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    Immigration et diversité - Difficile de réaliser le vivre ensemble

    Lyon — Les modèles d’intégration ont été l’objet de critiques, le 20 novembre dernier, à Lyon, lors d’un colloque portant sur l’immigration et la diversité ethnoculturelle. Aperçu des constats qui se sont imposés.

    Dans les discours de l’État québécois et de l’État canadien en matière d’intégration, mais aussi dans le Livre blanc du dialogue interculturel du Conseil de l’Europe et dans le projet de Coalition internationale des villes contre le racisme de l’UNESCO, « on mêle les problématiques », a déploré Micheline Labelle, titulaire de la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC) de l’UQAM.


    « On ne peut pas traiter de tout dans un même document ou dans un même site Internet. Si on veut s’attaquer au racisme, il y a une analyse à faire, des choix stratégiques, des mesures à adopter qui diffèrent de ceux qui concernent la promotion de l’interculturalisme ou encore la promotion de la rentabilisation de la diversité dans les entreprises, a-t-elle précisé au Devoir, après son exposé, dans les couloirs de l’Institut des sciences de l’homme de Lyon. L’effet pervers, quand on mêle les problématiques, c’est qu’on ne sait plus quelles mesures adopter. » Selon elle, l’un des plus beaux exemples de ce type d’amalgames s’observe dans le rapport Bouchard-Taylor. « On y traite de tout : l’identité nationale, l’interculturalisme, la laïcité, le racisme, les discriminations. Il aurait fallu qu’il s’arrête aux accommodements raisonnables. Mais de ça, il est sorti un pot-pourri. C’est pour ça que ça ne peut orienter personne. »


    Bien différencier ces analyses permettrait de ne pas enchevêtrer les objectifs, mais aussi de distinguer les mesures et les activités à mettre de l’avant. « Cela aiderait à inspirer l’action des gens sur le terrain : les municipalités, les enseignants, les écoles, les policiers ou toute autre personne s’occupant de l’aménagement de la diversité », a indiqué Mme Labelle.


    Plus tôt dans la matinée, son collègue Rachad Antonius, directeur adjoint de la CRIEC, a posé un regard critique sur le multiculturalisme en soulevant les risques qu’il y a à ignorer les rapports de pouvoir présents au sein même des groupes marginalisés. « Un appui non critique à certains groupes, du seul fait qu’ils sont marginalisés, peut quelquefois finir par légitimer des discours de domination », a souligné M. Antonius.

     

    Marginalisation


    Le chercheur a illustré son propos à l’aide des demandes qui avaient été formulées pour faire reconnaître officiellement, en Ontario, des procédures d’arbitrage basées sur la charia, ainsi que la contestation qui s’était manifestée envers le projet de loi 94, au Québec, sur les services publics dispensés et reçus à visage découvert. Dans les deux cas, des groupes féministes, à tendance libérale ou progressiste, ont appuyé les revendications de groupes musulmans conservateurs, a rappelé M. Antonius, parce qu’elles venaient « de groupes marginalisés dont il ne fallait pas critiquer la culture, de peur d’aggraver leur stigmatisation ».


    M. Antonius a balayé du revers de la main l’idée voulant que l’on devait appuyer ces revendications pour lutter contre l’islamophobie. « Ça renforce les courants conservateurs et ça ne favorise pas du tout l’intégration », a-t-il insisté.


    Il a prévenu que ce type de soutien entraîne une « double marginalisation » des tendances laïques à l’intérieur de ce groupe marginalisé, puisqu’elles sont jugées comme émanant de « traîtres à la culture » par l’islam politique et d’« occidentalisés qui n’ont pas droit de cité » par certains groupes de la société d’accueil.


    À son avis, le multiculturalisme devrait cesser de ne cibler que la tendance centrale d’un groupe minoritaire pour cerner la mesure la plus susceptible de l’émanciper.


    Du côté de l’Union européenne (UE), Catherine Withol de Wenden, directrice de recherche au CNRS de Paris, a sonné l’alarme face à une « européanisation croissante » des politiques d’intégrations en parallèle à une nationalisation grandissante de la gestion des flux migratoires. De nombreux pays de l’UE cherchent à contrôler davantage leur politique d’entrée, « ce qui est complètement inconcevable dans le dispositif européen où tout est communautarisé en la matière », a rappelé celle qui a aussi été consultante auprès de l’OCDE, du Conseil de l’Europe et de la Commission européenne.


    À l’inverse, les politiques d’intégration, où en principe les nations ont davantage de marges de manoeuvre, semblent s’uniformiser. L’UE « met son nez dans ces politiques » entre autres avec le Migrant Integration Policiy Index (MIPEX), par lequel « on compare, on met en parallèle, en permanence, non seulement des législations, mais aussi la mise en oeuvre des politiques d’intégration dans les différents pays européens. C’est presque une obsession de la Commission européenne », a-t-elle soulevé.


    « Le risque, c’est que, d’un côté, on ait plus de souverainisme dans le contrôle des frontières, avec toutes les dérives populistes auxquelles cela peut conduire […], et que, de l’autre, on impose un modèle unique d’intégration, alors que l’Europe, précisément, est le continent de la diversité. » À son avis, tout ce qui concerne le vivre ensemble devrait être de l’ordre de la négociation, du cas par cas, « puisque chaque pays d’immigration européen a ses étrangers, ses voisins, son histoire ».


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