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    Un conte de Noël de porte en porte - Une artiste sème la magie dans le Mile-End

    Patsy Van Roost offre en cadeau aux voisins de la rue Waverly La petite fille aux allumettes, un conte mobile, déployé page par page, un jour à la fois, de porte en porte. D’ici au 25 décembre, l’artiste dépose ses morceaux de conte dans des boîtes aux lettres choisies au hasard.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Patsy Van Roost offre en cadeau aux voisins de la rue Waverly La petite fille aux allumettes, un conte mobile, déployé page par page, un jour à la fois, de porte en porte. D’ici au 25 décembre, l’artiste dépose ses morceaux de conte dans des boîtes aux lettres choisies au hasard.
    Ceci est une belle histoire. L’histoire d’une rêveuse amoureuse de son Mile-End de quartier, d’une artiste abonnée au sourire et bien décidée à distribuer la magie aux voisins en guise de cadeau de Noël.

    Sa belle et folle idée ? Un conte de Noël qui se déplace de jour en jour sur la rue Waverly, entre Fairmount et Saint-Viateur, un quartier bien connu de Montréal. Son cadeau ? Une page par jour de La petite fille aux allumettes, ce touchant conte d’Andersen, distribuée au hasard des boîtes à lettres entre le 1er et 25 décembre.


    Mardi - jour 18, page 18 -, nous accompagnons la fée des étoiles dans sa distribution. Patsy Van Roost : c’est elle la magicienne. Une Belge « installée à Montréal depuis la nuit des temps » qui voulait faire plaisir, rebondir sur l’extraordinaire solidarité des voisins ressentie lors de l’épisode printanier des casseroles et sensibiliser les citoyens à la pauvreté extrême vécue et ressentie dans ce quartier de Montréal qu’elle adore, mais qui s’embourgeoise.


    Chaque jour, depuis le 1er du mois, elle sème la magie de manière anonyme en allant déposer son enveloppe dans la boîte aux lettres. L’histoire de cette petite marchande pauvrichonne échouée dans la misère brute du XIXe siècle a été découpée en 25 morceaux, offerts un à un aux habitants du pâté de maisons, tous choisis au hasard. Pour arrêter son choix, elle a un jour fait un repérage : « J’ai cherché les belles portes, les boîtes aux lettres inusitées, les traces d’enfants sur les perrons, comme un vélo ou un ballon. » Elle cherchait les esprits ouverts à sa folie…


    Sous une neige tourbillonnante, nous croisons le facteur - le vrai. Il confirme qu’il a remarqué que ce tronçon de la rue est parsemé depuis peu de petites planchettes vert lime avec chacune un numéro et un bout d’histoire. Patsy s’aventure sur le palier du jour, et dépose sa missive de l’espoir. Qui donc se cache derrière le 5317 ? Y a-t-il là une âme qui se prêtera au jeu ? Peut-être s’agit-il - on en rêve ! - d’une âme passionnée des mots, des histoires et des correspondances ?


    L’enveloppe est déposée. Une cordelette y a été attachée au bout de laquelle pendouille une… boîte d’allumettes. Quand Soleil Guérin (page numéro 9) a vu ces allumettes déposées chez elle, elle a d’abord été interloquée : « Mon fils de 12 ans adore faire des pétards, et je me suis dit : « Qui a eu l’idée de laisser des allumettes au bout d’un fil ? » C’est dangereux ! », raconte la femme, rencontrée sur le pas de la porte. En lisant la missive, qui l’invitait à mettre le pied dans cette belle ronde et à afficher une page d’un conte mobile, elle a craqué.


    « Cette initiative, c’est une petite lumière de Noël », explique-t-elle, séduite, confiant ne pas avoir été étonnée que cette magie se passe sur Waverly, un pâté réputé pour ses Halloweens fantasmagoriques.

     

    La petite fille aux allumettes existe


    Patsy déambule sur la rue enneigée. Avec ses bottes de pluie rose, son chapeau de laine, son petit sac à pois colorés, elle transpire une bonne humeur que nous ne sommes pas les seuls à lui reconnaître, à l’évidence. On la salue, elle hèle les gens au hasard d’une adresse, nous présente un voisin dans un café. D’une tête comme la sienne peuvent bien sortir des idées comme cette Petite fille aux allumettes qui se déplace.


    « La petite fille aux allumettes, c’est un peu moi », raconte-t-elle. « Cette année a été difficile financièrement, je peine à joindre les deux bouts. Mais le don, j’y crois énormément, et j’essaie de l’appliquer moi-même. Ce cadeau de Noël à mon quartier que j’adore, c’était une manière simple et peu coûteuse de faire circuler la magie. C’est ça qui me garde en vie. »


    La marchande de bonheur a eu l’idée de son gagne-pain actuel en décembre 2010. Au hasard de la lecture d’un article, elle apprend que du courrier abondant est expédié chaque année à l’attention du père Noël par des adultes qui n’ont personne d’autre à qui se confier. L’infirmière du coeur en elle se réveille. Elle crée Paper Nurse (papernurse.com) et « répand du bonheur avec des mots cousus et personnalisés ». Elle confectionne des mots attentionnés destinés aux gens qu’on aime, des cartes de voeux faites sur mesure.


    L’amour des mots et du papier


    Patsy est fascinée par les mots, adore jouer avec le papier, assure que depuis l’ère cybernautique, les gens s’ennuient du plaisir d’ouvrir une enveloppe envoyée pour eux dans le courrier. Elle aime jouer avec l’espace public, a déjà fait des créations urbaines qui l’ont menée à confectionner des « semblants » de cadeaux de Noël, emballés comme de vrais présents, et déposés ici et là : dans un abribus, sur un banc, etc.


    Cachée dans un coin, elle surveillait la réaction des citoyens, s’amusant à l’avance de leur étonnement de croiser un cadeau, tout seul, là. Pour un faux iPhone, une fausse bouteille de champagne, un faux flacon de parfum, elle a vu des citoyens furieux d’avoir été bernés après avoir cru à un cadeau du ciel. « Il y en a qui étaient si en colère qu’ils jetaient le cadeau et la boîte au bout de leurs bras », raconte-t-elle. Tous les projets ne sèment pas la bonne humeur…


    Entre autres projets urbains, elle a créé pour le festival Montréal en lumière 2012 la famille Radieux, une série de personnages lumineux déambulant en plein Quartier des spectacles pour causer poésie, architecture, art, etc.


    En attendant une autre livraison d’espoir, Patsy se nourrit des commentaires glanés ici et là par les voisins adeptes de cette Petite fille aux allumettes, qu’ils peuvent lire en rafale, ou une page à la fois, en espérant patiemment une suite le lendemain. Certains, comme Bruno Rouyère (page 3), croisé au café du coin, attendent patiemment le 25 pour se promener sur Waverly et déguster toutes ces pages une par une.


    La neige tombe encore. Sous peu, quelqu’un reviendra des courses ou du boulot, en voyant de loin une petite boîte d’allumettes pendouillant au bout d’un fil, sous la boîte aux lettres. Il sera intrigué, puis surpris, et ensuite assurément charmé. À nouveau, la magie se communiquera.

    Patsy Van Roost offre en cadeau aux voisins de la rue Waverly La petite fille aux allumettes, un conte mobile, déployé page par page, un jour à la fois, de porte en porte. D’ici au 25 décembre, l’artiste dépose ses morceaux de conte dans des boîtes aux lettres choisies au hasard. Un extrait de La petite fille aux allumettes offert aux promeneurs, rue Waverly
     
     
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