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    La corruption, une culture

    4 janvier 2013 | Marc Boucher - Laval | Actualités en société
    Beaucoup d’entre nous ont suivi, comme on suit un feuilleton, la commission Charbonneau et son cortège de personnages à l’honnêteté douteuse. La télévision est alors devenue le miroir d’un des aspects les plus négatifs de notre culture.

    Ces individus que l’on voyait défiler, tentant d’expliquer les systèmes dont ils faisaient partie, étaient motivés par les mêmes instincts que la plupart d’entre nous. Ces systèmes, révélés au grand jour, sont les métaphores d’une part de notre propre système marchand, à grande et petite échelle. Ces « magouilleurs » rêvent le même rêve qu’ont la majorité des individus : de la richesse personnelle, des privilèges, des cadeaux, du pouvoir. Ces rêves sont conditionnés par les mêmes forces à l’oeuvre : le désir et son instrumentalisation par les différents agents de la société de consommation.


    Nous, honnêtes gens, offusqués devant tant de corruption, demandons-nous si, devant une offre de privilège, un cadeau, une enveloppe de billets, etc., nous l’accepterions. Cela ne peut-il pas devenir très facile, dans certains contextes, d’oublier que ce qui nous est donné de cette façon est retiré à d’autres ?


    Mais nous sommes dans un monde où les mots d’ordre sont : « plus, c’est mieux », « je le veux, je le mérite », « si ce n’est pas moi qui le prends, ce sera un autre », « on est tous pour la vertu, mais… ».


    La fabrique des « désireux »


    Nous sommes aussi dans un monde mobilisé par la télévision, et il faudrait se demander, à travers notre divertissement, combien d’heures de publicité nous visionnons chaque année. Que nous apprend-on ? Qu’il faut posséder telle ou telle chose pour être quelqu’un d’important, viril, amoureux, heureux, beau, jeune, etc.


    Comme une lancinante mélopée, jour après jour, les messages publicitaires fabriquent des « désireux » avides de possessions. Cela ne peut mener, à la longue, qu’à des dérives morales quant aux moyens d’assouvir ces désirs, souvent hors de portée de beaucoup de citoyens.


    Nos rêves infantiles de richesse et de pouvoir personnel contaminent notre système de valeur jusque dans ses fondements. Même notre gouvernement y met du sien avec la promotion des loteries et autres jeux. L’appel de ces sirènes est d’autant plus fort quand il est légitimé par nos propres institutions. Mais que fait-on des comportements que cela entraîne ? Cela constitue pourtant le moteur de la corruption partout sur la planète et une menace permanente pour la démocratie.


    Nous avons raison d’être offensés par ce triste spectacle de la commission Charbonneau et par ce qui est révélé dans les médias, mais cette situation, dans nos institutions et dans la société en général, vient de l’ADN même de nos valeurs sociétales axées sur ce qui est aujourd’hui pertinent de nommer l’hyperconsommation.


    Je pense, comme beaucoup, qu’il faut qu’il y ait des conséquences à ces crimes de corruption, mais avec une petite pensée pour nos propres responsabilités. Je ne sais pas si l’expression « examen de conscience » est toujours recevable dans notre culture hédoniste, mais pour qu’il y ait un réel changement, il faudrait nous ouvrir les yeux sur les mécanismes, tout autour de nous et en nous, qui mènent à ces comportements.

     
     
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