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    ODSEF - Il n’est pas simple de décrire ce qu’est un francophone…

    Un observatoire québécois trace le portrait rectifié de l’Afrique

    9 mars 2013 |Émilie Corriveau | Actualités en société
    En République démocratique du Congo, environ 40 % de la population serait francophone.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Simon Maina En République démocratique du Congo, environ 40 % de la population serait francophone.

    Fondé en 2009, l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF) s’efforce depuis sa création de sauvegarder le patrimoine démographique en Afrique francophone et de cerner la démographie linguistique de la Francophonie. Grâce à ses travaux, les chercheurs ont aujourd’hui une idée beaucoup plus juste du statut des locuteurs du français sur la planète.


    Il n’y a pas si longtemps encore, il était très difficile de tracer un portrait clair de la francophonie mondiale. Alors qu’en Amérique et en Europe, les chercheurs avaient accès à une foule de données sur les locuteurs du français, en Afrique, la situation était tout autre. Pour obtenir des informations, ceux-ci devaient s’appuyer sur les renseignements dont disposait le Haut Conseil de la francophonie, qui, pour sa part, devait se fier aux données transmises par les différents pays membres. Selon les territoires, les informations reçues étaient plus ou moins exactes.


    Par exemple, en République démocratique du Congo, jusqu’au tournant des années 2000, on estimait qu’environ 15 % de la population était francophone. En 2003, lorsque le Haut Conseil de la francophonie a publié un rapport sur la francophonie dans le monde, ce pourcentage a bondi à près de 40 %. « Ça nous a alertés,souligne Richard Marcoux, directeur de l’ODSEF et professeur titulaire au Département de sociologie de l’Université Laval. Dans un pays aussi populeux que la République démocratique du Congo, un écart de pourcentage aussi important, ça fait une grande différence. Ça ne pouvait plus continuer comme ça, il fallait trouver un moyen d’obtenir des renseignements plus justes. »


    Sauver le patrimoine


    L’OSDEF est né dans le sillage de ce constat, trois événements ayant permis de confirmer combien, historiquement, l’écart d’analyse était profond entre le Nord et le Sud de la francophonie : l’adoption par plus d’une centaine de chercheurs de la Déclaration sur la sauvegarde et la mise en valeur des recensements africains, le Séminaire international sur la méthodologie d’observation de la langue française dans le monde et le Sommet de la Francophonie.


    Dès sa création, les deux axes de travail de l’Observatoire se sont naturellement dégagés. « La sauvegarde du patrimoine démographique en Afrique francophone, c’est la condition pour être à même de travailler sur la dynamique linguistique dans une perspective historique. On a beau avoir fait des recensements et des enquêtes, examiné toute une série de paramètres, si on n’a pas accès à ces sources d’informations là, on ne sera pas capable d’inscrire les transformations démographiques dans une perspective historique. C’est pour ça que notre premier axe, c’est vraiment la sauvegarde du patrimoine démographique en Afrique francophone et que le deuxième, c’est la démographie linguistique de la francophonie », explique M. Marcoux.

     

    De nombreux acquis


    Sauvegarder le patrimoine démographique de l’Afrique francophone, soit, mais comment faire pour préserver toutes les données utiles recueillies dans une trentaine de pays depuis des décennies ?


    « C’est un travail colossal », convient volontiers M. Marcoux, d’autant que l’Observatoire est le seul organisme au monde à s’investir dans la récupération de données de ce type en Afrique. Malgré l’ampleur de la tâche, l’ODSEF est parvenu à créer un système lui permettant de répertorier et de conserver un nombre impressionnant de documents pertinents à sa démarche.


    « Le Québec est reconnu pour son expertise dans les recensements, précise M. Marcoux. On a utilisé nos connaissances et on a mis en place un système d’ateliers de numérisation des questionnaires de recensements. Par exemple, au Mali, on est en train de numériser plus d’un million de documents du recensement. Ça représente 2,5 millions d’images. Ça va nous permettre de sauvegarder le patrimoine démographique du Mali, rien de moins ! »


    Vu la grande réussite du projet, l’ODSEF a créé un second atelier semblable à Kinshasa, en République démocratique du Congo, où un seul recensement a été tenu depuis la naissance du pays. À court terme, l’Observatoire compte mettre sur pied d’autres ateliers de numérisation dans divers États membres de l’Afrique francophone.


    « On a des demandes de beaucoup d’autres pays, confirme M. Marcoux. Le Bénin, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Niger nous ont écrit. On a élaboré des accords-cadres de collaboration avec eux et nous cherchons présentement le financement qui permettrait de remporter ailleurs les succès que nous avons connus à Kinshasa et à Bamako. »

     

    Un portrait plus précis


    Si, en sauvegardant le patrimoine démographique de l’Afrique francophone, l’ODSEF est en voie de dresser un aperçu beaucoup plus détaillé de sa population, grâce aux travaux que mènent les chercheurs avec qui il collabore depuis ses débuts, l’Observatoire est déjà en mesure de tracer un portrait plus clair de la francophonie mondiale.


    Il faut savoir qu’il n’est pas simple de définir ce qu’est un francophone. Partout dans la Francophonie, les divers contextes de diglossie font que la langue française n’a pas le même statut d’un pays à l’autre. Par exemple, alors qu’en Suisse et en Belgique, l’usage du français se fait en fonction du territoire, en Afrique, les contextes sont beaucoup plus variés.


    « Les travaux de l’ODSEF ont permis de cerner un peu mieux ces contextes-là, relève M. Marcoux. La Francophonie est plurielle et il ne faut pas oublier qu’elle se vit différemment selon les pays. Dans le cas de l’Afrique, dans le cadre de nos travaux, on a défini comme francophones ceux et celles qui savent lire et écrire en français. Ce qu’on nous a reproché, toutefois, c’est d’avoir adopté une définition trop restrictive, parce qu’il y a beaucoup d’Africains qui sont analphabètes, mais qui utilisent quand même le français pour communiquer. »


    Puisque ses recherches menaient à une estimation plutôt prudente du nombre de locuteurs du français, l’ODSEF a décidé de travailler à l’élaboration d’une nouvelle définition qui permettrait d’inclure les gens participant à l’espace linguistique francophone, mais qui ne savent ni lire ni écrire.


    « Ça va nous permettre de mieux dégager toutes les nuances diglossiques de la langue française dans l’espace francophone, soutient M. Marcoux. Déjà, notre aperçu est plus juste, mais il le sera encore davantage dans quelques années. »


    En collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie, l’ODSEF communiquera quelques-unes de ses conclusions sur le dénombrement des francophones dans le monde dans le prochain rapport sur la langue française, lequel sera dévoilé en 2014 en marge du Sommet de la francophonie de Dakar.













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