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    Langue - Traîner la culture acadienne dans la boue

    2 novembre 2012 |Rémi Léger - Vancouver | Actualités en société
    Dans sa chronique intitulée Radio Radio et publiée le 26 octobre dernier, Christian Rioux affirme que la langue française se porte mal au Québec. Les données du dernier recensement canadien l’inquiètent et le peinent également. Comme je ne suis pas résident du Québec, je suis mal placé pour commenter ce qu’il perçoit comme une montée en flèche de l’anglais dans la vie de tous les jours ou de l’emploi de mots anglais chez les Québécoises et Québécois francophones. Or, qu’importe l’exactitude de son interprétation, je tiens à lui reprocher d’avoir fait de l’Acadie le repoussoir de sa tourmente. Dans sa chronique, le terme « acadianisation » renvoie à tout ce qui est contraire à une réelle francophonie, par laquelle on entend être exclusivement confortable dans la langue de Falardeau. Du coup, pour M. Rioux, l’Acadie devient synonyme d’anglicisation, de dévitalisation, de bilinguisme, de Canadien bilingue, de culture anglo-américaine, avec pour exemple « extrême » le groupe acadien Radio Radio, qui « se complaît dans la sous-langue d’êtres handicapés en voie d’assimilation ».

    Il n’est ni requis sur le plan de la logique ni décent sur le plan humain de traîner dans la boue la culture acadienne et le français parlé en Acadie afin d’émettre ses peurs par rapport à l’évolution démolinguistique du Québec ou pour exprimer son dégoût envers Radio Radio. Pourtant, une telle stratégie ne devrait pas surprendre. Faire de l’Acadie et de la francophonie canadienne un repoussoir n’est pas chose nouvelle. Inutile de rappeler la série de déclarations incendiaires faites en regard des francophones hors Québec au cours du dernier demi-siècle. Il va sans dire que, sur la base de ces déclarations, tous les Acadiens ainsi que tous les autres francophones à l’ouest de la rivière de l’Outaouais seraient morts, enterrés et déjà oubliés.


    Je disais que faire de l’Acadie une tare n’est pas requis pour traiter de la situation linguistique au Québec. La question des langues au Québec s’analyse en soi. Si, en contrepartie, l’objectif est de dresser un portrait comparatif Québec-Acadie, alors là, il faut faire plus qu’écouter Radio Radio. L’Acadie, c’est plus qu’un groupe de musique ; c’est un peuple fier et dynamique qui, certes, parle le français différemment, mais qui s’identifie pleinement à la langue française et à la francophonie. C’est de simplifier à outrance la culture acadienne que de faire de Radio Radio son porte-étendard. D’ailleurs, sur ces derniers, peut-être jouent-ils l’atout de la langue parce que de nombreux Québécoises et Québécois trouvent l’accent acadien mignon, voire même exotique. Voilà donc un sujet d’étude pertinent et constructif : l’« exotisation » de l’Acadie au Québec. En mon sens, cela se ferait au même titre que la folklorisation du français du Québec en France. Que du plaisir pour certains et certaines de rire aux dépens des plus petits ou des plus vulnérables dans ce monde.


    Je disais aussi que de présenter l’Acadie comme une espèce en voie de disparition composée d’êtres handicapées, c’est manquer de décence et de respect pour l’Autre, et dans ce cas-ci envers un peuple avec qui le Québec partage une langue et une très longue histoire. Pourquoi rabaisser l’Acadie si votre intérêt est le Québec ? L’Acadien à Cap-Pelé et l’Acadienne à la baie Sainte-Marie n’ont rien à voir avec la langue parlée entre les employés dans un commerce sur le Plateau ou dans le Mile-End. Les Acadiens et Acadiennes, comme par ailleurs les francophones dans les autres provinces canadiennes, mènent leurs propres luttes pour la survie de la langue française, soumettent eux aussi des revendications en vue d’obtenir des conditions d’épanouissement de leurs collectivités. Les traiter « d’êtres handicapés », c’est non seulement les humilier et rejeter du revers de la main tous les efforts investis dans la promotion de la langue française, mais c’est aussi restituer un discours qui ressemble drôlement à un racisme typique d’il y a cinquante ou soixante ans.


    Bref, si la musique de Radio Radio vous pue au nez, écrivez un texte sur comment Havre de grâce ne méritait pas le Félix de l’album de l’année dans la catégorie hip-hop. Or, si, comme il semble être le cas, c’est la situation linguistique au Québec qui vous préoccupe, analysez-la sous tous ses angles, mais cessez de salir les Acadiens et les Acadiennes et de martyriser l’Acadie.

     

    Réponse à Rémi Léger


    Monsieur Léger,


    Si je « martyrise » les Acadiens en critiquant Radio Radio, je les adule donc en faisant l’éloge d’Antonine Maillet dans la même chronique. En réalité, je ne fais ni l’un ni l’autre. Les artistes sont libres de leurs choix esthétiques et nous sommes, heureusement, encore libres de critiquer leur oeuvre sans que cette critique n’incrimine tout un peuple. L’auteure de la Sagouine a donné au français parlé en Acadie ses lettres de noblesse. Radio Radio a plutôt choisi de se vautrer, comme certains chanteurs québécois et français d’ailleurs, dans une langue médiocre sans issue à terme autre que l’anglais. Si ce créole est si extraordinaire, au fait, pourquoi ne l’utilisez-vous pas ? Quant à l’« acadianisation », le terme peut sembler choquant, il décrit simplement la bilinguisation en cours au Québec. Processus évidemment plus avancé chez les francophones hors Québec. Mais peut-être pas pour longtemps.

    Christian Rioux

     
     
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