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    Finance - Est-ce un bon placement?

    La responsabilité sociale et environnementale est un critère de gestion des risques

    17 novembre 2012 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Ce n’était pas la première fois que British Pretroleum faisait preuve de négligence, lors de l’accident de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, ce qui a coûté très cher aux investisseurs.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Spencer Platt Ce n’était pas la première fois que British Pretroleum faisait preuve de négligence, lors de l’accident de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, ce qui a coûté très cher aux investisseurs.

    Quel rôle joue la responsabilité sociale et environnementale des entreprises lorsque vient le temps de faire des placements pour assurer, par exemple, sa retraite ? Emmanuel Raufflet, professeur agrégé à HEC Montréal, considère que c’est là un critère tout à fait pertinent, surtout lorsqu’il s’agit de placements à long terme.


    «Lorsque vous voulez faire un investissement, décrit Emmanuel Raufflet, votre conseiller financier vous demande d’abord avec quel niveau de risque vous pouvez composer. » Or, la responsabilité sociale et environnementale (RSE) peut être considérée comme un critère de gestion des risques. « On peut voir la RSE comme une gestion de risque raisonnée, puisque cela permet de diminuer les risques. L’entreprise reconnaît en effet l’existence de dimensions qui sont liées à ses activités - dimensions environnementales, sociales, de gestion, de santé et de sécurité au travail, etc. - sur lesquelles elle s’engage à agir. »


    C’est particulièrement le cas dans des secteurs à haut risque (mais très rentables) comme les industries minière, pétrolière ou chimique. M. Raufflet rappelle ainsi l’accident de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, qui a provoqué en avril 2010 une marée noire de grande ampleur dans le golfe du Mexique, entraînant une crise majeure pour la British Pretroleum. « Il y a un grand nombre de retraités en Angleterre, dont les pensions reposaient sur les rendements de BP, qui ont eu assez peur, dit-il. Or, rétrospectivement, on a appris que ce n’était pas la première fois que BP faisait preuve de négligence, ce qui a coûté très cher aux investisseurs. »


    C’est dire que toute entreprise qui tient compte de ses responsabilités sociales et environnementales diminue les risques auxquels elle s’expose et augmente d’autant son attrait pour les investisseurs. « C’est justement l’argument que les promoteurs de la RSE mettent de l’avant », souligne le chercheur.


    Emmanuel Raufflet est professeur au Service de l’enseignement du management à HEC Montréal et responsable du Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en gestion et développement durable. « Nous formons des spécialistes de l’interface entre la gestion et le développement durable, des agents de changement organisationnel. » Comme chercheur spécialisé en RSE, il s’intéresse entre autres aux secteurs minier et de l’énergie. « Nous avons étudié le comportement des entreprises en matière de RSE dans plusieurs secteurs d’activités,précise-t-il, dont les mines, la chimie, le pétrole et les entreprises de gaz de schiste. »

     

    Spéculateur ou investisseur?


    Investir auprès d’entreprises qui tiennent compte de leurs responsabilités sociales et environnementales pourrait même être un moyen de se prémunir contre les excès de la bourse. « La RSE mène souvent vers une gestion qui va au-delà de la myopie que la bourse impose aux entreprises, lesquelles doivent, sinon, fournir des rendements trimestriels, quitte à détruire la valeur de l’actionnaire ou celle de l’entreprise à long terme, avance M. Raufflet. À l’opposé, la RSE vise à élargir l’horizon mental et de prise de décisions de l’actionnaire en montrant que l’on tient également compte de nombre d’enjeux pas forcément couverts par les pratiques de gestion classique. »


    Le chercheur observe même un changement de paradigme. « C’est clair qu’il y a désormais un consensus : on ne va pas pouvoir continuer à faire les choses comme on les faisait jusqu’à récemment. »


    En effet, les entreprises doivent non seulement tenir compte des risques environnementaux de leurs activités, mais également assurer l’acceptabilité sociale des populations locales. « Les attentes de la population ont changé. Il y a cinquante ans, on acceptait pas mal de choses au nom de la création d’emplois. Toutefois, à présent, on exige des emplois de qualité et il faut aussi que les entreprises aient un comportement exemplaire… Elles ne peuvent plus opérer qu’à l’intérieur des limites légales - que travailler en toute légalité -, elles doivent à présent obtenir le permis social d’opérer. C’est pourquoi on parle désormais de responsabilité sociale et environnementale… »

     

    La malédiction des ressources naturelles


    Emmanuel Raufflet, qui s’intéresse beaucoup au secteur des mines, donne ainsi l’exemple du développement du Grand Nord que l’on prépare actuellement. « Les entreprises qui veulent oeuvrer dans le Grand Nord devront se faire accepter par les populations locales, dit-il. Et comme le projet va évoluer au fil du temps, il leur faut être capables d’anticiper toutes les étapes de la vie du projet. »


    Le véritable enjeu, selon le spécialiste, c’est de transformer le secteur des ressources naturelles (qui ne sont pas structurellement durables) en ressources ou infrastructures ou en capital qui seront durables. « En économie, il y a ce qu’on appelle la malédiction des ressources naturelles, énonce-t-il. C’est-à-dire que si votre prospérité dépend essentiellement d’une seule ressource - le pétrole ou un minerai, par exemple -, vous aurez tendance à négliger les autres secteurs. Et bien sûr, il suffit que le prix de la matière chute ou que la demande diminue pour que tout s’effondre. C’est alors toute la société qui s’effondre ! »


    Comment éviter cette malédiction ? Emmanuel Raufflet cite entre autres exemples le cas de la Norvège, qui, d’une part, exploite elle-même son pétrole et qui, d’autre part, a créé un fonds souverain avec les revenus du pétrole afin de pourvoir aux besoins des prochaines générations. « Et c’est l’un des plus gros fonds éthiques au monde », souligne-t-il.


    « Il nous faudra transformer nos ressources non durables en ressources durables », conclut-il. C’est-à-dire de capital humain, d’infrastructures qui vont être pertinentes et d’institutions qui vont nous aider à rester prospères longtemps. « Je pense toutefois qu’à l’heure actuelle, au Québec, on manque un peu d’imagination à ce chapitre », observe-t-il.


    D’imagination… et de vision à long terme!


    Collaborateur













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