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Prix Albert-Tessier - Une vie où l’écran est le paysage

André Melançon est tombé dans le cinéma après avoir vu un film de Fellini.
Photo : Rémy Boily André Melançon est tombé dans le cinéma après avoir vu un film de Fellini.

Il se sent vraiment touché de recevoir le prix Albert-Tessier, André Melançon. « Ça fait 42 ans que j’ai le privilège de pratiquer ce métier, alors, un couronnement de carrière, ça compte. » Le cinéaste de La guerre des tuques a des ennuis de santé, mais il travaille beaucoup : théâtre, cinéma, scénarios. Passionné, allergique au cynisme ambiant.


Lui qui connut les beaux jours de l’ONF avec sa poignée d’artisans qui réinventaient le cinéma, il trouve vertigineux le nombre de jeunes cinéastes qui embrassent le métier aujourd’hui. « Cette diversité m’impressionne. C’est parti de l’équipe française de l’ONF issue de tous les horizons, avec sa façon de regarder le réel. Sans les Brault, les Perrault, les Carle, les Jutra, le cinéma québécois serait tout autre… »


Ça lui donne le vertige. « Si je regarde dans mon rétroviseur, le cinéma est partout. » Et ce fils de l’Abitibi de se revoir dans les cinémas de Rouyn avec ses frères, chaque fin de semaine. Un beau jour, il a vu La strada, de Fellini… « Ce fut mon chemin de Damas. Entre l’âge de 4 ans et mes 13 ou 14 ans, j’avais vu des histoires à l’écran. Avec Fellini, je découvrais le langage cinématographique. » À la même époque, sa mère lui acheta une caméra 8 mm. Ainsi naissent les vocations.


À l’adolescence, Montréal l’attendait. Du cours classique chez les frères de Saint-Viateur à la découverte de la musique, du théâtre, armé aussi d’une caméra 16 mm, il embrasse le monde, goûte aux voyages : un an au Pérou, comme animateur auprès des jeunes de la rue pour les Disciples d’Emmaüs.


Entre des études à l’Université de Montréal en psychoéducation, son engagement à Boscoville, ses ateliers de théâtre et de cinéma auprès des jeunes délinquants, son parcours se dessine. « J’ai fait un petit film, Le camp de Boscoville (1967), sans penser à me diriger vers le cinéma pour enfants. » Même si, embauché à l’ONF, il signe des oeuvres pour adultes comme Des armes et des hommes, le voici de plus en plus investi dans des oeuvres sur l’univers enfantin, en donnant la parole aux enfants, en épousant leur point de vue.


Son documentaire percutant intitulé Les vrais perdants (1978), sur les enfants condamnés à la performance, et sa fiction remarquable intitulée Comme les six doigts de la main, sortie la même année, sur une bande de jeunes, ont marqué les esprits. Il quitte l’ONF, passe au secteur privé, saute du documentaire à la fiction, aux séries télé, refusant les carcans.

 

Des contes et après


En 1982, Roch Demers l’invite à réaliser la désormais classique Guerre des tuques, premier des Contes pour tous, un énorme succès sur fond de neige, de bataille et de chien. André Melançon allait prendre la barre au long des décennies de trois autres Contes pour tous : Bach et Bottine, Fierro… L’été des secrets, coproduit avec l’Argentine, et Daniel et les Superdogs.


« J’aime saisir l’interrelation des gens, la mécanique entre ce qu’ils cachent et ce qu’ils montrent, écrire en solitaire entre doute et euphorie, puis plonger dans le travail d’équipe. »


Diriger les enfants : toute une aventure. « Le gros défi repose sur le casting. Sur dix qu’on auditionne, deux possèdent l’instinct du jeu. Certains ont des talents pas possibles : Mahée Paiement (dans Bach et Bottine, aussi dans la dramatique Le lys cassé), Xavier Dolan (mis en scène enfant dans les publicités de Jean Coutu). Sur un plateau, il faut pouvoir s’amuser avec les enfants. »


André Melançon a plusieurs cordes à son arc. Ça lui évite de connaître l’ennui.


On a vu sa silhouette de géant comme acteur dès 1972, à travers le rôle-titre de Taureau, de Clément Perron. Arcand l’a dirigé dans Réjeanne Padovani, l’Argentin Eliseo Subiela, dans Le côté obscur du coeur, etc. « Je n’ai pas un grand talent de comédien. Quand le personnage me convient, com-me celui de Taureau, mêlant timidité et force physique, c’est parfait, mais mon éventail est réduit. »


Son thriller intitulé Rafales, sur un vol à main armée avec prise d’otages en 1992, s’adressait aux adultes. « Je l’avais écrit avec mes comparses de la Ligue nationale d’improvisation, Denis Bouchard, Marcel Leboeuf. On jouait tous les trois dans le film. Ça rejoignait des thèmes importants, comme les difficultés de la communication entre des frères, la manipulation des médias. »


Son grand regret : n’avoir jamais reçu le feu vert des organismes pour son projet Quatuor pour Madeleine : « J’ai travaillé deux ans sur cette histoire d’une femme et des quatre hommes de sa vie. J’aimais ce scénario. »


Le théâtre l’a toujours fasciné, lui qui assura en 2006 la mise en scène de La promesse de l’aube à l’Espace Go, d’après Romain Gary, en donnant le rôle de la mère à sa compagne, Andrée Lachapelle. Il a enchaîné l’année suivante avec Les justes de Camus, au théâtre Denise-Pelletier.


Il termine un documentaire, Les trains de la vie, sur un Québécois d’origine néerlandaise qui connut l’Occupation allemande et raconte ses souvenirs lointains aux enfants d’aujourd’hui. Son prochain projet est ambitieux. « Une production historique, sur un événement vécu au siècle dernier à Ottawa par les francophones. Le film aura une résonance politique. »


Il aime l’espoir au bout du tunnel, mais cet espoir se mérite. « Rien ne tombe du ciel, estime André Melançon. Mon métier est beau mais aussi très dur. Pour La guerre des tuques, on s’était gelé les pompes. J’enrage devant les techniciens qui font les choses à moitié, sans souci de perfection. Partager la vie d’une interprète aussi exigeante qu’Andrée Lachapelle, c’est inspirant. Regarder pousser mes enfants exceptionnels aussi. Avoir des projets qui me passionnent, un moteur merveilleux. »

 
 
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