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Urgence et santé publique - Plus de peur que de mal, pour cette fois!

Un jeu de rôles montre le fonctionnement des mesures d’urgence

Lyon — Alerte ! Le vol RT6789 en provenance du Zamboustan est sur le point de se poser. À son bord, M. et Mme Z présentent des signes de grippe. Ils toussent, sont fiévreux et délirent par moments. Depuis quelque temps au Zamboustan, on dénombre des décès suspects, tous dans la région alpha. Le voyage de M. et Mme Z s’est concentré en région bêta, mais ils semblent pourtant bien souffrir des mêmes symptômes. Dans quelques minutes, ils vont débarquer au Québec. Que faire ?

Dans un amphithéâtre de l’Université catholique de Lyon, une dizaine d’éminents spécialistes, professeurs, chercheurs en santé publique, surveillance épidémiologique, laboratoires spécialisés, santé et voyage ont accepté de participer à un jeu de rôles en simulant une situation de crise tout à fait fictive.


Des représentants de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Institut Pasteur, de la fondation Mérieux et de l’Agence de santé publique du Canada viennent un à un au micro expliquer leur rôle. L’objectif : évaluer la gravité et l’ampleur de la situation, réfléchir à une méthode, aux gestes à poser, à la façon de travailler ensemble de manière multidisciplinaire pour endiguer une épidémie virale qui pourrait rapidement se propager sur toute la planète. Comment appliquer le Règlement sanitaire international (RSI) mis en place par l’OMS à la lumière des dernières grandes crises sanitaires comme le SRAS ou le H1N1 ?


Dès leur sortie de l’avion, M. et Mme Z sont pris en charge par les autorités et envoyés à l’hôpital afin de procéder à des analyses. Parallèlement, l’OMS met en place un dispositif de surveillance accrue au Zamboustan pour observer l’évolution de la situation. On regarde également ce qui se passe dans les États voisins. Dans le même temps, il faut commencer à communiquer au public. « C’est un vrai dilemme, reconnaît-on. Difficile de prévoir la réaction du public et donc quelles conséquences peut avoir la communication. Il faut vraiment s’en tenir aux faits. Ne pas avoir honte de dire que l’on ne sait pas. Ne rien donner tant que les renseignements ne sont pas vérifiés par les laboratoires. Si on doit revenir en arrière, on perd toute crédibilité et ça sera très difficile de la récupérer. »


Communication essentielle


Plus les autorités disposent d’informations sur le virus ou la maladie, plus elles peuvent en dire sur les comportements à éviter. Ça rassure le public, qui est plus enclin à respecter les consignes et à accepter la campagne mise en place au besoin.


Si la communication vers le public est essentielle, celle entre les différents acteurs est elle aussi fondamentale. L’OMS se charge généralement de la surveillance sur place, là où l’on a constaté les premiers cas. En cas d’alerte internationale, les autorités sanitaires dans chaque pays doivent tout mettre en oeuvre pour rassembler les données.


« Tous les cas avérés et soupçonnés doivent être colligés, rappelle Samantha Wilson-Clark, directrice de programme au Programme canadien d’épidémiologie de terrain de l’Agence de santé publique du Canada pour la province du Québec. Cette collecte permet de juger s’il y a éclosion. Nous avons un certain nombre de facteurs qui nous permettent de savoir si une situation est normale. Parmi ceux-ci, la triade personne-moment-endroit. D’où l’importance d’établir une définition de cas. De cette définition va découler le nombre de cas confirmés et soupçonnés. Il faut bien sûr ausculter toutes les personnes qui ont pu être en contact avec les cas confirmés et soupçonnés. S’il y a éclosion, évaluer le mode de transmission, si la vaccination ou tout autre traitement préventif est souhaitable. Pour les personnes en contact ? Pour toute la population ? Ce sont des décisions qui doivent être prises rapidement, et pour cela, nous devons en savoir le plus possible sur la maladie. »


Analyses


Petit passage par le laboratoire. Avec une question cruciale : vaut-il mieux analyser le virus sur le terrain, là où il s’est déclaré, généralement dans des régions tropicales, dans des pays en voie de développement qui ne possèdent pas les mêmes laboratoires et les mêmes outils que les pays occidentaux ? Ou rapporter les souches afin de les analyser dans nos laboratoires ? « Lorsqu’une épidémie se déclare, nous entrons dans un environnement qui rend le transport international des échantillons difficile, estime Jean-Claude Manuguerra de la Cellule d’intervention biologique d’urgence de l’Institut Pasteur à Paris. Le passage de la douane est problématique… Personne ne veut toucher le virus tant que l’agent n’est pas connu. Le pilote a également tout à fait le droit de refuser un paquet, quel qu’il soit. Rien qu’en France, si on n’a pas le bon transporteur, ça peut prendre des jours, alors vous imaginez le transport international ! »


Pendant ce temps, des analyses préliminaires sont menées sur le terrain. Dans le cas du Zamboustan, la collecte des informations se poursuit. L’OMS a décidé de ne pas émettre une alerte de niveau planétaire, mais la surveillance renforcée est toujours de mise. M. et Mme Z sortent de l’hôpital. Petit à petit, la flambée s’éteint. L’épisode épidémiologique entre en phase de régression sans avoir vraiment connu de phase d’amplification. Plus de peur que de mal, cette fois. Mais tous les acteurs sont prêts en cas de nouvelle alerte à la pandémie.

 

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