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    Martin Winckler: être à l'écoute de ceux qui demandent à mourir

    30 novembre 2012 23h38 |Caroline Montpetit | Actualités en société

    Dans la vraie vie, Marc Zaffran est un médecin d’origine française, vivant au Québec depuis 2009 et écrivant des romans sous le pseudonyme de Martin Winckler. Dans son dernier roman, En souvenir d’André, paru récemment aux éditions P.O.L., il s’est glissé dans la peau d’un homme, médecin lui aussi, qui pratique des euthanasies sur demande, après avoir longuement écouté son patient sur les motivations de son choix.



    Lorsqu’on lui demande si son roman est un plaidoyer en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté, Martin Winckler répond que c’est plutôt un plaidoyer en faveur de l’écoute de ceux qui demandent à mourir. «Le plaidoyer est pour dire : nous avons des choses à nous dire. Les gens qui veulent mourir ont des choses à dire et une partie de l’accompagnement pour ces personnes qui sont en mesure d’en parler, c’est d’abord de les écouter», dit-il.

    Winckler raconte d’ailleurs l’histoire de sa propre mère, qui lui a un jour demandé de mettre fin à ses jours.


    «Ma mère, je lui ai dit : tu as tout ce qu’il faut dans ta table de nuit. Je ne peux pas te tuer, je suis ton fils, je ne suis pas ton médecin, mais tu as tout ce qu’il faut dans ta table de nuit. Ce que je regrette, c’est de ne pas lui avoir dit : je comprends que tu as envie de mourir. Moi, qui suis ton fils, je voudrais savoir pourquoi tu as envie de mourir.»


    Il compare cette attitude à celle qu’il a adoptée durant les décennies au cours desquelles il a pratiqué, en tant que médecin, des interruptions de grossesse. Derrière chaque avortement, il y avait l’histoire d’une femme qui avait des raisons de ne pas vouloir porter cet enfant, et ces raisons, il était important de les écouter. L’euthanasie, dit-il, ne devrait jamais être un geste urgent, et surtout pas non plus un geste automatique.


    Martin Winckler croit d’ailleurs que les aspirants médecins devraient être choisis davantage pour leurs aptitudes relationnelles que pour leurs ambitions de toute-puissance scientifique. « Pour chaque cancéreux que nous parvenions à soulager, dix étaient soumis à des chimiothérapies inutiles », dit le personnage du roman de Winckler.


    «Plus il est question de vie et de mort, plus les médecins sont dans le fantasme de la toute-puissance», croit-il, ajoutant que chaque médecin devrait avoir préalablement une formation et une expérience d’infirmier avant de pratiquer.


    Son roman, dit-il, expose la façon dont il aimerait, personnellement, que les choses se passent lorsqu’il arrivera à la fin de sa vie.


    «J’ai essayé d’exprimer le fond de ma pensée. Vraiment, c’est une opinion personnelle, qui est que, si on considère comme normal que les individus choisissent leur métier, leur changement de métier, leur compagnon ou leur compagne, d’avoir ou non des enfants, de voter pour qui ils vont voter, il n’y a aucune raison qu’ils n’aient pas le droit de choisir aussi comment ils vont mourir.»


    Reste qu’il considère son roman, qui s’inspire principalement de son expérience en France, comme un roman d’anticipation, voire de science-fiction. Si le gouvernement Hollande a exprimé une ouverture envers le droit de mourir, les mentalités fran


    Reste que, pour lui, il est primordial d’ouvrir le débat sur les expériences de chacun. « Il faut en parler et il faut adopter des règles qui vont protéger les individus », dit-il. Le problème, à l’heure actuelle, soutient-il, c’est qu’on ne sait pas ce qui se passe dans l’intimité du mourant, parce qu’on n’en parle pas.














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