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    Métier : fleuriste de l’amour

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	La fée du Mile-End, l’artiste Patsy Van Roost, célèbre la Saint-Valentin en mode communautaire, en invitant les citoyens du quartier à partager leurs recettes de l’amour, qu’elle sème ensuite dans tout le quartier, avec son projet L’amour fleurit ici.</div>
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    La fée du Mile-End, l’artiste Patsy Van Roost, célèbre la Saint-Valentin en mode communautaire, en invitant les citoyens du quartier à partager leurs recettes de l’amour, qu’elle sème ensuite dans tout le quartier, avec son projet L’amour fleurit ici.

    Les 150 recettes pour faire fleurir l'amour, récoltées dans des maisons du Mile-End par Patsy Van Roost et ses fées, seront publiées ce jeudi 14 février à chaque 5 minutes, de 7 heures à 19 heures, sur le compte Twitter @AmourMileEnd

     


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    onsulter ici l'événement Facebook du projet de Patsy Van Roost

    Patsy Van Roost, vous vous rappelez ? Cette artiste du Mile-End qui semait le bonheur en distribuant au hasard des portes quelques pages du conte La petite fille aux allumettes, une par jour en décembre pour filer jusqu’à Noël ?

    La revoilà, mais en mode Saint-Valentin. Pour célébrer l’amour à échelle humaine, elle a mijoté un projet un peu, beaucoup, passionnément rempli de folie, cultivant toujours ce souci d’aller à la rencontre des autres, de chatouiller la fibre humaine qui se camoufle au fond des gens pour en faire fleurir le meilleur. Fleurir ? Oui, fleurir.


    Car la belle illuminée s’est lancée dans une cartographie in situ de l’amour dans le Mile-End. L’amour fleurit ici, c’est son appel lancé à 1400 résidents pour qu’ils dévoilent leurs recettes de l’amour. Au début du mois, l’éternelle gamine aux tresses a déposé son invitation dans 1400 boîtes aux lettres. Pour s’inscrire dans son parcours de l’amour, les citoyens devaient : 1. Déclarer « cultiver l’amour » ; 2. Habiter dans le Mile-End ; 3. Accepter de dévoiler une petite recette, un délicieux secret de leur amour.


    Le but ? Semer ensuite ces fleurs à tout vent, histoire d’en inspirer d’autres à mieux cultiver leur jardin intérieur. 150 audacieux ont ouvert leur carnet intime. Elle a reçu des commentaires enivrants, des histoires à pleurer, des mots rigolos, des secrets couchés sur papier.


    Le travail ne faisait alors que commencer. « Depuis deux semaines, je travaille jour et nuit », raconte Patsy, rencontrée mercredi, veille du « grand jour ». Car la fleuriste-fée n’allait pas faire les choses en format bébé fafa… cile ! Eh non ! « Je suis un peu folle… je sais. »


    Elle a cousu une magnifique pochette fleurie pour chaque foyer déclarant « cultiver l’amour », où on peut lire : « L’amour fleurit ici », sérigraphié au recto. Elle a reproduit à l’intérieur la recette de l’amour des résidents, est retournée sur les lieux accrocher son oeuvre, à une clôture quand elle pouvait, à un arbre sinon - ce qui l’a menée à faire des folies… « Oui, j’ai dû mesurer le tour des troncs d’arbre pour pouvoir coudre les galons de tissu et accrocher la pochette solidement », raconte Patsy, en confiant que certains passants ont cru qu’elle était une véritable hurluberlue.


    On se promène rue Esplanade pour faire avec elle le parcours de l’amour, et un passant la hèle : « C’est toi, l’amour ! »


    Aujourd’hui, jour V de la valentine, l’opération atteint son point culminant : elle fera la tournée des 150 adresses participantes pour déposer dans chacun de ses petits sacs à fleurs 200 petits bouts de papier reproduisant la recette, car elle veut que ces secrets circulent. L’objectif sera atteint : « Je veux que les citoyens puissent se promener, mettre la main dans ces sacs dispersés un peu partout, et piger des recettes de l’amour. »


    Recettes inspirantes


    Patsy ne dort pas beaucoup ces jours-ci, et elle a investi des centaines de dollars de sa poche dans ce projet qui vient gruger de très, très minces réserves financières… Mais elle sourit ! « C’est tellement magique, tout ce que je découvre en allant comme ça à la rencontre des gens », nous dit-elle. « Je ris, je pleure. Surtout, les gens me remercient d’oser parler d’amour. »


    Il y a de tout pour popoter l’amour. Comme la recette de Me-Linh et Jean-Philippe, depuis leur petit nid d’amour de la rue Waverly. « Elle mange les choux de Bruxelles de Monsieur, même si elle n’aime pas ça. Il écoute Madame parler de souliers à longueur de journée. »


    Dans la pochette fleurie de Lulu, sur l’Esplanade, voici ce qu’on pige : « Je suis née avec l’amour. » Et en guise de commentaire destiné à la fleuriste : « Je suis une vieille dame, mais je serai heureuse de voir l’amour passer sous mes fenêtres. »


    Et encore des recettes : « Oser la peur. Oser l’absence et aimer l’attente. Oser se tromper. Oser se faire détester par amour. Oser les folies. Oser AIMER par-dessus tout. » Et celle-là, bien dosée : « 1 tasse de générosité. 1 tasse de liberté. 3/4 de tasse d’humour. 8 zestes d’espoir. 4-5 pincées de clins d’oeil. Laisser mijoter et garder au chaud. »


    Marie-Andrée et Alexandre, des jeunes de coeur, proposent ceci : « Regarder ensemble des dessins animés rigolos, sous la couette les matins de fins de semaine. » Sur Saint-Urbain, un amour qui dure : « Il l’aime depuis qu’il a 13 ans. Elle a su le faire attendre jusqu’à ce qu’ils aient tous deux 31 et 33 ans. Cela dure depuis 31 ans maintenant. »


    Chez Alexandre, Thomas, Félix, Sophie et Boule, l’amour est une affaire de famille : « L’amour est ici parce que nous sommes là, parmi les pirates et chevaliers, les livres, les jappements, le sommeil et le réveil. »


    Léa et Étienne se revendiquent de Rimbaud pour cuisiner leur passion : « À quatre heures du matin, l’été / Le sommeil d’amour dure encore. / Sous les bosquets l’aube évapore / L’odeur du soir fêté. »


    Mardi soir, un homme a écrit à Patsy, s’excusant de ne pas avoir eu le temps de répondre à son invitation. Mais il avait une bonne raison, puisque sa maman vivait ses derniers jours à la maison. « Je peux vous dire qu’il y en a eu, des moments d’amour, autour de moi », a-t-il ajouté, précisant que sa mère était maintenant décédée.


    Pour ajouter à cette formidable chaîne humaine, un citoyen retraité s’est dit tellement ébloui par les idées de Patsy qu’il a proposé de lui offrir son temps : « Je pourrais vous aider les lundis, mercredis et vendredis. » Depuis, il est là, beau temps mauvais temps, à courir les rues avec elle pour agrafer les petites pochettes fleuries…


    Une femme, elle aussi sous le charme de cette initiative, a décidé de créer un compte Twitter pour que ce 14 février, entre 7 h et 19 h, les non-résidents du Mile-End puissent lire toutes les 150 recettes, publiées en rafale à raison d’une nouvelle toutes les cinq minutes.


    Et que fera donc Patsy ce soir de Saint-Valentin ? Après avoir fait sa livraison de recettes, comme une fleuriste ses fleurs, elle ira souper chez Constance, une participante croisée le jour où l’artiste accrochait la pochette fleurie devant sa maison. « Vous êtes la livreuse du bonheur ! Vous ne savez pas à quel point vous me touchez ! Me feriez-vous l’honneur de venir souper avec moi et mes amies ? » Patsy a souri. Et elle a dit oui.













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