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    Prix Wilder-Penfield - La génétique joue dans nos vies

    17 novembre 2012 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Les récipiendaires des Prix du Québec pour l’année 2012, en compagnie du ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, et du ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les récipiendaires des Prix du Québec pour l’année 2012, en compagnie du ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, et du ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne.

    Guy Rouleau est un curieux chercheur - c’est le moins qu’on puisse dire - puisqu’il s’intéresse non seulement à une foule de maladies, mais également à différentes branches de la médecine.


    Directeur du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, professeur titulaire du Département de médecine de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génétique du système nerveux, Guy Rouleau dirige également le Centre d’excellence en neuromique et le Réseau de médecine génétique avancée du Fonds de recherche en santé du Québec.


    Ses travaux ciblent la compréhension des bases génétiques des maladies du cerveau. Il travaille sur plusieurs maladies neurologiques et psychiatriques ayant une composante génétique, dont la sclérose latérale amyotrophique, les accidents cérébrovasculaires, les anévrismes familiaux, les angiomes caverneux, l’épilepsie, l’ataxie spinocérébrale, la paraplégie spastique, l’autisme, le syndrome de Tourette, le syndrome des jambes sans repos, la schizophrénie et les désordres bipolaires. Il a entre autres localisé plus de 20 loci (emplacements physiques précis sur un chromosome) et contribué de façon significative à l’identification de plus de 10 gènes responsables de maladies, ainsi qu’à une meilleure compréhension de leur pathogenèse.


    Titulaire de nombreux prix - dont celui du scientifique de l’année 1993 et un prix de l’Acfas, en plus d’avoir été consacré Officier de l’Ordre national du Québec - voici qu’il reçoit cette année le Prix du Québec Wilder-Penfield, qui couronne l’ensemble de la carrière d’un scientifique dans le domaine biomédical. « Je suis particulièrement heureux de recevoir ce prix, s’empresse-t-il de dire, puisque le Québec est un endroit magnifique où il se fait de belles choses, des choses qui sont importantes pour moi. C’est vraiment très significatif pour moi de recevoir ce prix ! »

     

    Un neurologue formé à la génétique


    Dès l’école primaire, Guy Rouleau s’est passionné pour les sciences. « En 5e année, j’avais un ami dont le frère et le père faisaient de petites expériences de chimie, raconte-t-il. C’était fascinant ! J’ai ensuite eu mon propre labo dans mon sous-sol… Eh oui, j’ai fait quelques explosions et provoqué de petits feux, mais j’ai survécu !, dit-il en riant. Je savais dès lors que je voulais faire de la science. »


    Curieusement, toutefois, le jeune Rouleau n’était pas bon élève au secondaire, car ce n’est qu’à l’université que son intérêt pour les études s’est manifesté. « J’étais fasciné par la biologie et par la chimie, dit-il, je me suis donc naturellement dirigé vers la biochimie ! » Il a ainsi fait ses études de médecine, sachant cependant que sa vocation était celle de la recherche. En 1983, son mentor lui conseille d’aller en génétique : « C’est ça, l’avenir ! », déclare celui-ci.


    À la suite de ses études aux États-Unis, le Dr Rouleau revient faire carrière à Montréal, « parce que c’est ce que je voulais le plus au monde ». Ce neurologue formé en génétique met donc sur pied une équipe de recherche afin d’appliquer la génétique aux maladies du cerveau. « Mon but était de découvrir et de comprendre les facteurs génétiques qui prédisposent aux maladies du cerveau, dit-il. J’ai aussi beaucoup travaillé sur des maladies génétiques qui affligent la population du Qué


    Dans le cadre de ses travaux, il parvient ainsi à comprendre les mécanismes situés à la base de maladies aussi variées que la sclérose latérale amyotrophique, la schizophrénie et l’autisme, ainsi que le rôle qu’y jouent les gènes.


    La génétique de la psychiatrie


    « Je me suis également beaucoup intéressé à la psychiatrie, puisque c’était pour moi un grand défi que de lier la génétique et cette discipline, poursuit-il. On sait d’ailleurs maintenant qu’il y a d’importants facteurs génétiques liés à des maladies comme l’Alzheimer, la schizophrénie, la bipolarité et l’autisme. »


    De même, en s’intéressant au suicide, le chercheur s’est posé la question : qu’est-ce qui fait que certaines personnes passent à l’acte et d’autres pas ? « Le suicide n’est pas une maladie génétique, insiste-t-il, mais il y a des facteurs génétiques liés, par exemple, à l’impulsivité… »


    Guy Rouleau en vient même à penser que la plupart des troubles humains pourraient avoir une composante génétique. Il cite l’exemple surprenant des accidents de voiture ! « Bien sûr, pense-t-on, ça n’a rien à voir avec la génétique !, avoue-t-il sans peine. Par contre, il y a certains traits de personnalité - comme prendre des risques inconsidérés - qui prédisposent aux accidents de voiture. »


    Obtenir le portrait global


    Le Dr Rouleau voit poindre la fin de sa carrière, mais il demeure toujours aussi avide. « J’aimerais compléter toutes les histoires que j’ai commencées, dit-il. Par exemple, on a trouvé beaucoup de gènes et de mécanismes liés à la schizophrénie et à la maladie bipolaire, mais on ne voit pas encore « la forêt ». »


    « Disons que c’est un casse-tête et qu’on a beaucoup de morceaux, mais qu’on n’a pas encore l’image globale, explique-t-il. Or connaître tout le portrait d’une maladie nous permettra non seulement de poser de bons diagnostics, mais également d’intervenir efficacement. »


    « Si on ne comprend pas le problème fondamental, on ne peut se rendre à l’essence du problème, poursuit le Dr Rouleau, et moi, c’est cette essence que j’aimerais découvrir… J’aimerais faire partie du groupe qui découvrira ces essences et je pense qu’on n’est pas si loin ; je pense même qu’on y parviendra avant que je n’aie terminé ma carrière. »


    Toutefois, pour y parvenir, le directeur du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine a besoin de « joueurs étoiles » dans son équipe de chercheurs. « Si j’ai fait tant de découvertes, explique-t-il, c’est que j’avais toujours quelqu’un d’exceptionnel dans mon équipe. C’est un travail d’équipe, vous savez, et, dans l’équipe, il faut toujours compter sur des étoiles… Et des étoiles, il n’y en a pas beaucoup dans le monde, mais je suis très chanceux car j’en ai toujours eu. J’aimerais toutefois en avoir davantage ! »


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