Fonction publique - Une égalité à parfaire
«Plus on monte, moins il y a de femmes»
Si elles sont majoritaires dans la fonction publique, les employées des secteurs public et parapublic du Québec ont encore du chemin à faire pour prétendre à une pleine égalité avec leurs collègues masculins.
Les derniers chiffres du Conseil du trésor montrent que les femmes représentent 57 % des effectifs de l’État. Sans grande surprise, elles occupent toujours majoritairement des postes à temps partiel, dans les secteurs techniques et administratifs. Et elles laissent la plupart des postes décisionnels à leurs collègues masculins.
Au Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), on considère la faible représentation des femmes dans les postes de pouvoir comme un des problèmes de la fonction publique. La difficulté n’est plus de les attirer vers les emplois professionnels, puisque les femmes occupent maintenant la moitié de ces emplois.
« Là où le bât blesse, c’est au niveau des cadres : plus on monte, moins il y a de femmes », dit Manon Therrien, deuxième vice-présidente et responsable du dossier des femmes au SPGQ.
Toujours selon les dernières statistiques du Conseil du trésor, le nombre de femmes accédant aux postes de haute direction est passé de 38 à 40 % de 2006 à 2010, et de 32,5 à près de 41 % pour les postes de cadres. « Oui, de plus en plus de femmes occupent des postes importants, admet Manon Therrien. Mais il faut continuer à travailler en ce sens, parce que c’est dans ces fonctions-là que les femmes peuvent avoir une réelle influence sur la société et la rendre plus représentative de leur réalité. Si on se prive de leur apport, on élude certains sujets majeurs pour la population. »
Le SPGQ, né de l’union de plusieurs syndicats de professionnels en 1968, représente aujourd’hui plus de 22 000 personnes, travaillant tant en droit et en économie qu’en travail social au sein de la fonction publique.
Des retraites précaires
Le SPGQ, comme le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), est membre de l’Intersyndicale des femmes, qui représente 160 000 travailleuses québécoises. Ce regroupement des représentantes des comités de condition féminine de sept organisations syndicales a choisi cette année le thème Des retraites décentes pour le pouvoir économique.
Selon Denise Boileau, vice-présidente et responsable du dossier de la condition féminine au SFPQ, 65 % des femmes vivraient une retraite en situation de pauvreté. « Ce n’est pas seulement un enjeu qui touche les femmes dans la fonction publique, mais dans la société au grand complet. » Les femmes, par leur parcours de travail atypique (congé de maternité, conciliation travail-famille ou soins aux parents), sont pénalisées à l’heure de la retraite. « On sait aussi que les femmes n’ont pas toujours le salaire pour aller chercher le maximum de leur régime de retraite et ne peuvent pas toujours cotiser à des régimes privés (REER). » Le SFPQ demande donc que soient bonifiés les régimes de retraite publics : pensions du Canada et rentes du Québec.
Le SFPQ, qui existe depuis 1962, regroupe environ 42 000 membres. Ses syndiqués travaillent en grande partie comme employés de bureau ou techniques et environ 11 000 de ses membres proviennent du secteur parapublic. Un autre des chevaux de bataille du SFPQ concerne la conciliation travail-famille. « Le régime de congé parental est déjà un gain important, concède Denise Boileau, mais on demande une loi-cadre sur la conciliation. On veut que les femmes sur le marché du travail aient un même accès aux postes de pouvoir, et on sait que les congés de maternité sont souvent un frein à l’avancement de la carrière. Ce n’est pas une revendication syndicale, mais bien pour l’ensemble des femmes. Quand on améliore leur situation, c’est toute la société qui en bénéficie. »
L’équité sous surveillance
Qu’en est-il de l’équité salariale, enjeu syndical et féministe majeur des 15 dernières années ? Au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le plus important syndicat au Canada avec ses 650 000 membres (dont 110 000 au Québec), l’équité demeure une lutte toujours d’actualité.
Pour Me Annick Desjardins, avocate et conseillère syndicale au SCFP, le secteur parapublic (notamment à l’échelon municipal) accuse beaucoup de retard en matière d’équité salariale, puisque le gouvernement provincial avait voulu s’exempter de la loi, mais a finalement perdu en cour.
« Le dossier de l’équité, ce n’est jamais terminé, croit Me Desjardins. La réforme de 2009 a beaucoup affaibli la loi sur l’équité, notamment en ce qui a trait à l’encadrement du maintien de l’équité salariale. » Avec cette réforme, le maintien se fait aux cinq ans, et les employeurs ne sont plus tenus de le faire en concertation avec le syndicat et les employés. « Alors qu’on sait qu’il y a régulièrement des changements dans les entreprises qui peuvent créer des biais discriminatoires », ajoute Me Annick Desjardins.
Une fois l’équité réglée pour tous ses membres, dont certains n’ont pas encore reçu les ajustements rétroactifs auxquels ils ont droit, le SCFP entend travailler sur la ségrégation dans certains emplois, traditionnellement masculins. « Les stéréotypes occupationnels, comme le fait de dire que certains emplois sont des emplois d’hommes ou des emplois de femmes, doivent constamment être dénoncés », estime l’avocate du SCFP.
Mais comment intéresser les femmes à des emplois moins traditionnels ? « Je n’ai pas de réponse, hélas. C’est un travail qui doit se faire dès l’enfance et ce n’est pas un combat uniquement syndical, mais aussi féministe. Il concerne cependant les employeurs dans leurs méthodes de recrutement, et dans leur lutte au harcèlement sexuel et sexiste. »
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