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De main de maître

Les 7 doigts de la main reprend son excellent spectacle à Montréal

photos Christian Tremblay
photos Christian Tremblay
Hop là, les revoilà ! La bande de fous déliés Les 7 doigts de la main reprend du service cette semaine à Montréal, avec l'une des plus belles productions de la scène québécoise des dernières années.

C'est du cirque ? Évidemment. Et du très bon. La plupart des numéros proviennent de la grande tradition circassienne : acrobatie, trapèze, équilibre sur canne, contorsion, main à main, manipulation de lames. Il y a tout ce qu'il faut pour réjouir tout le monde, de 3 à 103 ans.

Les trois gars et les quatre filles ont aussi ajouté des trucs complètement originaux, à commencer par une touchante prestation de force et de sensualité utilisant des chaînes suspendues. Il faut dire que les sept athlètes-artistes totalisent ensemble plusieurs dizaines d'années d'expérience de piste, dont un gros tas passé sous divers chapiteaux du Cirque du Soleil, aux quatre coins du monde. Cette vieille main de jeunes a la main, quoi.

C'est donc du cirque. D'un genre particulier, cependant, trop méconnu ici. Du cirque contemporain comme on dit art contemporain ou danse contemporaine. La métamorphose mise sur l'impur et le métissage. On le sait, le chapiteau a toujours été une sorte de grand filet gobe-tout, capable d'absorber de multiples éléments artistiques en multipliant les clins d'oeil. La robe de la cavalière-acrobate pastichait déjà celle de la ballerine. Le cirque de pointe pratiqué aujourd'hui pousse cette logique jusqu'à la synthèse des arts. Le cirque contemporain mise sur le collage, l'emprunt, la fusion.

Il y a de tout dans l'oeuvre mosaïque concoctée par la très contemporaine compagnie Les 7 doigts de la main : du théâtre, de la performance, des chorégraphies, des projections multimédias, même de la musique actuelle livrée par DJ Pocket. Le canevas découpe une tranche de vie dans une sorte de commune surréaliste, à vrai dire complètement déboulonnée, où les couteaux volent aussi haut que les artistes eux-mêmes. À la création, il y a deux étés, en marge du Festival Juste pour rire — cet article a été écrit avant à la nouvelle première d'hier soir —, l'entrée des spectateurs se faisait par le frigidaire de l'appartement des zinzins.

D'ailleurs, comme ça, en passant, les 7 d'Europe et d'Amérique ne forment qu'une seule main qui partage tout, ou presque. Ils vivent ensemble, dans un ancien couvent de bonnes soeurs du quartier Saint-Henri. Leur premier show est le résultat d'une création collective, sans metteur en scène.

Les membres divisent équitablement le profit des représentations. En fait, la compagnie se présente comme le seul collectif de cirque en Amérique du Nord.

L'esprit de cette commune multidisciplinaire et multiculturelle se ressent partout dans ce spectacle liant l'audace et la recherche du meilleur cirque contemporain (à l'européenne) au respect constant du public (à l'américaine). Les 7 doigts de la main échappe ainsi à la pesanteur de la filiation du cirque nouveau (comme au Cirque du Soleil), sans refuser ce que certains avant-gardistes hautains de France ou d'ailleurs nomment « les attraits du divertissement ».

En clair : ce spectacle s'avère original et sympathique, sophistiqué et amusant. En très clair : si vous ne voyez qu'un seul spectacle de cirque cette année, choisissez donc celui-là, vous ne le regretterez pas...

- Les 7 doigts de la main est présenté jusqu'au 12 octobre, à la Station C, 1450, rue Sainte-Catherine Est.

% (514) 790-1245, les7doigtsdelamain.com.
 
 
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