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    Nature… humaine

    L’écologie à l’heure de l’éco-écoeurantite

    Loin d’être éco-écœurée, l’animatrice Marie Plourde prête ses clés. On aimerait tous être son voisin…
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Loin d’être éco-écœurée, l’animatrice Marie Plourde prête ses clés. On aimerait tous être son voisin…
    «Dans les dix prochaines années, les principales forces économiques, financières et politiques se ligueront pour que rien d’essentiel ne change de par le monde sur le plan idéologique. Malgré les critiques qui pleuvront sur elles, malgré le bien-fondé d’autres revendications, la liberté individuelle deviendra ou restera l’aspiration première de toutes les populations du monde. Les conséquences de cette stabilité ou de cette propagation se révéleront considérables.»
     
    «[…] nombre de nations, d’entreprises, de particuliers parmi les mieux protégés continueront de penser pouvoir traverser les crises sans changer sérieusement leurs comportements, leurs produits, leurs modèles d’organisation sans analyser ce qui peut les menacer. Ils mourront de ne s’être pas préoccupés de leur survie.»
     
    «Il ne sera pas superflu, enfin, d’étudier les techniques de certains sports fondés sur la recherche de la durée dans des conditions de grande instabilité, comme le rodéo et le surf.»
     
    – Jacques Attali, Sept leçons de vie. Survivre aux crises, 2009.

    Chacun son trip, que je me dis. Et si on pouvait le faire sans émettre de GES, ce serait l’idéal. J’ai côtoyé assez d’écolos, faux et vrais, pour comprendre que si le but ne sert pas les intérêts personnels, rien ne se fait, rien ne s’accomplira.


    Par intérêts personnels, on peut parler de toutes les banlieues de l’ego, poursuite de rêves de grandeur, désir de souscrire à une religion où la Terre-mère tient lieu de déesse et de se soumettre à sa loi, instinct du sarcleur-cueilleur revenu à la sagesse de ses instincts.


    Je ne dis pas que cette loi n’est pas bonne. C’est la seule qui vaille, à mon sens, celle de la nature. Mais elle a engendré tant d’apôtres et de prêchi-prêcha issu de la nature… humaine. En vain.


    Et ce ne sont pas les pires, car la secte du dieu argent génère bien plus de dégâts avec son culte aveugle pour la croissance. Mais au final, tout le monde cultive des contradictions, à défaut de cultiver du kale bio et d’en faire des chips au sel rose népalais importé à grands frais de cimes où il aurait dû rester. Les larmes de la Terre sont tout entières contenues dans ce sel millénaire.


    En attendant de cultiver mon propre jardin, je pleure de nous voir faire du surplace de façon aussi peu efficace. Dans ce journal, il y a deux semaines, mon collègue Éric Desrosiers interviewait un de ces chantres de l’écologie (« Environnement et économie : l’échec des verts », Le Devoir, 30 mars 2013) ; une feuille de route longue comme ça, sous-ministre québécois au développement durable dans les années 90, commissaire au développement durable jusqu’en 2008, Harvey Mead a aussi été le président de Nature Québec, prof, militant de l’aube au premier Jour de la Terre, en 1970, où il tenait kiosque aux États-Unis.


    Le bonhomme de 73 ans a été de tous les combats environnementaux et se définit comme un « optimiste opérationnel » et ex-environnementaliste. « Ex » comme dans too little, too late, baby, « optimiste » comme dans « la fin du monde est à quelle heure ? ». Selon lui, nous sommes les passagers du Titanic en train de nous demander s’il reste de la place en première classe.

     

    Un gros party


    Je corresponds à l’occasion avec Harvey Mead. Il se dit aujourd’hui blogueur (harveymead.org) et je l’ai appelé pour lui demander où s’en allait le mouvement écologique si même lui jetait l’éponge. « Le Jour de la Terre est devenu un gros party où 250 000 personnes vont marcher dans la rue, dit-il. Mais ça ne change rien ; au mieux, ça donne bonne conscience. Selon diverses sources très sérieuses, il nous reste dix ans à vivre comme nous le faisons. Après, nous serons dans la gestion de crises. »


    Harvey a insisté sur la foutaise de l’économie verte (croissance + durable), parlé de la Chine et de son plan économique pour les 20 prochaines années (l’automobile), du PIB mondial qui allait quadrupler d’ici 2050 (croissance), de la récession permanente dans laquelle nous sommes plongés (à cause du pétrole qui fait augmenter le prix des tomates), des quatre-cinq milliards de pauvres sur la planète, dont 1,3 milliard gagnent moins de 1,25 $ par jour et crèvent la dalle.


    « Rien ne sert de pleurer, surtout pour nous, les riches. La source de l’échec du mouvement environnemental se trouve dans le modèle économique qui exige une croissance illimitée de l’activité humaine sur une planète limitée. »


    Essentiellement, si vous n’avez pas encore vu l’excellent documentaire de Mathieu Roy, Surviving Progress (sous-titré pour les malentendants), tout le message se résume à cela : « There’s no business on a dead planet. » Et l’humain est devenu une espèce envahissante, incapable de voir plus loin que le bout de son nez.


    Que faire ? Je me demande la même chose. Des journalistes m’ont avoué ne plus oser aborder le sujet « écolo » car le public ne suit plus. Nous radotons depuis le film Les pétroleuses, sorti en 1971.


    Un de mes amis, qui enseigne la fiscalité, m’a envoyé une étude stipulant qu’il faudrait que le prix du pétrole augmente de 75 % (disons à 3 $ le litre) pour que les comportements des gens commencent à changer.


    Faudra patienter un peu. Sinon, le même prof me rapporte que le volet « éco-fiscalité » dans son cours (une heure et demie sur neuf heures) provoque des électrocardiogrammes plats chez ses étudiants. Zzzzzzzzzz.

     

    L’auto-partage


    Heureusement, il y a des gens plus optimistes et qui ont une vision plus romantique des choses. Je dis heureusement parce que ça nous permet de continuer à vivre sans trop changer nos habitudes. J’ai longuement jasé avec la doctorante et sociologue Laure Waridel, qui écrit présentement une thèse sur l’émergence d’une économie écologique et sociale.


    Après 25 années de militantisme, Laure n’a toujours pas baissé les bras malgré les données catastrophiques et l’exploitation des ressources, institutionnalisée, légalisée. « Ça prend du temps, le changement, que ce soit la lutte des droits civiques aux États-Unis, les droits des femmes ou la planète, constate la marraine du café équitable au Québec. On veut des résultats immédiats. C’est très difficile, dans une culture où l’identité est associée à la consommation, de dire : soyez moins, existez moins. »


    Laure ne voit qu’une issue : les liens. Rétablir les liens sociaux. Sortir de notre nombril pour réintégrer une communauté. « Il y a de magnifiques initiatives sociales partout. C’est juste qu’on ne les connaît pas. La clé, c’est recréer le lien et c’est prouvé que ça contribue au bonheur des individus et de la communauté. On est plus riches en partageant ! »


    J’ai regardé autour de moi, dans mon quartier, ma rue, rien. Des portes closes. Et puis, je suis tombée sur l’animatrice et journaliste Marie Plourde, férue d’urbanisme, qui m’a expliqué le plus simplement du monde que dans sa petite rue, au centre de son petit Plateau Mont-Royal, elle fait de l’auto-partage.


    - C’est quoi ça ?


    - Eh ben, mes voisins sont prévenus que si l’auto est devant la porte, ils peuvent s’en servir. Ils savent où est la clé. Ils n’ont qu’à me laisser un message et partir avec.


    Simple de même. Même pas suggéré par Luc Ferrandez. Une auto en partage. Je suis tombée des nues, épatée. Par cet esprit communautaire, surtout, par la confiance, le brin d’imagination. Penser en dehors de la boîte, comme dit Laure Waridel.


    Je fais déjà de l’enfant-partage, pourquoi pas l’auto ? Et si c’est pas trop demander, vous me faites le plein d’essence sans éthanol (ça fait grimper le prix des tortillas), vous passez au lave-auto pour nettoyer le sel des tapis et vous faites changer les pneus d’hiver. Prenez votre temps. Je vais demander à mon voisin de me prêter son Dodge Ram Crew Cab si jamais j’ai une petite urgence.


    ***
     

    cherejoblo@ledevoir.com

    Twitter.com : @cherejoblo

    ***


    Reçu Bon pour la casse, de Serge Latouche, sur les déraisons de l’obsolescence programmée (éditions LLL). Dans la foulée du livre Made to Break, paru il y a quelques années, les Français découvrent la progression du jetable, les premiers objets du genre étant les préservatifs, au XIXe siècle. Le rasoir jetable Gillette voit le jour en 1895. Les machines les plus « fragiles » ? Dans l’ordre : machines à laver, réfrigérateurs, séchoirs à linge, télévisions. J’ajouterais : les ? %$#@! d’imprimantes.


    Serge Latouche, professeur d’économie à l’Université de Paris XI-Orsay, nous parle aussi de l’obsolescence alimentaire, vaste sujet qui commence à secouer les consommateurs. L’obsolescence touche au gaspillage des ressources naturelles et au débordement des dépotoirs. Et elle approvisionne un système économique plus proche de la folie que de la prudence.

     

    Noté que Nature Québec nolisait un autobus pour transporter les militants de Québec à Montréal afin de participer à la Marche pour la Terre, le 21 avril. Cherchez l’erreur…

     

    Visionné deux fois Surviving Progress, le documentaire de Mathieu Roy (2011). L’ampleur de ce qui nous attend est non seulement frappante lorsqu’on visualise « ze big picture », mais entérinée par tous les grands penseurs du monde. Le progrès n’est pas toujours une amélioration, même s’il est séduisant. Une leçon d’économie/écologie 101, ce film nous fait réaliser que nous sommes moins intelligents, comme espèce, que les singes dont nous descendons.


    Nous nous sommes différenciés des « poilus » grâce à notre capacité à pouvoir poser la question « pourquoi ? ». Et c’est encore la question qui nous vient à l’esprit après avoir vu ce film passionnant.


    Loin d’être éco-écœurée, l’animatrice Marie Plourde prête ses clés. On aimerait tous être son voisin…
     
     
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