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Fédération des travailleurs du Québec - Le syndicalisme contribue à rendre les sociétés plus égalitaires

«Nous avons un gouvernement fédéral qui a négligé les études d’impact dans plusieurs de ses politiques»

Comme les autres organisations syndicales, la FTQ s’oppose farouchement à la réforme du régime de l’assurance-emploi appliquée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Des membres de la fédération ont pris part à des manifestations cet hiver pour dénoncer la réforme.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Comme les autres organisations syndicales, la FTQ s’oppose farouchement à la réforme du régime de l’assurance-emploi appliquée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Des membres de la fédération ont pris part à des manifestations cet hiver pour dénoncer la réforme.
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ils sont plus de 600 000 membres à faire partie de la plus imposante centrale syndicale de la province, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). Elle s’est dotée, il y a 30 ans, d’un fonds de capital de développement, qui est devenu un levier important sur l’échiquier économique du Québec par la création et le maintien de centaines de milliers d’emplois. En cette Fête des travailleurs 2013, son président, Michel Arsenault, clame haut et fort les vertus du syndicalisme dans les sociétés où il fait sentir sa présence.


Il y a un courant de pensée conservateur qui a pris racine aux États-Unis et qui fait la vie dure au syndicalisme. Le Canada et le Québec ne sont pas épargnés par cette remise en question des valeurs syndicales de la part de politiciens de droite qui, dans les cas les plus extrêmes, militent en faveur de la disparition des « unions ». M. Arsenault pose ce bémol avant de livrer son plaidoyer pro-syndicalisme : « Nous n’avons jamais été les bienvenus plus qu’il le faut, nous, du monde syndical ; je n’ai jamais vu des patrons se réjouir lorsque leurs employés se syndiquaient. »


Il préfère se tourner vers les résultats obtenus par la syndicalisation sur le plan de la gouvernance : « Au Québec, ils sont fort intéressants : nous sommes la population la plus syndiquée en Amérique du Nord, avec un taux de 40 %, et nous formons également la société la plus égalitaire ; il faut le dire, et le mouvement syndical n’est pas étranger à cette réalité. » Il pose ce constat sur les conditions de vie ici : « Nulle part ailleurs sur notre continent, il y a, par exemple, l’assurance automobile, des droits de scolarité avantageux et un système de garderies à tarif réduit. »

 

La disparition de la classe moyenne


Il se plaît à comparer le salaire annuel moyen d’un Québécois avec celui d’un travailleur aux États-Unis : « C’est sensiblement le même que dans les États où existe la Union Security(sécurité syndicale) et où on ne retrouve pas le Right to Work (droit de non-affiliation), soit autour de 44 700 $ par année ; là où le Right to Work (22 États) est en vigueur, ce salaire est inférieur de 5500 $ par année et par personne. » Il en tire cette conclusion : « Il est clair que, lorsqu’on désyndicalise une population, l’écart entre les riches et les pauvres s’accroît. »


Il trace ce portrait du monde du travail aux États-Unis, où 11 % de la main-d’oeuvre est aujourd’hui syndiquée dans les secteurs privé et public : « Dans ce pays, il y avait 36 % de syndiqués à la fin de la dernière guerre mondiale et il y avait une classe moyenne forte. Présentement, 300 Américains gagnent davantage d’argent en un an que 150 millions de leurs concitoyens réunis durant la même période. Je crois que, présentement, le niveau de vie de nos gens est beaucoup plus acceptable que dans les États où on a réduit le taux de syndicalisation ; les Américains qui font toujours partie de la classe moyenne sont souvent obligés de vivre dans des bourgades (Gated Communities). » Il élargit ses horizons et lance ceci : « Partout où je suis allé dans le monde, quand il existe un faible taux de syndicalisation, il n’y a pas de classe moyenne ou encore elle s’effrite. »


Et il se transporte ailleurs : « Regardons l’Europe économique. Quel est le pays qui, économiquement parlant, s’en tire le mieux dans toute cette partie du monde ? C’est l’Allemagne, dont les travailleurs sont syndiqués à 40 %. Dans l’ensemble de l’Europe, y compris les pays du Nord, la répartition de la richesse la plus équitable se situe dans les pays scandinaves, où les travailleurs sont syndiqués à 75 % ou 80 %. »


Une pareille situation l’incite à livrer cette réflexion : « La syndicalisation, c’est aussi simple que cela ; à l’inverse, il y a ceux qui prêchent contre elle parce qu’ils veulent obtenir le gâteau au complet ou 90 % de celui-ci. En fait, on est le rapport de force et le balancier d’une société comme la nôtre. » Il réfute de plus l’argument de ceux qui prétendent que les employeurs ne veulent pas investir dans des milieux fortement syndiqués : « Des études à ce sujet existent et prouvent tout le contraire », assure le président.


Négligence gouvernementale fédérale


À l’instar des autres organisations syndicales, la FTQ s’est prononcée farouchement contre la réforme du régime de l’assurance-emploi qu’applique le gouvernement Harper. Michel Arsenault dénonce cette mesure : « C’est un hold-up en plein jour qui dure depuis une dizaine d’années, si on considère que les libéraux ont presque fait aussi pire que le Parti conservateur quand ils ont chapardé, à l’époque de Paul Martin, quelque 42,7 milliards de dollars pour équilibrer leurs budgets. Une assurance, c’est là en cas de coups durs et, dans le cas de l’assurance-emploi, c’est là pour donner un revenu à un homme ou une femme entre deux emplois ou dans une situation de travail saisonnier. »


Il n’en revient pas des gestes qui sont posés actuellement pour priver ces gens de cette passerelle entre deux emplois : « On est presque en train de les criminaliser en les suivant avec des méthodes dignes du KGB ; on va même jusqu’à donner des primes dans le dernier budget aux fonctionnaires qui les rapportent. C’est indigne d’une société démocratique. » Il sert cet argument qui pèse lourd dans la balance, dans certains coins du pays : « Si on veut occuper notre territoire, que faut-il faire d’autre ? En Gaspésie, d’où je viens, la base économique repose sur le tourisme et la pêche, et, dans ces deux cas, les travailleurs vivent des temps morts. On acceptait de part et d’autre, employeurs et employés, de donner un coup de main à ces gens-là en versant une contribution au régime, mais le gouvernement a décidé de couper dans ce programme. »


Il considère qu’il est déraisonnable de gruger sur l’occupation du territoire tant au Canada qu’au Québec : « Je crois que nous avons un gouvernement fédéral qui a négligé les études d’impact dans plusieurs de ses politiques. »


Le crédit d’impôt malmené


Le président s’en prend à une autre décision du gouvernement fédéral qui prive maintenant le Fonds de solidarité du crédit d’impôt que lui avait accordé un autre gouvernement conservateur, celui de Mulroney : « Ce crédit de 15 %, ce n’était pas la charité qu’on nous faisait. C’est prouvé hors de tout doute que le gouvernement finissait par récupérer son argent en moins de trois ans avec une telle mesure. »


Il qualifie de contraire à la vérité le discours du ministre Maxime Bernier : « Quand je l’entends dire que nous avons mis seulement 11 % dans le démarrage d’entreprises et que le reste allait dans les Blue Chips, je regrette mais c’est faux. C’est vrai quand il affirme qu’on a investi 11 % dans le démarrage, mais le but du fonds n’était pas nécessairement d’agir de la sorte : c’était de créer et de maintenir des emplois. On accomplit notre travail sur ce plan et j’en fournis la preuve : on a actuellement 5,6 milliards de dollars qui sont investis dans plus de 2200 entreprises au Québec. On a réussi à créer et à maintenir un demi-million d’emplois au cours des 30 dernières années. De plus, parmi nos 600 000 actionnaires, il y en a 200 000 qui disposeront des seuls revenus investis dans le fonds, avec ceux de la Régie des rentes du Québec, une fois le temps de la retraite arrivé. »


La FTQ s’enorgueillit de cette réalisation : « C’est donc pour le Québec un outil économique extraordinaire qui a fait ses preuves et qui est sainement administré. Il est tout à notre honneur que, au Québec, les représentants patronaux aient eu la franchise de dire la vérité et d’appuyer un fonds comme le nôtre. » Pour le reste, les pourparlers se poursuivent entre les hauts dirigeants du Fonds et le gouvernement fédéral dans le but de le convaincre de revenir sur sa décision.



Collaborateur

Comme les autres organisations syndicales, la FTQ s’oppose farouchement à la réforme du régime de l’assurance-emploi appliquée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Des membres de la fédération ont pris part à des manifestations cet hiver pour dénoncer la réforme. Le Québec regroupe la population la plus syndiquée en Amérique du Nord, avec un taux de 40 %, indique Michel Arsenault, président de la FTQ.
 
 
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