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    Santé mentale: des solutions - Revenir à la vie étape par étape

    Les appartements supervisés, un pas vers l’autonomie

    Evgeny (ci-dessus) habite chez Nancy Auger, une mère de famille qui a reçu une formation de l’Institut Douglas pour héberger des personnes souffrant de maladie mentale. Il est nourri, logé, et on supervise sa prise de médicaments. Son rêve? «Avoir un appartement supervisé.»
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Evgeny (ci-dessus) habite chez Nancy Auger, une mère de famille qui a reçu une formation de l’Institut Douglas pour héberger des personnes souffrant de maladie mentale. Il est nourri, logé, et on supervise sa prise de médicaments. Son rêve? «Avoir un appartement supervisé.»
    Les problèmes de santé mentale touchent un lot important de Québécois, mais on peine toujours à les nommer, les prévenir et les soigner. Les failles du système québécois de la santé sont immenses pour ces maux de la tête, mais il existe des portes ouvertes sur l'espoir.
    Nathalie était enseignante au secondaire lorsque des problèmes de santé mentale lui ont fait perdre son emploi. Puis, elle a perdu son logement. Et elle a connu l’itinérance. Un trou noir dans sa vie, dont elle s’est relevée avec peine. « Cela a pris un an avant que je touche mes assurances », raconte-t-elle.

    C’est en retournant chez sa mère qu’elle a réussi à remonter la pente. Victime d’hallucinations, elle est hospitalisée et se fait finalement prescrire des médicaments. Elle se retrouve ensuite dans une maison de transition tenue par Nancy Auger. Mère de famille, Nancy Auger a reçu une formation de l’Institut Douglas pour héberger neuf personnes souffrant de maladie mentale, en plus de son mari et de ses deux enfants. Nourris, logés, ils participent à divers ateliers, dont des séances de cuisine. Certains y habitent depuis des décennies.

    Aujourd’hui, Nathalie habite pour sa part dans un appartement supervisé, non loin de chez Nancy Auger et de l’hôpital Douglas. Elle fait elle-même son épicerie, ses repas et son ménage. Mais elle reçoit la visite d’une intervenante plusieurs fois par semaine.


    « Dans l’immeuble, il y a plusieurs personnes qui souffrent des mêmes problèmes, alors on peut se parler », raconte-t-elle, assise à côté d’une pile de livres dans son petit appartement de LaSalle. À 51 ans, Nathalie ne pense pas retourner à l’enseignement, un métier exigeant, entre autres sur le plan relationnel. Elle n’envisage pas non plus de vivre dans un appartement non supervisé. Mais elle apprécie le degré d’autonomie dont elle jouit aujourd’hui. « J’aime ma petite indépendance », dit-elle.


    Différents niveaux de supervision


    Les appartements supervisés, c’est un concept que l’Institut Douglas a commencé à développer vers 2008, pour soutenir les personnes souffrant de problèmes de santé mentale après leur hospitalisation. « Nous disposons de logements offrant différents niveaux de supervision. Une personne peut commencer dans un logement qui assure un suivi intensif et déménager éventuellement dans un logement où il y a moins de supervision et plus d’implication du CSSS », souligne Lynne McVey, directrice générale de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.


    La plupart des personnes qui vivent dans les logis de LaSalle ont fréquenté auparavant la maison de transition que tient Nancy Auger.


    « Après la désinstitutionnalisation, on a vu des personnes qui vivaient en milieu familial durant toute leur vie », raconte Hélène Racine, directrice des soins infirmiers à l’Institut Douglas. Désormais, on espère les intégrer davantage dans la société, avec une médication adaptée et un soutien permanent.


    « En 2008, il y avait deux personnes qui demeuraient chez nous qui manifestaient beaucoup d’intérêt à avoir leur propre appartement », se souvient Nancy Auger, qui est aussi propriétaire des bâtiments où sont établis ces appartements.


    La plupart des locataires de Nancy Auger ont déjà vécu seuls, et ont eu des expériences malheureuses. C’est le cas d’Evgeny, 24 ans, dont la mère a obtenu une ordonnance de la cour pour qu’il quitte un appartement devenu insalubre. « Les personnes qui ont des problèmes de santé mentale ont tendance à accumuler beaucoup de choses, raconte Nancy Auger. Ils mettent les choses dans des sacs. En anglais, on appelle ça le hoarding. » Certains locataires finissent ainsi par être évincés de leur logement.


    « J’ai une cliente qui a 26 paires de gougounes, et c’est vraiment un cas typique », raconte Nancy. Depuis son hospitalisation, Evgeny habite chez Nancy Auger, où il est nourri et logé, et où on supervise sa prise de médicaments. Son rêve ? « Avoir un appartement supervisé », répond-il, assis dans un coin de la cuisine de la maison de transition de Mme Auger. Mais il sait qu’il doit d’abord établir un plan d’intervention. « Plus on les soutient, plus on les met dans des environnements normalisants, plus on les pousse pour qu’ils se rétablissent, plus on devient très proches d’un environnement autonome », poursuit Hélène Racine.


    La pension complète chez Nancy Auger coûte aux usagers 750 $ par mois, tandis que le loyer de l’appartement supervisé, sans pension, tourne autour de 415 $ par mois. Le suivi psychosocial, quant à lui, est assuré par le système de santé. Nancy Auger rend visite à ses locataires au moins quatre fois par semaine, et elle est joignable 24 heures sur 24. Certains arrivent à occuper un emploi, toujours sous la supervision de professionnels.


    Le risque de rechute


    Mais la formule d’appartement supervisé n’est pas une panacée, et le risque de rechute est réel. C’est le cas de ce jeune schizophrène de 20 ans qui a recommencé à consommer de la drogue après la mort de sa mère. Nancy Auger est arrivée à son appartement alors qu’un bouilli brûlait sur le rond du poêle et que le feu menaçait de prendre dans la maison. Le jeune homme est alors retourné vivre à la maison de transition, où il finit présentement son secondaire. Plusieurs schizophrènes finissent par faire de l’« auto-médication », avec de la drogue et de l’alcool, et deviennent du coup toxicomanes.


    Environ un millier de personnes vivent ainsi dans des appartements supervisés, à différents degrés, par l’hôpital Douglas. Mais le manque de places est criant, entre autres pour les malades plus lourds. L’Institut Douglas estime que 500 places manquent en tout dans son réseau de l’ouest de l’île. Il faut dire que l’hôpital ne garde pas les cas en réadaptation plus de six mois, tandis que l’unité de courte durée ne les abrite guère plus de 30 jours.


    Nancy Auger le reconnaît : certains malades ne peuvent pas trouver asile chez elle : ceux qui ont un passé de pédophilie, par exemple, ou qui présentent un profil de dangerosité. Pour ceux-là, il faut trouver des places ailleurs, et ces places, réservées pour des cas lourds, manquent. Certains se retrouvent dans des ressources privées, où ils ne bénéficient pas des mêmes services axés vers le rétablissement.


    D’ailleurs, sur les 6000 sans-abri qui hantent les rues de Montréal, 2000 sont diagnostiqués ou diagnosticables par le système de santé, même s’ils n’ont « pas accès aux services », dit Hélène Racine. Plusieurs sont déjà passés par les urgences, mais ils ont du mal à vivre en famille d’accueil. « Parfois, ils détruisent tout, ou ils se sauvent, puis ils retournent dans la rue », reconnaît-elle.


    Même en traitement, plusieurs personnes atteintes de maladie mentale, comme la schizophrénie et la psychose bipolaire, par exemple, continuent d’entendre des voix. « On appelle ça des voix résiduelles », dit Hélène Racine. Mais elles peuvent apprendre à gérer ce phénomène.


    D’ailleurs, Hélène Racine rappelle que la majorité des personnes schizophrènes fonctionnent très bien en société, alors que d’autres ne pourront pourtant jamais vivre de façon parfaitement autonome.


    C’est peut-être le cas de Louise, qui vit dans la résidence de Nancy Auger depuis 24 ans. « Je suis très bien ici, j’aime faire de la cuisine », dit-elle.


    « Quand on lui parle d’aller en appartement supervisé, elle se met à décompenser », remarque Nancy Auger.

     
     
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