Égalité - Il reste du chemin à parcourir sur le plan politique
Le Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN) salue l’adoption d’une loi comme celle sur l’égalité salariale : elle fait la preuve que les femmes ont finalement obtenu gain de cause en intervenant sur la scène politique pour faire valoir leurs droits. Il entend accroître ses interventions sur d’autres plans pour réduire le fossé qui s’est creusé dans le dossier de l’égalité hommes-femmes.
Éducatrice en centre jeunesse de profession et première vice-présidente du Conseil central, Véronique De Sève se dit satisfaite de voir que les femmes se sont tournées vers l’engagement politique : « Les groupes de femmes ont fait de l’éducation pour montrer que la politique, ce n’est pas une bibite et que ce n’est pas laid ; on a souvent associé celle-ci à de la chicane ou à de la polémique, mais ce n’est pas vrai parce qu’il y a des gains qu’on peut réaliser. Il y en a un qui est peut-être lointain mais encore d’actualité : si les femmes ne s’étaient pas occupées de la politique, probablement que l’égalité salariale n’existerait pas. »
Les revendications pour obtenir un salaire égal à travail égal ont pesé dans la balance : « Dans les années 1980, les femmes ont porté plainte et le mouvement syndical a pris leur parti, comme il était normal pour ces organisations de le faire, mais le changement est survenu parce qu’on est allés chercher une loi relevant d’un engagement politique. » Les garderies à sept dollars et les centres de la petite enfance (CPE) apparaissent aussi comme des gains sur le plan politique : « La CSN s’est mêlée de cette bataille-là et elle a fait valoir son point de vue pour obtenir la qualité de la pédagogie qui existe dans les CPE. »
Et voilà que le réseau des tables régionales des groupes de femmes s’est lancé dans une vaste campagne : « Elle a pour but de les intéresser à la politique municipale et notamment aux élections municipales ; oui, on veut qu’elles se présentent en plus grand nombre et qu’elles soient élues, mais on souhaite aussi passer ce message : il est important de s’occuper de ce qui se passe dans sa municipalité. Il peut être question des trottoirs mal déblayés et des déchets qui ne sont pas ramassés, mais c’est aussi autre chose, la politique municipale, c’est toute la vie citoyenne à l’intérieur de celle-ci dont relève, entre autres, la façon d’offrir des services et d’aider les familles démunies. »
Le CCMM entend prendre part à cette démarche : « On est loin de l’égalité dans les conseils de ville, on stagne et on atteint encore le plafond de verre, mais les femmes manifestent de plus en plus d’intérêt pour leur arrondissement : elles vont voir ce qui se passe, elles posent des questions et s’impliquent dans les tables de quartier. On va suivre de près les élections municipales sur les territoires de Montréal et de Laval que l’on couvre ; on va essayer de motiver les femmes pour qu’elles prennent la parole et pour qu’elles disent ce qu’elles veulent pour leurs villes, ce qui est important. »
Engagement élargi
Mme De Sève croit qu’il reste bien du travail à abattre pour faire avancer la cause de la conciliation vie professionnelle et vie personnelle : « Pour la CSN et pour le Conseil cetral, il importe d’avoir une loi-cadre qui exige des employeurs qu’ils s’assoient avec leurs syndicats et aient une rencontre paritaire pour voir comment on peut traiter de cette question dans les milieux de travail. Ce serait là une avancée immense parce qu’on en parle depuis tellement d’années, alors qu’il ne se passe rien pour toutes sortes de raisons. On veut obtenir une loi non pas pour que des mesures mur à mur soient mises sur pied dans les entreprises, mais pour que les employeurs s’assoient avec leurs organisations syndicales pour voir ce qu’il est possible de faire. C’est gagnant-gagnant quand on s’occupe de cette question-là. »
Elle prône un engagement élargi en faveur de l’avancement des dossiers politiques, qu’ils relèvent de la conciliation ou qu’ils portent sur d’autres points : « Si on veut qu’il y ait du changement, il ne faut pas que cela passe seulement par les femmes, mais par un effort collectif hommes-femmes. Je pense que nous en sommes rendus là partout, que ce soit en politique active ou dans une organisation comme la mienne. »
Et quel pourrait être l’apport des femmes dans ce courant de pensée qui invite à faire de la politique différemment ? « Dans un premier temps, je crois que de façon générale, les femmes ne sont pas dans le combat, mais dans le consensus. On ne cherche pas à montrer qu’on est plus hot que l’autre et à faire valoir qu’on possède la bonne solution. On se situe plutôt dans la recherche de la façon dont on peut travailler collectivement et mettre à contribution les forces de chacun. »
Ligne de parti
Elle signale une autre différence touchant le traitement des problématiques : « Il existe un changement sur le plan de la ligne de parti ; on ne travaille pas en se basant là-dessus, mais en se tournant vers le problème pour savoir comment on peut le résoudre collectivement en partant du fait qu’on souhaite que tout le monde soit gagnant. Cette façon de faire change complètement la joute politique. D’autre part, on a encore tendance à ne pas se faire assez confiance, ce qui fait qu’on travaille très fort nos dossiers et qu’on les approfondit ; ce n’est pas l’apanage des femmes, mais quand on arrive, on est vraiment préparées. »
Sur le plan de la confrontation verbale, Véronique De Sève signale cette particularité : « On dit souvent que les femmes n’aiment pas la politique parce qu’elles n’aiment pas débattre ; au contraire, elles débattent quotidiennement avec leurs enfants. Leur seule objection, c’est que lorsqu’elles se tournent du côté des parlementaires, elles ont l’impression que c’est de la chicane. » Elle commente cette question tout en laissant voir qu’elle a personnellement tiré profit d’expériences vécues en commissions parlementaires où les échanges étaient civilisés et enrichissants.
Pour finir, elle énonce les trois priorités actuelles du Conseil central en matière de condition féminine : la conciliation famille-travail, les femmes dans les métiers non traditionnels et les femmes autochtones.
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