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    Haïti, trois ans plus tard - «L’aide internationale ne remplacera jamais la volonté des Haïtiens»

    Selon le coopérant Gérard Côté, la clé du problème repose entre les mains du peuple haïtien

    2 février 2013 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Le développement d’Haïti passe par l’éducation de ses jeunes.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Manuel Morel Le développement d’Haïti passe par l’éducation de ses jeunes.

    Trois ans après le terrible tremblement de terre qui a dévasté le pays, Haïti semble toujours aussi mal en point. Voilà qui n’étonne pas Gérard Côté, coopérant qui oeuvre dans ce pays depuis près de trente ans.


    « Pour moi, le tremblement de terre de 2010 n’est pas un déterminant, raconte Gérard Côté. Il n’y a pas un avant et un après, c’est- à-dire qu’avant, nous étions comme cela et qu’après, nous allons refonder ce pays ! Non, ce n’est pas comme ça que ça se passe ! » Pour ce coopérant, qui possède une formation d’historien - formation qui lui sert à comprendre le fonctionnement des sociétés -, il n’y a pas de ruptures dans la vie d’une société. « Pour les historiens, ça n’existe pas, les ruptures, dit-il. Il y a une évolution qui est graduelle. »


    Par conséquent, M. Côté n’est nullement surpris par la tournure des événements. « Avant de procéder à la moindre intervention, dit-il, il faut comprendre comment fonctionne une société. C’est là la clé du succès en coopération. »


    Gérard Côté cite ainsi l’exemple d’une ONG américaine bien intentionnée qui, au lendemain du tremblement de terre, a voulu reconstruire rapidement un marché public. « Les Américains sont donc débarqués avec leurs moyens à Léogâne, la ville la plus touchée par le tremblement de terre, raconte- t-il. Le maire de la ville leur a indiqué un terrain où on devrait rebâtir le marché. Normalement, toutefois, avant de commencer, il aurait fallu s’informer pour savoir à qui appartient le terrain et obtenir les papiers nécessaires… Mais com-me nous étions dans l’urgence, l’ONG a procédé sans plus tarder. »


    « Toutefois, tout le monde en Haïti sait très bien qu’on ne touche pas à un terrain si on n’a pas les titres de propriété, poursuit avec insistance M. Côté, puisque la seule chose que sait faire l’État haïtien, c’est protéger les titres de propriété. C’est comme cela que ça marche ! »


    Résultat, le propriétaire du terrain apparaît un jour et obtient d’un juge l’autorisation de faire déguerpir l’ONG qui occupe son terrain illégalement. « Le juge applique la loi et mandate la police pour appuyer le propriétaire, rapporte M. Côté. Celui-ci arrive donc un beau matin avec un bulldozer, escorté par la police, et “bulldoze” tout ce que les Américains ont fait ! »


    « Le problème, voyez-vous, c’est qu’il faut comprendre les lois et comment ça marche dans un pays avant d’intervenir, lance le coopérant. Ceux qui arrivent en Haïti en pensant qu’il n’y a pas de lois qui s’appliquent n’ont tout simplement rien compris ! », insiste celui qui agit à présent à titre de formateur au CECI.


    « Ce que je montre à nos employés et à nos partenaires, poursuit M. Côté, c’est avant tout de se poser une question : “La stratégie ou l’intervention qu’on est en train de préparer contribuera-t-elle au développement d’Haïti ou, au contraire, à ruiner un peu plus le pays ?” Même dans l’urgence, il faut trouver la bonne façon d’intervenir, ce qui demande une connaissance fine du terrain, une compréhension interculturelle, une compréhension des réseaux et de bien d’autres choses… »

     

    Les clés de la solution


    C’est cette compréhension fine d’Haïti que Gérard Côté a acquise au fil des ans. « J’ai commencé à m’occuper du dossier Haïti en 1985, sous Jean-Claude Duvalier, dit-il. J’ai depuis réalisé d’innombrables missions, j’ai notamment été directeur du CECI en Haïti… Et dernier détail, mais non le moindre : mon épouse est Haïtienne », lance-t-il en riant.


    Le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) s’est donné pour mission de combattre la pauvreté et l’exclusion en renforçant les capacités de développement des collectivités défavorisées. Au Québec, il se veut aussi un centre de formation touchant les questions liées à la coopération pour le développement international. C’est le rôle que joue entre autres M. Côté, en Haïti. « Prenons l’exemple des achats locaux que l’on voudrait faire pour contribuer au développement des collectivités, dit-il. Il ne faut surtout pas arriver sur place avec un gros camion identifié CECI et acheter tout ce qu’on peut ! Non, car on ferait alors augmenter les prix et on déséquilibrerait le marché. »


    Pour stimuler l’économie locale, il faut plutôt utiliser les réseaux de distribution locaux qui existent déjà, dit-il.

     

    Priorité à l’éducation


    C’est ainsi que pour Gérard Côté, le séisme de 2010, aussi dévastateur soit-il, ne changera pas grand-chose à la dynamique haïtienne. « Penser qu’on va maintenant reconstruire le pays, non, ça ne marchera pas comme ça ! », insiste-t-il.


    En tant qu’historien, il considère que la clé du problème repose entre les mains des Haïtiens eux-mêmes : « Disons-le, l’aide internationale ne remplacera jamais la volonté des Haïtiens ! Haïti appartient aux Haïtiens et ce sont eux qui résoudront leurs problèmes. Nous, nous pouvons les assister… à condition de bien faire les choses. »


    Concrètement, ce coopérant estime que la solution passe par l’instruction des jeunes. Si on veut changer Haïti, il faudra ouvrir des écoles et, surtout, qu’il s’y donne un enseignement de qualité, plaide—t-il.


    Et surtout, il faudra ensuite que ceux que l’on forme ainsi n’émigrent pas, qu’ils restent au pays pour le développer. « Sinon, observe Gérard Côté, si on forme des gens qualifiés mais que ceux-ci viennent ensuite s’installer au Canada, on assistera alors à une saignée, à une terrible fuite des cerveaux. Et cela, ça n’a rien à voir avec le tremblement de terre ! »



    Collaborateur

    Le développement d’Haïti passe par l’éducation de ses jeunes. Haïti peine toujours à se relever du séisme dévastateur du 12 janvier 2010.












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