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Les syndicats demandent le retour à l’équilibre social

«Le service public sera le champ de bataille de la lutte des classes au cours des prochaines années»

Manifestation de l’Alliance de la fonction publique au Québec pour la sauvegarde des programmes et des services publics fédéraux, en mars 2012
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Manifestation de l’Alliance de la fonction publique au Québec pour la sauvegarde des programmes et des services publics fédéraux, en mars 2012
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au-delà de leurs divergences, les syndicats fédéraux et provinciaux de la fonction publique sont aujourd’hui massivement mobilisés contre les tendances actuelles au démantèlement de la fonction publique.


D’ici à 2015, des coupes budgétaires permanentes de 10,8 milliards de dollars seront imposées aux ministères et organismes fédéraux, dénonce l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), qui représente plus de 178 000 employés, essentiellement des fonctionnaires fédéraux. En tout, plus de 35 000 postes dans la fonction publique fédérale sont menacés, dont 19 200 ont été visés en mars 2012 par Jim Flaherty. Au Québec, plus de 3000 postes sont d’ores et déjà sur la sellette.


L’AFPC dénonce le régime de terreur instauré par le gouvernement fédéral. « Les coupes sont faites sans aucun respect pour les employés. Des personnes qui ont 30 ans de métier sont obligées de repasser des entrevues comme si c’était leur premier jour. Tout le monde est sur un pied d’alerte. Et, pour ceux qui restent, la charge de travail est devenue inhumaine », dénonce Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale de l’AFPC Québec.


Désorganisation sociale


Partis en guerre contre les politiques du gouvernement conservateur, les syndicats de la fonction publique défendent bien entendu leurs membres, mais ils en profitent pour braquer les projecteurs sur les conséquences à long terme de ces politiques : les services aux citoyens. « Les syndicats de la fonction publique ne sont pas seulement là pour défendre leurs membres : ils défendent l’organisation sociale », avance Charles Fleury, secrétaire-trésorier national du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui regroupe 627 000 membres, dont plus de 100 000 au Québec.


« Les syndicats de la fonction publique se sont battus pour des services de bonne qualité qui soient accessibles à tous. Rappelons que ce ne sont pas les entreprises ou les gouvernements qui ont imposé l’équité salariale, c’est le mouvement syndical », poursuit-il. Et, alors que leurs luttes ont eu des répercussions sur les conditions de travail de l’ensemble des travailleurs, les coupes actuelles pénaliseront directement les citoyens, estime-t-il.

 

Dangers publics!


« Si les ministères de la Sécurité aérienne ou de la Sécurité alimentaire ne peuvent plus faire leur travail, c’est la population qui est en danger », poursuit Magali Picard. L’AFPC s’est ainsi engagée dans une guerre d’images, à travers notamment des capsules vidéo accessibles dans le site nonauxcoupes.ca, au ton nettement belliqueux. « C’est la première fois que nous agissons comme ça. Mais, comme la stratégie des conservateurs est de cacher l’information à la population, nous ne pouvons pas rester silencieux. Il y a urgence d’agir. » La campagne actuelle vise donc à « faire comprendre aux citoyens l’impact des coupes sur leur vie. La fonction publique ne sera plus capable d’offrir le même niveau de qualité dans les services. »

 

Privatisation des services


Du côté provincial, les syndicats dénoncent le même affaiblissement progressif de la fonction publique. En effet, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), qui regroupe 42 000 membres au Québec, et le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), qui regroupe 22 300 membres, invitent à analyser les conséquences sur les citoyens d’une « fonction publique complètement dépecée » et dénoncent notamment la privatisation progressive des services publics. « Il faut éviter l’éclatement de la fonction publique par la multiplication des agences », estime Richard Perron, président du SPGQ.


« En transformant les ministères en agences, on les fait sortir de la couverture de la loi sur la fonction publique. Son objectif d’indépendance et de compétence ne peut pas être atteint », poursuit Lucie Martineau, présidente générale du SFPQ. En effet, rappelle Richard Perron, « la syndicalisation de la fonction publique en garantit l’indépendance. La loi sur la fonction publique est un rempart contre la corruption, puisqu’elle permet aux employés de prendre des décisions dans l’intérêt du public, sans subir d’influence. Rappelons que les syndicats se sont aussi battus pour une fonction publique accessible par concours, pour que la compétence soit le seul critère de sélection, et non plus le copinage. »


Néfaste sous-traitance


Le recours de plus en plus massif à la sous-traitance est également dénoncé avec virulence. « L’idée selon laquelle la sous-traitance permet d’économiser est fausse : au contraire, elle engendre des coûts faramineux et ouvre la porte au gaspillage. Nous l’avons constaté dans le cas du ministère des Transports, mais aussi avec l’informatique. La sous-traitance aboutit à une perte de contrôle et à une perte de notre expertise », note Lucie Martineau.

 

Contrer la désinformation


Les syndicats sont ainsi tous conscients de la guerre qu’il faut mener pour défendre leur image et ainsi leurs acquis. « Il faut changer le message selon lequel les syndicats sont responsables des problèmes économiques actuels », explique Charles Fleury. En effet, la mauvaise presse associée aux syndicats entrave toute possibilité de lutte.


« Notre employeur est le gouvernement et son objectif est de se faire élire. Comme les médias diffusent à grande échelle des propos antisyndicalistes et dépeignent les fonctionnaires comme des privilégiés de la société, les gouvernements n’osent pas augmenter le nombre de fonctionnaires », dénonce Richard Perron. Un projet d’autant plus important que la jeunesse semble, selon Richard Perron, peu convaincue du rôle bénéfique des syndicats dans la société. « Les jeunes ne sont pas conscients de ce que les syndicats ont apporté. À nous de mettre en avant les bons arguments pour les convaincre. »


Un combat perdu d’avance ? Au contraire, estime Richard Perron, puisque « la crise étudiante et le combat collectif de solidarité des étudiants ont prouvé qu’il s’agit d’une génération capable de se mobiliser pour ses causes ».


Mis au pied du mur, les syndicats de la fonction publique sont aujourd’hui en ébullition. « Le mouvement syndical est en pleine effervescence. Nos représentants sont motivés, prêts et ils ont déjà commencé la lutte. Il faut une prise de conscience de tous les ordres de gouvernement », estime Charles Fleury. Et, selon lui, la lutte ne fait que commencer : « Le service public sera le champ de bataille de la lutte des classes au cours des prochaines années. Nous ne pouvons pas accepter des politiques de retraite qui font sombrer les personnes âgées dans la pauvreté. »



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