La relève en politique municipale - Doublement minoritaire
Élue pour la première fois à 23 ans comme conseillère municipale dans le quartier du Vieux-Sorel en 2005 et réélue quatre ans plus tard, Corina Bastiani termine cette année son deuxième mandat. Huit ans après son entrée en politique, c’est désormais la mairie de Sorel qu’elle briguera lors des prochaines élections municipales, à la tête du parti qu’elle a fondé.
En tant que jeune femme en politique, Corina Bastiani est doublement minoritaire. Sous-représentées en politique municipale, les femmes représentent actuellement 16 % des maires et 27,5 % des élus municipaux. Un pourcentage qui tombe encore plus bas lorsqu’on considère la proportion de jeunes dans ces mêmes postes : les 18-34 ans représentent 9 % de tous les élus municipaux et 1,9 % des maires.
Est-ce que cela a pour autant freiné sa course ? Bien au contraire, estime-t-elle, puisque ces données ont plutôt contribué à construire sa vision et sa stratégie. Poussée à se « projeter constamment dans le long terme », Corina Bastiani raille la « politique de collecte d’ordures et de coulage de béton » pour défendre une politique municipale où les débats idéologiques ont leur place, qui répond aux besoins d’une jeunesse idéaliste.
Une autre politique
La jeunesse appelle de ses voeux, selon elle, une vision neuve de la politique municipale axée sur de nouvelles attentes. « Les jeunes ont une vision moderne et actuelle de la politique municipale. Il s’agit du palier qui crée notre quotidien. On se doit d’être créatifs. » La jeune génération, dite génération Y, est dotée d’une « maîtrise instinctive des outils informatiques », a grandi avec la pleine conscience des enjeux écologiques et aspire à un cadre de vie supérieur, où les services sociaux et la qualité de vie sont de mise. « Aujourd’hui, il ne s’agit plus tant de développer les villes et les industries que de les aménager pour y créer un cadre de vie attrayant. Ce n’est plus le moment de parler de développement durable, c’est le moment de passer à l’action. Notre génération est née avec cette vision », estime Corina Bastiani.
Parvenant cette année au terme de son deuxième mandat, la jeune élue peut se targuer d’avoir désormais plus d’expérience que plusieurs de ses confrères. « Avec le temps, mon discours a grandi, affirme-t-elle. Ma passion est restée la même, mais mes champs d’intérêt se sont diversifiés. Je m’intéresse de plus en plus à l’urbanisme, par exemple. Je me suis rendu compte de l’importance de bien comprendre les territoires pour mieux pouvoir les aménager. »
Ces sept années de politique municipale l’ont également amenée à franchir un pas décisif : la fondation d’un parti politique, le Parti d’aujourd’hui, dont la première assemblée générale a eu lieu en septembre dernier. « Un parti politique est un outil d’action pour démocratiser le municipal : il permet d’avoir un leadership harmonieux, une vision d’ensemble, et non pas individuelle, et de mieux faire connaître son discours. Ça répond au mandat de la politique municipale : il faut que les gens connaissent et comprennent nos idées pour se mobiliser davantage. »
Devant le faible taux de participation des jeunes aux élections municipales, Corina Bastiani insiste sur l’importance de les sensibiliser à la politique et d’appeler à l’engagement citoyen. Ainsi, pour revitaliser la démocratie locale, elle a notamment contribué à fonder en 2007 la commission des jeunes élus et élues de l’Union des municipalités du Québec, qu’elle préside aujourd’hui. En 2009, la commission s’est lancée dans une tournée de la province, avec le mandat d’encourager la relève chez les jeunes en politique municipale. Et cette année, c’est aux commandes du projet Relève municipale 2.0 qu’elle entreprend de fouetter l’engagement des jeunes générations en politique municipale.
Femme et famille
Quant au fait d’être une femme en politique, Corina Bastiani y voit également une autre façon d’aborder les enjeux, qui s’inscrit davantage dans la complémentarité que l’adversité. « Les femmes n’ont pas la même façon de faire de la politique. Souvent, elles n’utilisent pas les services municipaux de la même façon que les hommes. » Corina Bastiani relève cependant une différence de regard qui persiste. « Quand un homme s’énerve, on l’écoute. Mais quand une femme s’énerve, c’est forcément qu’elle est trop émotive. » Et le fait d’être une jeune mère lancée dans l’arène politique ? Nul besoin, selon elle, de faire un choix entre l’engagement et la vie de famille. Son deuxième enfant, né pendant son premier mandat, « a fait le tour du Québec en 2009 lors de la tournée des jeunes élus. C’est peut-être pour ça qu’il est si sociable ! ».
Les valeurs qu’elle défend se retrouvent comme un fil d’Ariane dans ses actions menées pour Sorel. Elle compte avec fierté plusieurs succès, toujours marqués par le même souci de qualité de vie et de valorisation de l’espace urbain. Citons l’aménagement d’une aire de jeux dans le Vieux-Sorel, où il n’y en avait pas depuis plus de 30 ans, la réalisation de 20 logements sociaux pour des familles nombreuses à faible revenu, certifiés Novoclimat et donnés à voir comme des exemples de développement durable, ou encore l’obtention d’une subvention du ministère de la Culture pour la rénovation du marché Richelieu. « Ce sont des petites actions qui finissent par porter des fruits et par projeter une vision », clame-t-elle.
Sans surprise, l’avenir est pavé de nouveaux défis à relever, comme la poursuite du combat pour la préservation du patrimoine architectural de Sorel, la quatrième plus vieille ville du Québec, rappelle-t-elle. Elle projette également d’aménager les quais, délaissés malgré leur potentiel économique, culturel et social. Sans oublier le plus grand défi de tous : la mairie de Sorel, qu’elle briguera lors des prochaines élections.
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