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Fédération des femmes du Québec - «Les femmes minimisent leur expérience et leurs connaissances»

Le Québec stagne depuis 10 ans dans l’élection de femmes à l’Assemblée nationale.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Le Québec stagne depuis 10 ans dans l’élection de femmes à l’Assemblée nationale.

La proportion des femmes à l’Assemblée nationale du Québec stagne aux alentours de 33 %. Pour parvenir à de vrais changements tant dans la manière de faire de la politique que du point de vue des sujets débattus, il faut franchir la barre des 40 %.


Si le Québec stagne depuis plus de dix ans, c’est en partie parce que le discours ambiant tend à faire croire que l’égalité est atteinte. Entrevue avec Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ).

 

Où en sommes-nous sur le plan de la place des femmes en politique?


On a évidemment fait de très grands progrès, on a une femme première ministre ! Ça, c’est marquant, ça arrive une seule fois dans la vie que ce soit une première. C’est une étape de franchie qui est très importante sur le plan symbolique. Cela dit, de façon plus globale, nous vivons une certaine stagnation touchant la présence des femmes en politique. On ne parvient pas vraiment à aller au-delà des 33 % à l’Assemblée nationale, alors que les chercheurs disent que les vrais changements arrivent lorsque l’on passe le cap des 40 %.

 

Pourquoi cette stagnation?


Il y a différentes raisons. D’abord, on a de plus en plus tendance à dire que l’égalité est chose faite. Ce qui a pour conséquence qu’on met un peu moins d’énergie à faire bouger les choses. De l’énergie au sens d’une présence, d’une volonté, d’une préoccupation. Cette question est donc moins à l’avant-scène, et ce n’est pas parce que l’égalité est réellement atteinte, mais parce qu’on a adopté cette idée, même si elle ne se vérifie pas dans les faits. En outre, on a une approche un peu trop individualiste de la place des femmes en politique. On va se concentrer sur le déficit de confiance des femmes prises une par une, plus que sur les éléments systémiques qui tendent à minimiser le rôle des femmes sur la scène publique.

 

Les femmes manqueraient de confiance en elles…


Sans vouloir faire de généralités, c’est un constat indéniable. Certaines n’osent pas se présenter en politique par manque de confiance. Mais il y a un travail important qui se fait notamment via les groupes de femmes aux quatre coins du Québec avec des lieux de réseautage, des rencontres de formation, des séances de coaching, de préparation au travail médiatique, etc. Malheureusement, les femmes continuent à minimiser l’expérience et les connaissances qu’elles ont acquises.

 

Comment expliquez-vous cela?


La plupart des politiques de l’État tendent à les aider de manière individuelle, mais ne regardent pas les obstacles qu’elles rencontrent lorsqu’elles décident de faire le saut. Prenons l’exemple de la conciliation travail-famille : c’est encore aux femmes qu’incombe la plus grande part des responsabilités liées à la famille. Or, la politique suppose une très grande disponibilité. Pourrait-on enfin travailler sur ces attentes ? En matière de candidatures, lors des dernières élections, seuls le Nouveau Parti démocratique (NPD) au fédéral et Québec solidaire au provincial ont présenté autant d’hommes que de femmes : les partis ne s’attaquent pas à cela en priorité. Si les hommes sont très prompts à prendre leur décision, les femmes prennent le temps de réfléchir, en parlent autour d’elles, pèsent le pour et le contre, mesurent la charge de travail et réfléchissent à des solutions, à une façon de s’organiser. Si un parti veut présenter autant de candidates que de candidats, il doit y travailler bien en amont. D’autant qu’il n’y a aucune mesure qui oblige à quoi que ce soit au Québec sur ce plan-là. Seulement des incitatifs.

 

Là où il y a parité inscrite dans la loi, les femmes ne sont pas nécessairement dans des circonscriptions gagnables…


Ça prend une combinaison de facteurs. Ça doit s’inscrire dans une politique globale de compréhension de la place des femmes dans l’espace public. Ça passe par des programmes de soutien actifs et forts pour aller vers l’égalité sur le plan économique, au chapitre de l’éducation, de la conciliation travail-famille, de la lutte contre le sexisme et les stéréotypes, etc. Une société qui a une loi sur la parité mais n’a rien fait pour endiguer le sexisme ne réussira pas à avoir assez de femmes en politique. C’est un savant mélange de politiques proégalité, de politiques contraignantes en matière de présentation de candidatures et de politiques qui soutiennent les femmes individuellement.

 

Mais à quelques exceptions près, les femmes ont-elles réellement envie de se lancer en politique?


Là encore, je ne veux pas généraliser. Il n’y a pas une nature masculine et une nature féminine. Ce qui nous apparaît clairement, c’est qu’elles ne veulent pas faire de la politique telle qu’elle se pratique au Parlement aujourd’hui. Et curieusement, on se rend compte que lorsque la barre des 40 % de femmes est atteinte, les sujets évoluent, les angles changent. Les préoccupations, les approches… il y a plus du côté des femmes une volonté de dépasser certaines lignes partisanes pour chercher le dialogue, le consensus.

 

Au-delà du symbole, une femme première ministre, ça change quoi dans l’avancée de vos dossiers?


D’abord, il ne faut pas dévaluer l’impact symbolique de cette élection. Aujourd’hui, il est évident pour tous qu’une femme, au Québec, est capable de prendre de graves décisions, faire face à des critiques virulentes, gérer des dossiers au plus haut niveau. Quant à savoir si les préoccupations qui concernent les femmes seront mieux prises en compte… Il m’est difficile de répondre à cette question sans revenir sur les neuf dernières années de gouvernement libéral. Sur plusieurs sujets qui nous préoccupent, et je pense notamment à la pauvreté des femmes, à leur retraite, à l’accès aux services publics, à la santé, à l’éducation, etc., on a vécu plusieurs années de très grande hostilité. Sous le leadership de Mme Marois, on ouvre des espaces de dialogue, d’échanges. Mais en même temps, on a décidé de poursuivre dans une démarche de déficit zéro, de ne pas exiger une contribution accrue des entreprises privées, des minières, des banques, ce qui aurait donné plus d’options au gouvernement en matière notamment de lutte contre la pauvreté chez les femmes. On remet donc à plus tard des dossiers qui, par ailleurs, je pense bien, préoccupent la première ministre. Il est encore trop tôt pour faire un premier bilan.



Collaboratrice

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