Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    Québec coupe en catimini dans l’aide sociale

    La ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale Agnès Maltais. Le gouvernement Marois réduira les prestations d’aide sociale des 55 à 58 ans, des familles avec enfants de moins de 5 ans et des bénéficiaires de services en toxicomanie.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand La ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale Agnès Maltais. Le gouvernement Marois réduira les prestations d’aide sociale des 55 à 58 ans, des familles avec enfants de moins de 5 ans et des bénéficiaires de services en toxicomanie.
    Ni vu ni connu, sans le moindre signe précurseur autre que quelques paragraphes publiés dans la Gazette officielle, le gouvernement Marois coupe chez les moins nantis : il réduit les prestations d’aide sociale des 55 à 58 ans, des familles avec enfants de moins de 5 ans et des bénéficiaires de services en toxicomanie.

    La décision de la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale Agnès Maltais, destinée selon Québec à « renforcer l’incitation au travail », propose en effet de revoir les règles d’admissibilité à l’allocation de 129 $ par mois versée pour « contraintes temporaires » en raison de l’âge ou de la garde d’un enfant d’âge préscolaire. Le projet doit entrer en vigueur le 1er juin prochain. En modifiant le Règlement sur l’aide aux personnes et aux familles, on pointe aussi une prestation spéciale pour frais de séjour versée à des gens bénéficiant de services en toxicomanie avec hébergement.


    Ces changements non prévus et non divulgués choquent les groupes oeuvrant près des personnes assistées sociales. Ils irritent considérablement aussi la députée de Gouin pour Québec solidaire, Françoise David.


    « Je suis assez insultée comme parlementaire ! Je l’prends pas ! », a indiqué vendredi Mme David, qui depuis 25 ans milite pour le soutien à ce groupe de la société trop souvent sans porte-voix. « Pourquoi ne pas en avoir parlé à l’étude des crédits, alors que [dans l’étude des crédits d’autres ministères], c’est ce qui a été fait ? Quelle attitude cavalière d’avoir fait publier cela dans la Gazette officielle sans autre signal ! »


    À ce désaccord s’ajoute la voix du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), qui, malgré des échanges récents avec le cabinet de la ministre Maltais, n’a pas non plus eu vent de ces coupes imprévues. « C’est un manque de courage vraiment flagrant », a commenté vendredi la porte-parole Amélie Châteauneuf. « On va couper des gens pour les retourner à l’allocation de base [604 $ par mois] en présumant qu’ils vont se trouver un emploi, mais dans le fond, on va les affamer. » Mme Châteauneuf, qui dit « être désespérée » pour ces gens, en veut pour preuve la crise qui sévit dans les banques alimentaires de certaines régions, en raison de l’affluence extraordinaire. « Quel gouvernement épris de justice sociale ! Et après, Mme Maltais ose accuser le gouvernement Harper de mal gérer sa réforme d’assurance-emploi ? C’est un peu hypocrite comme attitude. »


    Réduction des conditions d’accès


    Que dit au juste ce projet de règlement, publié dans la Gazette officielle du 27 février ? Que pour inciter au travail, Québec révise les conditions d’accès à l’allocation pour contrainte temporaire, versée en sus de la prestation de base pour certains groupes de prestataires. Sont visés ici les assistés sociaux recevant cette somme à compter de 55 ans, cet âge constituant « une contrainte temporaire » au travail. À compter du 1er juin, et pour toute nouvelle demande (un droit acquis protège les actuels bénéficiaires), cet âge est porté à 58 ans.


    La première année de l’entrée en vigueur, ce changement visera 1500 ménages par mois. La deuxième année, 7000. La troisième, 11 500, et enfin, la dernière, 13 900 ménages en moyenne, selon des chiffres fournis par le ministère de l’Emploi vendredi.


    Les couples ayant la garde d’un bambin de moins de cinq ans sont aussi touchés. La première année, 7900 ménages sont visés. La seconde, 9700. Pour chacune des modifications prévues, le ministère ne peut estimer le coût associé, car comme a expliqué le porte-parole François Lefebvre, « l’objectif de ces changements n’a rien à voir avec une économie de moyens, mais s’inscrit dans un souci de retour à l’emploi pour combler des besoins de main-d’oeuvre importants et briser le cycle de la pauvreté ».


    Enfin, une dernière modification touche un groupe des plus vulnérables, soit ceux qui touchent une prestation spéciale couvrant les frais de séjour pour des soins en toxicomanie avec hébergement. Dorénavant, ce montant ne sera pas accordé plus de « deux fois par période de 12 mois, jusqu’à concurrence de 90 jours au total », dit le texte officiel. Vérification faite, cela touchera 1800 prestataires la première année, et 2150 la seconde.


    Pour atténuer ces réductions, le ministère affirme que les prestataires touchés seront rencontrés par des agents d’Emploi-Québec et encouragés à participer à des « parcours » de réinsertion à l’emploi. Pour certains d’entre eux, « mais pas tous », une allocation de 195 $ par mois sera versée. Impossible toutefois de nous dire qui y aurait accès, en fonction de quels critères, ni non plus pour combien de temps. Québec s’appuie sur des données selon lesquelles Québec a un des taux d’emploi des 55 ans et plus les plus bas (32 %, contre 36,4 % en Ontario et 40,2 % aux États-Unis) pour justifier la réduction de l’allocation en fonction de l’âge.

     

    Colère et stupéfaction


    La députée Françoise David fulmine. « Parler d’un parcours de réinsertion à l’emploi, c’est carrément rire du monde ! Dans la vraie vie, ce n’est pas facile de se trouver un emploi après 55 ans, sans compter que certaines personnes, même considérées aptes au travail, sont en détresse physique et psychologique. » Mme David s’insurge aussi de cette attaque faite aux parents avec enfant de moins de 5 ans. « Personne, pas même les libéraux, n’avait osé s’attaquer à cela ! Et c’est le PQ qui le fait ! Je n’en reviens pas ! Et tout ça pour des montants dérisoires, je présume. »


    La députée a participé à l’étude des crédits pour le volet lutte contre la pauvreté, à la mi-février, et jamais on n’a fait mention de ces coupes. Tout au plus, la ministre Maltais a-t-elle indiqué que les économies se feraient naturellement, car le nombre de prestataires est en chute année après année. « Le gouvernement s’entend avec les recteurs, il leur arrange quelque chose à l’amiable pour ne pas que les compressions fassent mal, il retourne de l’argent aux fonds de recherche, mais les assistés sociaux, sans moyens ni porte-parole, on les coupe ! »


    Au cabinet de la ministre Agnès Maltais, on a expliqué vendredi que la ministre était à l’extérieur et ne pouvait commenter. Le FCPASQ manifestera son mécontentement lundi.













    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.