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    La maison symphonique de Montréal - Beauté intérieure

    16 février 2013
    Depuis l’inauguration de la Maison symphonique, en 2011, plusieurs observateurs de la scène musicale s’entendent pour en reconnaître les qualités acoustiques exceptionnelles.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Depuis l’inauguration de la Maison symphonique, en 2011, plusieurs observateurs de la scène musicale s’entendent pour en reconnaître les qualités acoustiques exceptionnelles.
    La Maison de l’architecture du Québec organise depuis 2011 le concours Jeune critique MAQ, afin d’encourager une relève de calibre professionnel dans ce domaine sous-représenté du journalisme au Québec. Cette année, une trentaine de textes ont été soumis sur le thème imposé de la nouvelle Maison symphonique de Montréal. Le texte gagnant en anglais, signé Yuan Yi Zhu, 20 ans, étudiant en histoire et sciences politiques à McGill, est à découvrir dans le numéro de février de la revue Canadian Architect. Nous publions ici le texte gagnant en français, de Josianne Poirier, 29 ans, chercheuse indépendante qui détient une maîtrise en études urbaines de l’Institut national de la recherche scientifique.

    Josianne Poirier


    Dès son inauguration en 1963, la salle Wilfrid-Pelletier ne convient déjà pas aux besoins de l’Orchestre symphonique de Montréal. Conçue comme une salle multifonctionnelle, selon la tendance de l’époque, elle est trop grande, avec ses 2990 sièges, et le son s’y perd. Il aura fallu près de 50 ans pour que la situation soit rectifiée. Aujourd’hui, les mélomanes peuvent jouir de toutes les subtilités d’un pianissimo grâce à un récent ajout à la Place des Arts : la Maison symphonique.


    Dans cette nouvelle salle, la dimension sonore a été la première préoccupation des concepteurs. À la suggestion du chef Kent Nagano, c’est la firme Artec, à qui l’on doit le Centre Kimmel de Philadephie, qui a été retenue pour la réalisation des travaux acoustiques. Ce n’est qu’une fois ceux-ci validés que le consortium Aedifica et Diamond Schmitt a été sélectionné pour assurer la conception architecturale. Depuis l’inauguration de la Maison symphonique, en septembre 2011, bien des observateurs de la scène musicale s’entendent pour en reconnaître les qualités acoustiques exceptionnelles.

     

    Les ingrédients de la recette


    Quelle est la recette de ce succès ? Plusieurs ingrédients sont à considérer. D’abord, la salle repose non pas directement sur le sol, mais sur des coussins pneumatiques permettant d’absorber les vibrations du métro ou d’un camion lourd passant sur une rue adjacente. Quant au toit, il a été doublé afin de prévenir les perturbations pouvant être engendrées par le passage d’un avion au-dessus du lieu de diffusion.


    À l’intérieur, des lambris de hêtre tapissent les murs de la salle. Leur finition est inégale, pour une meilleure distribution des ondes de haute fréquence. Même les sièges ont un rôle à jouer, leur mousse étant plus dense que dans la moyenne des salles de spectacle, afin de limiter l’absorption du son. Et à leurs pieds, des trous permettent la climatisation de la salle, silencieusement.


    Pensée selon le modèle classique de la « boîte à chaussures », la nouvelle salle peut accueillir un maximum de 2100 spectateurs (1900 avec un choeur sur scène) qui bénéficient tous d’un son d’une grande qualité. L’espace intérieur est épuré et élégant. L’absence de fioritures contribue à mettre en valeur les artistes et les oeuvres.


    La boîte à chaussures


    Malheureusement, l’image de la boîte à chaussures est également celle qui nous vient à l’esprit en observant l’édifice de l’extérieur. En effet, si la Maison symphonique est un succès du point de vue acoustique, il est difficile d’être aussi enthousiaste à l’égard de son enveloppe architecturale et de son intégration à la Place des Arts.


    La coquille du bâtiment se compose essentiellement de trois matériaux. Au sud, le verre révèle les foyers de la salle, et le jour tombé, il laisse une lumière chaude se diffuser dans la nuit. Au nord, à l’inverse, la pierre grise bloque le regard. Des bandeaux de fenêtres essaient tant bien que mal de rythmer cette paroi austère, mais c’est peine perdue. Sur la façade est, verre et pierre con fluent sans dialoguer. Ils sont surmontés d’une section en bois, extension des cloisons internes de la salle de concert, qui, toutefois, ne parvient pas à harmoniser l’ensemble.


    L’Esplanade ignorée


    L’entrée principale de la Maison symphonique occupe le coin inférieur gauche de cette devanture et elle a toutes les allures d’une entrée secondaire. Une fois à l’intérieur, le plafond bas du couloir d’accès est écrasant et l’éclairage produit par des diodes électroluminescentes ne contribue en rien à sa mise en valeur. Le tout constitue une mise en bouche qui a de quoi décevoir tout autant le critique d’architecture que le spectateur se dirigeant vers un concert.


    De plus, il est dommage que la conception du bâtiment n’ait pas davantage pris en compte la présence à ses côtés de l’Esplanade de la Place des Arts, un espace extérieur sous-utilisé occupant pourtant une position clé au centre-ville de Montréal. Désormais, l’Esplanade est plus cloisonnée et ignorée que jamais, alors que la présence de la Maison symphonique aurait pu contribuer à sa mise en valeur et à son animation.


    Au moment où Montréal tente d’affirmer son statut de Ville UNESCO de design, il est regrettable qu’on ait laissé filer une si belle occasion de mettre en oeuvre un projet architectural fort. Non pas qu’il eût fallu privilégier l’embauche d’un architecte vedette ou la réalisation d’un bâtiment aux formes spectaculaires, mais on aurait pu faire primer la qualité du design sur le respect des échéanciers et des budgets.


    Bien entendu, les propriétés acoustiques d’un lieu voué à la diffusion de grandes oeuvres musicales sont primordiales, et telle est la force de la Maison symphonique. Cette nouvelle salle se révèle être une beauté intérieure, de celles qu’on apprend à apprécier par la fréquentation, malgré une première impression mitigée.


    ***
     

    L’Orchestre symphonique de Montréal, les architectes Ædifica et Diamond & Schmitt et le cidre Cryomalus sont à remercier pour leur collaboration, de même que le jury composé de Roland-Yves Carignan (Le Devoir), Elsa Lam (Canadian Architect), Suzanne Paquet (Département d’histoire de l’art, Université de Montréal), David Theodore et Sophie Gironnay (MAQ). Les opinions émises dans ce texte sont uniquement celles de l’auteur.













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