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    Aide sociale - Critiques sévères au projet de la ministre Maltais

    La protectrice du citoyen s’inquiète de l’impact des changements à l’aide sociale

    La protectrice du citoyen demande à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais (notre photo),  de surseoir, dans sa forme actuelle, à deux volets de son controversé projet de réforme de l'aide sociale.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La protectrice du citoyen demande à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais (notre photo),  de surseoir, dans sa forme actuelle, à deux volets de son controversé projet de réforme de l'aide sociale.
    Lire la lettre expédiée à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale Agnès Maltais
    Irréalistes et inadéquats. Dans leur facture actuelle, les changements proposés à l’aide sociale par la ministre Agnès Maltais risquent d’aggraver la situation fragile des prestataires de 55 ans et des toxicomanes.

    Voilà ce qu’a confié au Devoir la protectrice du citoyen Raymonde Saint-Germain, après analyse du Règlement modifiant le Règlement sur l’aide aux personnes et aux familles. Dans une lettre expédiée à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale Agnès Maltais mercredi, la protectrice demande de surseoir, dans sa forme actuelle, à deux volets de son controversé projet : celui repoussant de 55 à 58 ans l’âge lié au versement d’une allocation pour contrainte à l’emploi, et celui établissant des limites à la compensation des frais de séjour pour services en toxicomanie.


    « Je suis préoccupée » par ces modifications, écrit Mme Saint-Germain dans la lettre de huit pages. En entretien téléphonique jeudi matin, elle précise au Devoir qu’il semble que « l’impératif budgétaire et la recherche de cas de fraude ont primé sur le réalisme des mesures » proposées, qui ne semblent liées à « aucune analyse fine de la clientèle visée ».


    En somme, si le projet de règlement est adopté ainsi, « cela risque de vulnérabiliser encore davantage les clientèles visées », dit Mme Saint-Germain, qui affirme ne pas comprendre le besoin de procéder par pénalité pour inciter à un retour au travail.

     

    Contradictions


    En outre, dans son analyse, la protectrice place le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale face à ses propres contradictions : selon les études du ministère lui-même, une durée cumulative à l’aide sociale de quatre ans, le fait d’être âgé de 45 ans et plus, une faible scolarité et une absence de plus de deux ans du marché du travail augmentent les risques d’échec à la réinsertion. « Par ailleurs », ajoute la protectrice dans sa missive, « l’attitude des employeurs face aux travailleurs plus âgés, quelle que soit leur formation ou leur expérience, est encore trop souvent négative ».


    Le volet des changements destiné aux familles ayant à charge un enfant de cinq ans et moins apparaît à Raymonde Saint-Germain « réaliste et adéquat », en fonction de l’objectif visé. Elle a donc choisi de ne pas le critiquer dans son échange avec le ministère.


    Il n’en est pas ainsi de la volonté de mettre fin aux abus chez une clientèle toxicomane. La ministre Maltais a plus d’une fois évoqué en effet les cas de séjour ultra-prolongés en centres d’hébergement et propose donc d’offrir une prestation spéciale pour services en toxicomanie deux fois maximum par période de douze mois, jusqu’à concurrence de 90 jours au total.


    « Je comprends que cette mesure vise à contrer les abus, ce à quoi je souscris », écrit Mme Saint-Germain. « Je m’inquiète néanmoins de certains de ses effets. »


    Évoquant le fait que cette clientèle vulnérable présente des besoins variés liés à une condition particulière, la protectrice juge « préjudiciable » une limite dans le temps, et opterait plutôt pour une évaluation rigoureuse dirigeant vers les services requis, à durée variée, le bénéficiaire.


    Enfin, la protectrice du citoyen s’inquiète vivement des effets néfastes du projet pour les personnes incarcérées et judiciarisées. « Près de 60 % des personnes incarcérées sentenciées ont des problèmes de toxicomanie liée à leur délinquance », écrit-elle, en ajoutant qu’une thérapie de trois mois ou moins n’est pas suffisante pour traiter ces cas.


    « Est-il vraiment nécessaire de prendre des mesures négatives, de procéder par pénalités pour inviter cette clientèle vulnérable au travail ? Il aurait fallu mieux lire le profil de cette clientèle de dernier recours avant de penser à ces changements. Je pense que des analyses plus fines doivent être faite », ajoute Mme Saint-Germain.













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