Informatique et communication - L’écoconception s’impose
La durée de vie des appareils électroniques est trop courte
Au Québec, une grande étape a été franchie le 14 juillet dernier. Les téléviseurs, cellulaires, ordinateurs et autres appareils électroniques sont depuis régis par le principe du pollueur-payeur, ou plus précisément celui de la responsabilité élargie des producteurs (REP). Le Règlement sur la récupération et la valorisation des produits par les entreprises, qui a déjà fait ses preuves dans les domaines de la peinture et des huiles, s’applique dorénavant aux producteurs et distributeurs de produits électroniques. Près de 15 ans de discussion avec l’industrie et huit ans de débat autour d’une table de concertation ont finalement débouché sur cette nouvelle législation exigeant l’internalisation des coûts de la récupération.
En d’autres mots, les producteurs et les distributeurs sont désormais responsables de la récupération des appareils qu’ils mettent en vente et doivent en intégrer les frais à leur coût de production. La méthode est similaire à celle adoptée par l’Union européenne (UE) pour faire face à l’explosion du nombre de déchets électroniques.
Car même si ces outils dématérialisent bien des choses, ils ont des impacts bien physiques sur l’environnement. De 40 à 70 millions de tonnes de déchets électroniques sont produites chaque année sur la planète. Une grande partie de ce matériel est expédiée dans les pays en développement, sous le couvert de la réutilisation, et finit généralement par y être démantelée de façon inappropriée, voire parfois brûlée, avec tous les dangers pour la santé que cela peut entraîner.
« Des années de discussions, de sensibilisation, ce n’est pas suffisant, même s’il y a beaucoup de bonne volonté, qu’il y a de gros rapports annuels, qu’on note une volonté d’aller vers l’écodesign. La situation demande d’agir de façon urgente », a plaidé Line Bérubé, vice-présidente administration et programme chez Recyc-Québec, devant l’amphithéâtre du CNRS à l’Université de Lyon 1, lors du colloque Vers des technologies de l’information écologiques et efficaces en consommation énergétique.
Si des mesures ciblent désormais la fin de vie utile des appareils, la prochaine étape consistera à s’attaquer au début de la chaîne. « On a un autre problème : la durée de vie. Elle est courte. Trop courte », a indiqué Mme Bérubé.
En France, le constat est similaire. « Pour la collecte des déchets électroniques, c’est une obligation. Mais pour l’écoconception, il y a peu de stimulus », a constaté Cédric Gossart, professeur associé de la Télécom École de management à Évry, et auteur du livre Impacts écologiques des technologies de l’information et de la communication, publié en France.
Durée de vie
Encourager, voire forcer, les entreprises à augmenter la durée de vie des appareils électroniques constitue « une priorité en termes de politique publique », a indiqué le chercheur, lors d’une entrevue avec Le Devoir à la fin du colloque. Il a rappelé que le meilleur moyen de réduire les impacts environnementaux d’un ordinateur portable consiste à tenter de le faire fonctionner le plus longtemps possible. Pour en arriver là, les ordinateurs doivent être conçus pour permettre d’être facilement remis à niveau. Il y a loin de la coupe aux lèvres dans cette industrie misant sur l’obsolescence programmée. « Une solution, ce serait d’imposer des durées garanties de dix ans, par exemple. »
L’écoconception, c’est aussi fabriquer des appareils de façon que leurs composantes, lorsqu’ils ne peuvent plus être réutilisés, soient plus simples à recycler. M. Gossart croit que des efforts doivent être faits en ce sens chez les producteurs de cartes mères. Cet élément essentiel pour le fonctionnement d’un ordinateur s’avère l’un des plus polluants et toxiques, mais aussi l’un des plus riches en métaux rares. « Le processus de fixation des composantes sur la carte mère pourrait être plus écologique, a insisté M. Gossart. Aujourd’hui, il est difficile de les enlever sans les casser. C’est parce que les fabricants ont adopté des techniques d’enrobage qui font que les métaux précieux, comme l’or, sont plus difficiles et plus chers à récupérer. La carte mère est plus facile à fabriquer avec ces méthodes, mais à la fin de la chaîne, ça complique les choses. Les producteurs de cartes mères s’en fichent, parce que ce ne sont pas eux qui vont les recycler. »
Récupération
Il faudra tôt ou tard se pencher sur une conception qui favorise une récupération accrue des métaux, car l’électronique sera bientôt aux prises avec la raréfaction de matières premières.
Dans son nouveau règlement, Québec a inclus un article dont l’objectif est de favoriser l’écoconception. Il prévoit, d’ici 2016, la mise en place d’une modulation des coûts de récupération selon, entre autres, la toxicité, la recyclabilité ou la durée de vie des produits. Mais lors d’une conférence où il a été question d’intégrer l’écoconception et l’écodesign à la responsabilité élargie des producteurs (REP), Mme Bérubé a dit avoir assisté à des « réactions très agressives » de la part des producteurs.
Ces derniers déclaraient que le marché, la réduction des coûts et la demande des clients suffiraient pour les diriger dans la bonne direction, sans règlements ou mesures coercitives. « On n’est pas d’accord, a protesté Mme Bérubé. On pense que ça prend plus. La réduction, c’est notre prochain cheval de bataille à Recyc-Québec. Allons-nous trouver des instruments économiques ? Une taxe sur les produits jetables ? Un bonus sur les produits réutilisables ? C’est dans cette voie que s’oriente notre réflexion », a-t-elle assuré.
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