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    Nous, ces secrets

    Commencer l’année dans l’introspection avec PostSecret

    Une des confessions sur les cartes postales de PostSecret: «Je suis pompier. Je crains le jour où je ne saurai pas être aussi brave que je ne le devrais être.»
    Photo : PostSecret Une des confessions sur les cartes postales de PostSecret: «Je suis pompier. Je crains le jour où je ne saurai pas être aussi brave que je ne le devrais être.»

    Pour poster un secret : 13345 Copper Ridge Road, Germantown, Maryland (États-Unis), 20874


    Pour surfer: postsecret.com, postsecretcommunity.com, facebook.com/postsecret, Twitter : @postsecret, postsecretfrance.blogspot.com

    Avec l’année nouvelle revient souvent le goût d’une vie plus posée - d’où nos interminables listes de résolutions qui, avouons-le, tiennent rarement la route. Faudrait-il plutôt creuser la réflexion, laisser couler ses tourments en usant de créativité ? Voilà du moins l’idée derrière PostSecret, un projet d’art communautaire dont les artistes partagent des secrets… aux quatre coins du monde.

    L’ampleur du phénomène est stupéfiante : des centaines de milliers de cartes postales, deux blogues, cinq livres, des expositions itinérantes, une pièce de théâtre en chantier et des rassemblements publics aux États-Unis, au Canada, en Europe et bientôt en Australie. Né timidement dans les rues de Washington en 2004, PostSecret est rapidement devenu un projet-catharsis à la fois individuel et collectif, puisant dans l’art et l’imaginaire. Le mot d’ordre est le même depuis huit ans : quiconque souhaite se délester d’un secret doit bricoler une carte postale, y dévoiler ledit secret - un vrai - et poster son oeuvre, anonyme, bien sûr, au domicile de Frank Warren.


    Car l’idée vient de cet ancien entrepreneur américain, devenu artiste « par accident », se consacrant désormais à temps plein aux multiples branches de son projet. Depuis sa maison de Germantown, où il vit avec sa famille à une cinquantaine de kilomètres au nord de Washington, Frank Warren avoue, mi-ravi mi-inquiet, que PostSecret échappe à son contrôle - alors qu’il ne s’agissait, au départ, que de quelques cartes postales distribuées au hasard à des passants. « Je réalise que j’ai mis le doigt sur quelque chose plein de mystère et de miracle qui, peut-être, avait toujours été là, latent. » En l’occurrence, ce besoin qu’a l’être humain de se confier aveuglément, sans crainte d’être jugé, et de retrouver chez des milliers d’autres ces « vulnérabilités » qu’il croyait être le seul à porter.


    Le projet a surtout fait boule de neige grâce au blogue officiel Postsecret.com, lancé en 2005, où une vingtaine de secrets sont publiés chaque dimanche par Frank Warren. Petit à petit, une vaste communauté s’est bâtie autour du projet et des rassemblements ont désormais lieu plusieurs fois par année dans des centres d’art, des musées ou des universités. Les participants peuvent y dévoiler leurs secrets au micro - adieu, l’anonymat -, discuter avec Frank Warren des histoires à l’origine de certains secrets et même voir des cartes inédites, qui ont été bannies des livres par l’éditeur.

     

    Un temps de solitude


    Même huit ans plus tard, Frank Warren s’étonne encore de la « nature infinie » des témoignages qu’il reçoit, de leur caractère « inépuisable ». Jusqu’à deux cents cartes postales affluent encore chaque jour de Séoul, Paris, Sydney, Vancouver et Abou Dhabi jusque dans sa petite boîte aux lettres, usant de toutes les langues imaginables - jusqu’au braille ! Les histoires qu’elles racontent sont émouvantes, hilarantes, douloureuses ; elles révèlent de vieux mensonges, des peurs, des obsessions, des élans suicidaires ou, oui, de petits bonheurs.


    Des exemples ? Il peut autant s’agir d’une anecdote (« Je vole avec obsession de vieilles cartes de bibliothèque ») que d’une tristesse (« Elle ne m’a jamais laissé une seule chance ») ou d’un aveu plus profond, dont il a peut-être fallu des années à une personne pour se délester (« Un jour, un médecin m’a demandé si j’entendais des voix. La voix dans ma tête a crié : “Dis-lui que non !” »). Mais quels que soient les mots choisis ou le procédé artistique utilisé, ces « haïkus graphiques », comme les appelle Frank Warren, frappent fort.


    Un thème revient d’ailleurs souvent : la quête d’une véritable intimité. « C’est une histoire répétée de mille façons, chaque semaine, par des gens qui cherchent une personne à qui raconter, justement, tous leurs secrets », constate Frank Warren. Un résultat, peut-être, de cette « solitude exacerbée du monde » dont il parle, où PostSecret s’inscrit comme une façon de trouver un début d’équilibre. Mais l’artiste se fait catégorique : si le projet peut être bénéfique sur le plan thérapeutique, il est avant tout un portrait de l’« art du peuple », qui redéfinit « non seulement l’art lui-même, mais aussi son créateur ».

     

    Vers l’introspection


    N’empêche. Pour la psychologue américaine Anne C. Fisher, à la tête d’une galerie d’art de Washington où ont été exposées des oeuvres de PostSecret, le projet serait aussi une sorte de « guérison collective par l’art », proche de la psychothérapie. « Que l’on soit des créateurs ou des témoins de PostSecret, nous sommes touchés, voire transformés par le processus créatif et notre interaction avec les oeuvres qui en découlent », écrit-elle en préface du livre Extraordinary Confessions from Ordinary Lives (2005). Un seul petit bout de soi mis en mots avec soin et glissé dans la poste, dit-elle, témoigne d’une capacité de réflexion, d’un espoir, donc d’un possible changement. Comme un engrenage.


    N’est-ce pas justement d’une vie plus fraîche, quelque peu transformée, dont on parle tant en ce début janvier où fleurissent les résolutions ? L’occasion est belle pour entamer un retour sur soi plus substantiel qui, peut-être, aura cette fois une autre résonance. « Partager un secret devient un premier pas dans ce qui sera, peut-être, un bien plus long voyage, avance Frank Warren. Vers un endroit où il nous faut, où nous voulons aller. »


    Et pour ceux, dit-il, qui s’estimeraient dépourvus de créativité pour mettre leur idée sur papier, impossible de ne pas trouver l’inspiration dans l’un des milliers de secrets des blogues et des livres. Même si, souvent, « le plus difficile avec un secret est d’abord de se l’avouer à soi-même ».

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