qui défile de nouveau dans ma ville.


Est-ce que c’est beau, Ham-Nord ?


Consacré mois du retour des Nordiques à Labeaumeland, mai ramène ce hoquet médiatique qui fait dire tout et son contraire aux politiciens, chroniqueurs de sports et personnalités publiques à propos du retour d’une franchise de la ligue nationale à Québec. Les autres nouvelles sont ainsi déclassées par l’espoir frétillant des amateurs de sports. Quoi ? La firme Roche est sur la sellette à la commission Charbonneau ?


Qui s’en soucie quand les Nordiques s’en viennent ?


« Ne doutez plus », a lancé un Marcel Aubut assuré, laissant entendre qu’il serait peut-être dans le secret des dieux et qu’une franchise de la Ligue nationale de hockey pourrait enfin nous échoir.


En phase avec l’habituel registre de celui qui aime trop s’écouter parler pour s’infliger le supplice d’avoir à réfléchir avant d’ouvrir la bouche, la déclaration nous aura toutefois permis d’assister à un superbe moment d’humour involontaire lorsque le maire de Québec a rabroué ce bon Marcel parce qu’il… parle trop.


Je suis comme ça, moi aussi. Mes propres défauts sont généralement ceux qui me sont insupportables chez les autres. Mais bon, il n’y a pas que Me Aubut qui jacasse pour dire n’importe quoi à propos des Nordiques. Tandis que les convoités Coyotes de Phoenix agonisent pour une énième fois, tous les médias se sont mis en mode bleu. Comme la marche, comme les pelles, comme ce Kool-Aid que tant de gens semblent avoir avalé et qui, dès qu’il est question de hockey, rend un peu idiot.


Les quotidiens locaux savent que cette porno sportive qui pige dans les zones obscures du désir est extrêmement lucrative. Alors, ils s’y remettent, comme chaque fois qu’ils en ont l’occasion. C’est ainsi que, cette semaine seulement, on a eu droit au dévoilement du design intérieur du nouvel amphithéâtre, qu’on semble avoir confié au type chargé de la décoration de la moitié des restos de m’as-tu-vu sur Grande-Allée. Aussi, il y a cet hurluberlu qui s’est faufilé jusqu’en page couverture pour avoir coulé une rondelle à l’effigie du Canadien dans les fondations de l’amphithéâtre. Sans parler du maire qu’on a vu conduire de la machinerie sur le chantier.


Mais la palme revient sans conteste aux animateurs de radio qui, mardi, ont savamment décrypté l’entrevue d’un bonze de la LNH au réseau Sportsnet. Il fallait les entendre, se retenant à peine d’analyser jusqu’aux silences, cherchant avec ferveur dans le non-dit, les nuances ou un lapsus quelque preuve du fléchissement de Gary Bettman, et donc du retour du hockey professionnel dans la capitale.


Dans le lot, c’est eux qui m’ont semblé le plus affligeants. Pendant longtemps, je me suis shooté à la radio d’opinions et son prêt-à-penser. J’y ai tout analysé, j’ai relevé ses contradictions, sa mauvaise foi. J’ai dû écrire 150 chroniques sur le sujet. Et puis, un beau matin, j’en ai eu assez de me taper leurs conneries : j’ai tout simplement cessé d’écouter.


J’y suis brièvement revenu cette semaine. Je suppose que j’étais curieux de voir où ils en étaient, mais pendant mes quelques jours à leur antenne, j’ai eu le sentiment qu’on y frelatait une sorte d’ennui. Une manière de provoquer et de racoler l’auditeur qui serait devenue une posture risible, une caricature. J’ai senti qu’il n’y avait pas d’envie. Pas de désir. Pas un soupçon de vérité dans leur spectacle.


Alors que, dans les autres médias, la fièvre bleue m’exaspère, je sais qu’elle n’y est qu’une locomotive. Elle vend autre chose. Parfois même de la nouvelle de qualité. Mais dans ces radios, c’est beaucoup devenu une raison d’être. Et ça tourne en rond.


J’ai eu le sentiment, en l’écoutant, qu’il y avait là un élan désespéré. C’est mon imagination qui parle, évidemment. Ces animateurs ne soupçonnent pas qu’ils sont en train d’épuiser le potentiel d’espoir qu’ils distillent quotidiennement pour des auditeurs qui ont envie de croire : en n’importe quoi, du moment qu’ils croient. Jusqu’à ce qu’ils passent à autre chose.


J’y pensais quand la fatigue m’a soudainement quitté. Et j’ai revu mes plans de déménagement. Je veux être là le jour où cette radio, qui n’est déjà plus qu’une vieille pute, aura fini d’épuiser son dernier truc.

 
 
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