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    Québec accusé de «désinformation numérique»

    Le Conseil du trésor manipule des données pour donner un portrait embelli des dépenses publiques

    Les manipulations identifiées et confirmées au Devoir ciblent le «Tableau de bord sur l’état de santé des projets en ressources informationnelles», créé en mai 2012.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les manipulations identifiées et confirmées au Devoir ciblent le «Tableau de bord sur l’état de santé des projets en ressources informationnelles», créé en mai 2012.
    La transparence gouvernementale par les données numériques ouvertes a ses limites à Québec, où plusieurs de ces données sont « manipulées » par le secrétariat du Conseil du trésor afin de donner un portrait « embelli » des dépenses publiques, et ce, dans le cas des achats de matériel informatique et de l’implantation de systèmes dits informationnels dans l’appareil gouvernemental, a découvert Le Devoir.

    Des manipulations « organisées » et « planifiées », ont indiqué deux sources proches du secrétariat, tout en qualifiant la chose de « nuisance » à la construction d’un « gouvernement ouvert », crédible et d’entrave à la transparence accrue réclamée par les citoyens, et que les outils numériques permettent désormais de concrétiser. En théorie.

    « Nous sommes devant un cas flagrant de désinformation numérique, a résumé cette semaine l’une de ces sources. Les données diffusées au public sont truquées à la demande du secrétariat et ne reflètent certainement pas la réalité. »


    Les manipulations identifiées et confirmées au Devoir ciblent le « Tableau de bord sur l’état de santé des projets en ressources informationnelles », qui, depuis sa création en mai dernier, laisse entendre que 96,6 % des projets informatiques et numériques du gouvernement sont réalisés, implantés ou rodés sans aucun dépassement de coûts, problème de gestion ou besoin d’être modifiés. Cet outil, où la couleur verte domine pour exposer la bonne marche de l’ensemble des contrats gouvernementaux, a été lancé en grande pompe par le gouvernement libéral au printemps dernier pour permettre aux citoyens de suivre « l’évolution des dépenses du gouvernement en toute transparence ».


    Inspiré des « tableaux de bord » d’informations mis en place aux États-Unis pour suivre les dépenses publiques du gouvernement fédéral, cet espace d’information pour le public a été placé sur le portail officiel des données ouvertes du gouvernement du Québec, construit pour mettre en marche son projet de gouvernance numérique et son plan de transparence par le numérique. Il est accompagné de deux autres tableaux de bord, l’un portant sur l’état des structures du réseau routier du Québec et l’autre sur les grands chantiers du ministère des Transports.


    « 96,6 % de projets dans le vert, ça semble un peu trop beau pour être vrai, indique une voix proche du dossier. Ça ressemble aux statistiques du gouvernement cubain et ça vient confirmer que ces tableaux de bord sont adoptés par les politiciens plus pour donner une impression de transparence qu’autre chose. »


    Selon nos informations, le portrait statistique et financier livré par ce tableau de bord est en effet sous l’influence du secrétariat du Conseil du trésor, qui, à plusieurs reprises, a fait modifier l’affichage de données afin de présenter une image lustrée de l’avancement des projets technologiques du gouvernement. Cette intervention humaine est d’ailleurs jugée « incohérente » avec l’esprit des données ouvertes, auquel pourtant, par les temps qui courent, les politiciens ici comme ailleurs aiment adhérer.


    Le modèle américain


    Cet esprit commanderait plutôt que l’outil aille automatiquement chercher les données brutes sur les projets gouvernementaux dans les systèmes comptables et les systèmes de gestion des suivis de projets des ministères et organismes publics, sans intervention humaine entre la source et l’outil de diffusion de l’information au public. « C’est comme cela que fonctionne le tableau de bord du gouvernement américain [recovery.gov], ajoute-t-on. Pour atteindre le niveau de transparence souhaité, c’est la marche à suivre. Mais pour le moment, à Québec, on est en train de confondre données publiques et données ouvertes. Les données publiques peuvent faire l’objet de mise en forme, de manipulation… Les données ouvertes, elles, doivent être brutes pour être crédibles. »


    Nos demandes d’entrevues, par courriel et téléphone cette semaine, avec le secrétaire associé aux ressources informatiques au Conseil du trésor, Denis Garon, sont restées lettre morte.


    Les tableaux de bord du gouvernement, tout comme le projet de libération des données ouvertes, s’inscrivent dans une tendance mondiale de construction de gouvernement plus ouvert, en passant par les univers numériques. À l’échelle nationale, provinciale et municipale, les données ouvertes sont perçues aujourd’hui comme une façon de créer un environnement plus transparent afin de rétablir la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques, mais aussi de stimuler leur participation à la vie démocratique. Ce projet attise toutefois la réticence d’un grand nombre de fonctionnaires qui craignent de perdre du pouvoir en perdant le contrôle sur des données publiques que le présent et l’avenir proposent de rendre numériquement accessibles à tous.

    Les manipulations identifiées et confirmées au Devoir ciblent le «Tableau de bord sur l’état de santé des projets en ressources informationnelles», créé en mai 2012.












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