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    Fin de vie - Lorsque médecine et philosophie se rencontrent

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	Les débats sur les questions de fin de vie gagnent de nombreux pays.</div>
    Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Philippe Ksiazek
    Les débats sur les questions de fin de vie gagnent de nombreux pays.
    Lyon — Progrès de la médecine, questions éthiques, judiciarisation, démocratie ; la fin de vie et la mort sont des enjeux qu’on peut aborder sous différents angles. C’est ce que les experts ont fait lors du colloque Fin de vie et mort au XXIe siècle tenu à l’Université Jean Moulin Lyon 3, le 19 novembre.

    Une femme dans la cinquantaine saine d’esprit, mais paralysée, est sous hémodialyse plusieurs fois par semaine puisque ses reins ne fonctionnent plus. Un jour, elle décide qu’elle en a assez. Elle souhaite cesser la dialyse, contre l’avis de son médecin et au grand désarroi de l’équipe soignante. Après de multiples débats et une évaluation psychiatrique, sa décision est respectée. L’équipe soignante lui dispense des soins de confort et elle décède quelques jours plus tard.


    Michel Bilodeau, vice-président de Public Governance International et ex-dirigeant de plusieurs hôpitaux au Québec et en Ontario, est venu raconter ce cas vécu lors du colloque. « S’agissait-il d’un suicide ? Pour moi, oui, aussi assurément que si nous l’avions regardée se jeter en bas d’un pont. L’avons-nous aidée à se suicider en ne la forçant pas à continuer ses traitements ? La ligne est très mince », a-t-il affirmé.


    La médecine et la philosophie se rejoignent finalement dans les questions de fin de vie. « Le progrès permet de vivre de plus en plus longtemps sans maladie ni handicap, mais il permet aussi de vivre de plus en plus longtemps avec une maladie dont on ne guérira pas », a expliqué Régis Aubry, chef du service de soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire de Besançon en France et président de l’Observatoire national de la fin de vie.

     

    Les soins translatifs


    Si plusieurs cherchent un sens à la vie, d’autres en cherchent un à la mort. Louis Roy, philosophe et directeur adjoint du département de formation humaine à l’Université catholique de Lyon, a par ailleurs abordé la question des soins translatifs. « C’est le concept des soins pour autrui, une idée qui a été suggérée par le Dr de Pesquidoux, a-t-il indiqué. Il faudra savoir si on peut ou non prodiguer des soins sur une personne en fin de vie, non pas dans son intérêt à elle, mais dans l’intérêt du receveur potentiel. Les soins translatifs permettraient d’envisager que l’existence ne prenne pas fin avec le décès clinique grâce au don de tissus et d’organes à ceux qui en ont besoin pour pouvoir vivre leur vie. »


    Comment justifier la pratique de soins pour autrui dans une société où règne l’individualisme ? « Cela ne peut se faire que si nous comprenons que nous ne nous appartenons pas, mais que nous appartenons à l’humanité. Les soins translatifs permettraient une humanisation de la mort au XXIe siècle », a affirmé M. Roy.


    Les questions législatives sont toujours collées aux questions de fin de vie et de mort. En matière de suicide assisté, par exemple, le Canada se trouve à un moment charnière. À la fin octobre, le gouvernement fédéral a porté en appel une décision de la Cour suprême de la Colombie-Britannique qui invalidait la loi canadienne interdisant le suicide assisté par des médecins. « Comme ce fut le cas pour l’avortement, au Canada, il est fort possible que le suicide assisté devienne légal parce que les cours refuseront de condamner ceux qui y prennent part », a affirmé Michel Bilodeau.


    Daniel Weinstock, philosophe et professeur à la faculté de droit de l’Université McGill, est du même avis. « Il n’y a pas de volonté politique pour décriminaliser l’aide médicale au suicide et l’euthanasie, donc cela se fera par les tribunaux, a-t-il affirmé. De plus, au Canada, on a tendance à laisser des vides juridiques. C’est le cas avec l’avortement, alors qu’aucune loi ne l’encadre. Si le suicide assisté et l’euthanasie sont décriminalisés par les tribunaux, il faudrait faire une loi pour les encadrer. »


    Si le droit est un passage obligé pour arriver à un débat public, Régis Aubry croit qu’il ne faudrait surtout pas que ces questions relèvent strictement du droit. « À mon avis, un débat public sur ces questions est essentiel en démocratie, a-t-il affirmé. Les gens ont peur de la fin de vie. Ils n’ont pas tellement peur de la mort, mais ils ont peur que la médecine ou le législateur prennent les décisions à leur place. »

     

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