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    Intégration des immigrants - La francisation seule ne suffit pas

    23 novembre 2012 | Joseph Chung et Pierre Fortin - Professeurs d’économie, Université du Québec à Montréal | Actualités en société

    Lors de la dernière campagne électorale, Pauline Marois a annoncé qu’un gouvernement péquiste présenterait un projet de loi sur la citoyenneté québécoise. L’obtention de cette nouvelle citoyenneté exigerait des nouveaux arrivants qu’ils démontrent « une connaissance appropriée de la langue française et du Québec ». Les modalités sont encore à préciser, mais le message est clair. Il est temps de reconnaître que les nouveaux immigrants s’intègrent mal ou trop lentement et que la politique d’intégration du Québec ne peut réussir que si elle dépasse l’étape de la francisation, qui reste par ailleurs indispensable.


    L’intégration des immigrants a une dimension économique fondamentale qui nous tient personnellement à coeur, mais sa dimension culturelle est tout aussi importante. Il y a intégration culturelle quand l’immigrant arrive à harmoniser les valeurs de son pays d’origine avec celles de son pays d’adoption. La recherche de cet équilibre ne va pas de soi pour tout le monde. Elle provoque un conflit au sein de la communauté immigrante elle-même. Cela prend notamment la forme d’une négociation permanente entre la tendance anti-intégrationniste et la tendance pro-intégrationniste. La première met en scène des immigrants de première génération, installés depuis longtemps au pays. La seconde regroupe des immigrants plus jeunes, arrivés plus récemment.


    La présence de ces deux groupes antagonistes au sein des communautés immigrantes est mal connue de la population en général, et elle est souvent ignorée par les autorités de l’immigration. Pourtant, elle a une grande importance et il est essentiel de la comprendre. Les vieux anti-intégrationnistes veulent continuer à vivre selon la culture de leur pays d’origine. Certains craignent de s’ouvrir à la société québécoise. Ils ont peur de perdre leur identité. Ils désirent garder leur position d’autorité et de respect au sein de leur communauté. Ce phénomène est répandu dans plusieurs communautés culturelles, particulièrement chez celles qui sont de tradition confucéenne ou islamique. Dans ces dernières, les rapports sont très hiérarchiques. Les parents ont le monopole de la vérité et les enfants ne doivent pas désobéir, du moins en principe. Les jeunes doivent vouer un respect absolu aux aînés, souvent au détriment de leur indépendance normale de pensée ou d’action.


    La tragédie hautement médiatisée de la famille Shafia a bien montré jusqu’où cela peut conduire. Bien que des cas aussi extrêmes soient rares, il est par contre fréquent que l’intégration des immigrants soit ralentie, voire compromise, par la mauvaise dynamique interne de la gouvernance de la communauté. Les anti-intégrationnistes occupent souvent des postes de commande au sein de leur groupe culturel. Les pro-intégrationnistes, de leur côté, tentent de se faire élire à la tête des divers organismes et associations afin de sensibiliser la communauté à la nécessité de s’intégrer et de lui faciliter les choses. Malheureusement, ces pro-intégrationnistes échouent fréquemment, notamment à cause de pratiques douteuses de certains anti-intégrationnistes, qui sont réfractaires au changement et veulent garder leur ascendant sur la communauté.

     

    Des moyens adéquats


    Le défi de la politique d’intégration au Québec est de mettre en place des moyens permettant de surmonter ces obstacles. Jusqu’à maintenant, l’élément central de la politique gouvernementale est la francisation des nouveaux arrivants. Le Québec dépense 70 millions de dollars par année pour la francisation. Pourtant, même s’ils ont réussi leur apprentissage du français, des dizaines de milliers d’immigrants quittent le Québec chaque année. Ces émigrants, de même que bien des immigrants qui restent au Québec, ne se définissent toujours pas comme Québécois à part entière une fois la compétence linguistique acquise.


    La francisation demeure absolument nécessaire à l’intégration, mais elle est insuffisante. Le succès de l’intégration exige des solutions plus complexes, découlant d’une compréhension moins sommaire que jusqu’ici de la psychologie individuelle et familiale des immigrants et de la dynamique interne des communautés immigrantes. Ce n’est pas seulement la langue française qu’il faut enseigner à l’immigrant, mais l’histoire du Québec, sa géographie incomparable, ses figures marquantes d’hier et d’aujourd’hui, ses forces et ses faiblesses, ses espoirs et ses angoisses.


    L’immigrant doit sentir que sa propre culture est respectée et valorisée, mais, en même temps, qu’il lui incombe de la concilier avec la culture et les valeurs québécoises. Il faut, tout particulièrement, aider les familles immigrantes à résoudre les inévitables conflits entre les parents, qui restent proches de leur culture d’origine, et leurs enfants, qui baignent à plein dans la culture québécoise, à l’école et ailleurs. Et il faut naturellement multiplier les contacts directs des élus, des représentants des ministères, des corps publics et des organismes communautaires avec les leaders des communautés culturelles.


    La seule politique d’intégration qui va québéciser véritablement l’immigrant à long terme, c’est celle qui va susciter chez lui l’amour du Québec. L’argent aide, mais c’est l’amour qui est déterminant. Kimchi si tu veux, mais kimchi du Québec.

     
     
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