Issoudun - Mère, enseignante et mairesse
Élue pour la première fois en 2005, Annie Thériault compte briguer un autre mandat
Sur papier, être maire d’une petite municipalité au Québec est une tâche qui ne demande que quelques heures par semaine. Dans les faits, on est maire 24 heures sur 24 et sept jours par semaine. Mais être mairesse, mère de quatre enfants et enseignante à mi-temps, c’est autre chose. Ça demande une force de caractère peu commune et un sens des priorités et de l’organisation extraordinaire.
L’entrevue est à l’image de la jeune femme : vive, dynamique et intelligente. Elle est comme ça, Annie Thériault. Ce n’est pas pour rien que cette enseignante est depuis 2005 la mairesse de la municipalité de Notre-Dame-du-Sacré-Coeur-d’Issoudun, que tout le monde appelle tout simplement Issoudun. Cette petite municipalité compte 869 habitants, selon le dernier recensement. Elle existe depuis 1903 et est formée du regroupement de paroisses contiguës pour aujourd’hui occuper un territoire de 60 km2 sur la rive sud du Saint-Laurent, dans la MRC de Lotbinière. Essentiellement rurale, Issoudun compte 38 exploitations agricoles, mais aussi des commerces et des services.
Politique municipale 101
Annie Thériault a 28 ans en 2005, elle est encore en congé parental après la naissance de son quatrième enfant : « Je lis dans le journal local un texte sur les élections municipales dans le comté de Lotbinière et je constate qu’il se libère des postes de conseillers à Issoudun. Ah ! tiens donc ! Je n’avais jamais pensé à ça avant, mais j’ai eu envie de m’impliquer. »
Annie Thériault commence donc à poser des questions dans son entourage et à se renseigner sur la tâche de conseillère municipale. De fil en aiguille, elle découvre que ce ne sont pas seulement des postes de conseillers qui sont à pourvoir, mais aussi celui de maire ! En effet, le maire sortant ne désire pas se représenter, et apparemment, personne ne désire le poste : « Quand j’ai appris que s’il n’y avait pas de maire, ce serait le ministère des Affaires municipales qui allait nommer quelqu’un, j’ai décidé de me lancer après avoir discuté avec le maire sortant. Je me suis donc présentée comme mairesse, mais comme il restait aussi un poste de conseiller à pourvoir, c’est mon mari qui lui aussi s’est lancé en politique », raconte Mme Thériault, emportée par ses souvenirs.
Que fait une jeune mairesse?
« Le travail varie énormément selon les dossiers, mais aussi selon ce que l’on y investit. » Dès le départ, Annie Thériault avait une assez bonne idée des projets qu’elle voulait mettre en place dans sa municipalité. En région, un des rôles importants d’une mairesse est le siège qu’elle occupe à la table des maires de la MRC : « À la table des maires, je portais plusieurs chapeaux, mais comme j’étais la seule jeune mairesse sur les 18 maires présents, c’est presque d’office que j’ai porté celui de membre du conseil d’administration du Carrefour jeunesse-emploi ! » Depuis le début, Mme Thériault siège dans plusieurs comités, ce qui l’occupe beaucoup plus d’heures par mois qu’on ne le lui avait dit.
En région, le maire moyen - si on peut l’appeler ainsi - est un homme dans la cinquantaine. Dans ce paysage, Annie Thériault fait figure d’exception, non seulement parce qu’elle est une femme, mais aussi parce qu’elle est une jeune femme. C’est donc dire que les projets qu’elle pilote reflètent les valeurs qui lui tiennent à coeur. « Depuis 2005, on s’est employés à augmenter et à diversifier l’offre de loisirs. On amorce actuellement une démarche Municipalité amie des aînés (MADA), et on va donc adopter une politique familiale et une politique pour les aînés. »
Dès le début de son mandat de mairesse, Annie Thériault a voulu protéger le coeur de son village « contre les modifications architecturales… qui ne devraient pas exister ! Ça aura été mon plus gros projet, parce que je l’ai mené presque toute seule. C’est moi qui ai rédigé le règlement inspiré par des règlements semblables un peu partout au Québec. On a donc adopté un projet d’urbanisme qui n’a pas été facile à faire passer ». En effet, au cours des 35 dernières années de vie municipale à Issoudun, c’est le seul projet où un maire a dû utiliser son droit de veto, tant le projet divisait le conseil municipal.
La phase de sensibilisation n’est pas terminée et le dossier n’est pas clos, mais la municipalité a maintenant tout en main pour protéger son patrimoine bâti. Aujourd’hui, Annie Thériault affirme qu’elle est épaulée par un conseil extraordinaire avec lequel elle prend un véritable plaisir à travailler.
On dit souvent que si l’on n’est pas né là où l’on habite, on sera toujours un étranger. Annie Thériault et son mari ne sont pas originaires d’Issoudun. Ils s’y sont établis en 2000. C’est donc dire qu’il fallait à Mme Thériault une bonne dose de diplomatie pour réussir dans sa démarche de mairesse. Mais elle a su retourner la situation en sa faveur : « Finalement, au conseil municipal, on est plus de 50 % de membres qui ne sont pas nés à Issoudun. Ça a sûrement dérangé certaines personnes, mais j’ai aussi entendu le commentaire que le fait qu’on soit des gens venus de l’extérieur, ça donnait un point de vue plus objectif. »
L’avenir d’Issoudun
Les prochaines élections municipales auront lieu en novembre prochain, et au cours des 9 prochains mois, Annie Thériault ne chômera pas : « Après avoir réalisé plusieurs petits projets depuis mon arrivée en 2005, on s’attaque maintenant aux gros dossiers. Le parc industriel et les égouts de la municipalité sont deux gros morceaux qui devraient se ficeler dans les prochains mois. Parallèlement, avec le traitement des eaux usées, on aura à travailler sur le développement résidentiel, où des signatures d’ententes devraient avoir lieu d’ici peu », explique une mairesse en pleine possession de ses dossiers.
Et qu’est-ce qui attend Annie Thériault en 2013 ? « Pour moi, c’est une nécessité de me représenter. Je ne me suis même pas posé la question ! J’aimerais faire un autre mandat pour faire la transition avec la nouvelle administration… Pour la suite, je verrai si je suis encore utile et nécessaire à la municipalité. »
Collaboratrice









