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    Participation citoyenne - Il y a urgence d’un autre monde

    «Nous contribuons à ce système absolument fou qui mène à la destruction de la planète»

    Francisco « Chico » Whitaker
    Photo: Wolfgang Schmidt Francisco « Chico » Whitaker
    «Sommes-nous esclaves d’une logique antihumaine? Les chemins pour passer de la complicité à la libération»
    Une conférence de Francisco Whitaker, le 7 novembre, à l’UQAM, et le 8 novembre, à l’UQAC.
    « Un autre monde est possible », clame le slogan des Forums sociaux mondiaux (FSM). L’un ses fondateurs, Francisco « Chico » Whitaker, croit maintenant que cet autre monde est nécessaire et urgent. Mais la tâche pour y arriver s’avère difficile. Entretien avec le conférencier qui ouvrira les Journées québécoises de la solidarité internationale, le 7 novembre prochain.

    «Il y a une urgence incroyable », s’exclame Francisco « Chico » Whitaker, dans une entrevue téléphonique accordée au Devoir depuis le Brésil. « Ce n’est plus comme on disait auparavant. Il est possible, l’autre monde. Maintenant, c’est devenu très clair qu’il est nécessaire et urgent. »


    La patience et une vision à long terme ont toujours caractérisé sa démarche pour enraciner les nouvelles façons de faire. Mais il demeure conscient que cette perspective nous confronte aujourd’hui « à la capacité du monde », alors qu’il faut « arrêter cette course folle vers la production de toujours plus de biens de consommation. Cette course nous mène à exploiter au maximum les ressources de la Terre. »

     

    Surconsommation


    La surconsommation lui apparaît d’ailleurs comme un élément fondamental de ce système à changer. « Les entreprises canadiennes sont très présentes un peu partout dans le monde. Pour faire quoi ? Nous avons besoins de tous les minerais qui existent pour que cette machine de production fonctionne à plein régime. Donc, nous sommes pris dans un engrenage et nous sommes tous des pièces de cet engrenage. » Dans un très bon français, le Brésilien ne mâche pas ses mots : « Nous sommes tous des prisonniers et nous ne nous en rendons pas compte. Nous contribuons à ce système absolument fou qui mène à la destruction de la planète. »


    Pour que les gens en viennent « à beaucoup plus vouloir être, plutôt qu’à avoir des choses et des biens », il faut à son avis un « changement culturel très profond qui passe par une prise de conscience généralisée », avise-t-il. « Ce n’est pas simple », concède-t-il du même souffle.


    Il poursuit cet objectif dans la lutte à laquelle il consacre actuellement la majeure partie de son temps : celle contre les centrales nucléaires, qu’il qualifie de « folies totales ». « Plus le temps passe, plus je découvre des choses folles et j’en prends conscience. Mon effort vise à ce que plus de gens en prennent aussi conscience. De la même façon que ceux qui m’ont ouvert les yeux, j’essaie d’ouvrir ceux des autres. »


    Faire prendre conscience


    Mais d’autres doivent pousser à la roue. « Les professeurs, prend-il pour exemple, ce sont eux qui doivent prendre conscience de tout ça pour qu’ils transmettent à leurs élèves une vision différente. Pas pour imposer, mais pour ouvrir. »


    Les moyens de communication de masse, ajoute-t-il, doivent jouer un rôle éducatif et « réveiller les gens ». « C’est un rôle que les journaux devraient jouer en premier lieu. Au-delà des nouvelles, ils doivent réveiller les esprits sur ce qui se passe derrière et sur les causes, pour que les gens puissent assumer leurs responsabilités et devenir coresponsables. »


    Via Internet


    Reste que, depuis le premier FSM, en 2001, les médias sociaux ont émergé. M. Whitaker se montre enthousiaste devant ces outils qui favorisent cette convergence, amorcée par les FSM, entre les différents membres de la société civile. « Dans des structures pyramidales, certains contrôlent l’information pour maintenir leur pouvoir. Internet permet l’explosion de ça […]. C’est par l’intercommunication horizontale que les gens arrivent à identifier les endroits où sont les problèmes et où se trouvent les solutions. »


    Pour une expérience comme la monnaie sociale, donne-t-il en exemple, « Internet et l’ouverture de l’information vont permettre que ce soit plus largement connu. Et, au fur et à mesure, ce sera aussi adopté par d’autres. Et, par là, on peut remettre en question le contrôle des banques sur notre vie. »


    Internet engendre donc « d’immenses possibilités », assure-t-il, s’appuyant sur les mouvements des Indignés et d’Occupy, qui ont secoué le globe durant la dernière année. « Ce sont des mouvements horizontaux qui n’ont pas de chefs, pas de déclarations finales. Ce sont des mouvements faits de réseaux », à l’instar des FSM, quoi. Mais il refuse de revendiquer la paternité de ces mouvements émergents. « Il y en a parmi eux qui ont déjà participé à des forums et qui ont vu que ça fonctionnait. Mais c’est surtout une méthode. » Lorsqu’ils ont commencé à occuper les places publiques, indique-t-il, ils ont évité de se battre pour déterminer un chef comme on le fait dans la politique partisane. « Les gens ont tout de suite vu qu’il ne fallait pas faire la même chose. Il fallait distribuer les fonctions et les activités pour que tout le monde soit coresponsable. C’est une autre façon de travailler ensemble. Ils ont vu que ça marche et que ça empêche la division. »


    Et les Forums sociaux


    Puis, les FSM ? Sont-ils au bord de l’essoufflement, comme le prétendent certains ? Il rigole un peu, indiquant que ce point de vue varie selon qu’on se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur du mouvement. Après les FSM de Nairobi (2007) et de Dakar (2011), il s’en est trouvé pour annoncer leur déclin en se basant sur la baisse du nombre des participants. « Ça s’est fait dans d’autres cadres avec d’autres réalités politiques. C’est normal, justifie-t-il, en comparaison avec l’achalandage des éditions de Porto Alegre (2005) et de Belem (2009). Ceux qui sont habitués à la façon de travailler avec des avatars qui commandent, ils n’ont pas accepté ça. Il y en a qui ont la volonté que les forums sociaux disparaissent carrément, parce qu’ils remettent en question leur pouvoir, ont créé de l’autonomie et ont permis aux gens de voir qu’ils peuvent s’émanciper. »


    D’ailleurs, le prochain Forum social mondial se tiendra en Tunisie, « parce que, là, il y a eu une effervescence, de nouvelles visées pour une démocratie plus participative et plus horizontale ». Rendez-vous à Tunis au printemps 2013.

    Francisco « Chico » Whitaker Dakar accueillait en 2011 le Forum social mondial.
     
     
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