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    #chroniquefd - Richard et la leçon de vie

    C’est la photo de Richard Garneau publiée à la une du Devoir lundi qui a ramené le souvenir. L’homme, qui nous a quittés dimanche matin à la suite de complications liées à une chirurgie cardiaque, y trône au centre en toute simplicité, assis de travers sur une chaise de jardin blanche, des chaussures de course aux pieds – forcément – flattant affectueusement un chien noir tout en regardant l’objectif de l’appareil photo de Jacques Nadeau.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’est la photo de Richard Garneau publiée à la une du Devoir lundi qui a ramené le souvenir. L’homme, qui nous a quittés dimanche matin à la suite de complications liées à une chirurgie cardiaque, y trône au centre en toute simplicité, assis de travers sur une chaise de jardin blanche, des chaussures de course aux pieds – forcément – flattant affectueusement un chien noir tout en regardant l’objectif de l’appareil photo de Jacques Nadeau.
    C’est la photo de Richard Garneau publiée à la une du Devoir lundi qui a ramené le souvenir.

    L’homme, qui nous a quittés dimanche matin à la suite de complications liées à une chirurgie cardiaque, y trônait au centre en toute simplicité, assis de travers sur une chaise de jardin blanche, des chaussures de course aux pieds – forcément –, flattant affectueusement un chien noir tout en regardant l’objectif de l’appareil photo de Jacques Nadeau.


    La scène a été croquée dans le jardin de sa résidence du quartier Snowdon à Montréal, un après-midi de juillet 2001, où l’illustre commentateur sportif avait accepté de se souvenir, à notre invitation, des Jeux olympiques de Montréal qui célébraient alors leur 25e anniversaire. Il y avait un doux soleil, des rafraîchissements que sa femme avait discrètement déposés sur la table, un voyage dans le temps, une présence et un sourire marquants, des anecdotes précises, mais il y a eu surtout un moment partagé, plus long que l’horaire original ne l’avait prévu et qui, dimanche dans la journée, ne pouvait pas faire autrement que de remonter à la surface.


    Dans les derniers jours, le départ de ce grand communicateur a été accompagné des éloges de circonstance qui, avec raison, n’ont pas manqué de souligner l’élégance, la gentillesse, la voix, la compassion, l’engagement, la rigueur d’un homme qui a consacré sa vie, son talent, son charisme et sa carrière à l’actualité sportive, dans l’espoir avoué d’inciter ses contemporains – avec les mots justes, qui plus est – à se mettre en mouvement eux-mêmes sur un terrain de sport et d’éveiller au passage cet esprit sportif qui donne de la grandeur aux gens, pas seulement sur un anneau de course.


    Pour tout ça, Richard Garneau a imposé pendant plusieurs décennies le respect et l’admiration. Dans son jardin, un après-midi de juillet 2001, ce même respect, cette même admiration étaient aussi induits par sa capacité à toujours rester ancré dans le présent, à être toujours aussi jeune, passionné et pertinent dans l’instant, intemporel face à un passé qu’il aimait raconter sans nostalgie, sans cette mélancolie parfois détestable et souvent méprisante dont sont capables certains représentants de sa génération.


    À 71 ans – c’était son âge à l’époque –, Richard Garneau n’était pas dans ce registre. Il a parlé des Jeux olympiques de Montréal comme si ces Jeux s’étaient déroulés hier, essayant non d’exposer à son interlocuteur non pas ce que l’événement avait été, mais plutôt ce qu’il avait apporté au Québec, comment il avait façonné la fin des années 70 pour construire le présent dans lequel nous étions. Avec son calme et sa voix posée, avec cette flamme éclatante dans le fond des yeux, il a parlé de « passions réveillées » ici par cette déferlante d’athlètes de partout. Il est revenu sur le défi d’une couverture en direct de ces jeux, une première pour la SRC. Il a parlé d’une prise de conscience collective et nécessaire alors face à l’activité physique et la santé d’un peuple. Il était là-bas, il était là, il était lui.


    Connaissance encyclopédique


    La pertinence de l’homme reposait en partie sur sa connaissance encyclopédique du monde de l’athlétisme et du sport – depuis Rome en 1960, il a donné sa voix aux commentaires de l’ensemble des grandes messes qui ont à ce jour célébré l’esprit olympique. Mais son envergure lui venait aussi de cette prise directe sur toutes les époques qu’il a traversées de manière fluide comme s’il en émergeait. Tous les Jeux olympiques qu’il a couverts, c’était comme la première fois. Il y avait en lui cette jeunesse et ce dynamisme dans le regard, le propos, l’angle qui le rendait intemporel – et du coup laissait croire qu’il était éternel, comme l’ont écrit plusieurs.


    Richard Garneau donnait l’impression de se tenir en mouvement entre deux lignes, regardant, publiquement du moins, toujours en avant, jamais en arrière, à l’image de tous ces hommes et ces femmes, des quatre coins du globe, dont il a raconté les exploits, les défaites et la détermination.


    Au milieu des arbrisseaux et des parterres de fleurs parfaitement alignées dans son jardin urbain, l’ancien rencontré par un jeune pour sa mémoire n’avait, en ce jour de juillet, que très peu d’attributs de sa condition de vieux, donnant même par sa simple présence, son regard transcendant le temps et sa fraîcheur une majestueuse leçon de vie et une magistrale claque aux préjugés qui aiment mettre dans la même sandale la vieillesse avec le conservatisme, l’inertie, la paralysie, l’intransigeance, la fermeture d’esprit, le repli, la résistance…


    En 60 ans d’une carrière de communicateur, pour laquelle il n’a d’ailleurs jamais envisagé de retraite, Richard Garneau aura été un modèle et une source d’inspiration pour ses confrères. Il aura aussi, en amenant l’athlétisme dans la modernité d’un Québec en mutation, stimulé des vocations, attisé des passions, amené le sport amateur en dehors de ses cercles d’initiés et de ses émissions de télé.


    Lundi matin, en replongeant dans l’éclat qui se dégageait d’une photo, en remontant le fil du temps pour se souvenir de l’instant, un souhait s’est alors fait persistant : que son rapport à la vie, et surtout sa façon d’aborder le temps et son mouvement comme un espace à habiter plutôt qu’une chose à regarder passer, inspire le Québec vieillissant qu’il vient de quitter.

     

    Sur Twitter : @FabienDeglise













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