OXFAM - Du riz pour le Burkina Faso
La population du Burkina Faso adore le riz. Depuis 1996, la consommation par habitant et par année est passée de 13,5 kg à 20,5 kg. Pour satisfaire la demande, le pays doit toutefois importer près du double de sa propre production. Cette dépense représente environ 10 % du déficit de la balance commerciale du pays. C’est dire à quel point il est important de trouver rapidement des solutions afin de cultiver cette petite céréale. Évidemment, une partie de cette solution passe par les 500 000 hectares de bas-fonds sous-exploités. Mais une partie seulement, puisque, avant la production du moindre grain de riz, une foultitude de barrières se dressent, dont celles de la politique et de l’expertise.
Quand on a joint Mélina Rosay, conseillère en développement et gestion et responsable du projet de riziculture à Toussiana, elle nous parlait du fond du jardin verdoyant de sa petite villa dans la capitale, Ouagadougou. La saison des pluies vient de se terminer et la végétation est luxuriante, le thermomètre indique 35 °C. Ce sera une bonne année pour les récoltes.
Dans la rizière
Ce projet de rizière à Toussiana se déploie en deux phases. On en est aujourd’hui au milieu de la seconde et le projet fonctionne très bien. Mais, avant d’en arriver là, il a fallu déployer beaucoup d’énergie et une bonne dose d’imagination pour visualiser la rizière. À l’époque où est arrivée Mélina Rosay, on en était encore à la moitié de la première phase.
« Un coopérant, Romain, était déjà là depuis un an et demi. Il avait ce projet de faire la production de riz, mais il terminait un premier projet de compostage », nous dit Mélina Rosay, qui explique qu’Oxfam ne finance pas de vastes projets dans l’enveloppe du programme de coopération volontaire. On laisse les grands bailleurs de fonds, comme l’Union européenne et les agences onusiennes, miser sur de grands projets qui ont déjà fait leurs preuves. Oxfam choisira plutôt d’appuyer des partenaires qui désirent développer quelque chose de novateur, mais qui n’ont pas nécessairement les moyens de le faire : « Nous, on mise sur de petites initiatives qui pourraient faire bouger les choses. »
Au compostage
Le partenaire d’Oxfam sur le terrain, la Fondation Être comme les autres (ECLA), avait lancé le projet de compostage. À l’origine, ECLA produit des mangues et des anacardes, qu’on appelle, nous, des noix de cajou. Malheureusement, la fondation n’a pas les moyens de traiter la production et d’en faire la transformation. Tout ce qui est produit doit être consommé ou vendu immédiatement, ce qui entraîne de lourdes pertes. « On considère qu’il y a entre 50 et 90 % de pertes, et toute cette matière est jetée dans la nature. C’est alors qu’est venue l’idée de composter ces déchets. »
Pendant deux ans, on a travaillé au projet de compostage. Tous les producteurs de la région se sont déplacés sur le site pour y apprendre les rudiments du compostage. Aujourd’hui, on produit un compost de qualité indispensable pour nourrir la terre. Une terre sablonneuse, usée d’avoir été trop travaillée.
La production de riz au Burkina Faso se pratique de manière traditionnelle en zones inondées. Mais, pour augmenter cette production, on doit trouver de nouvelles manières de faire. La région de Toussiana est luxuriante, c’est ici qu’on reçoit la plus grande quantité de pluie de tout le pays. ECLA a eu la brillante idée d’utiliser le compost qu’elle produit. La technique est simple : « On creuse une grande fosse, on y dépose le compost à une certaine profondeur. Ça permet d’enrichir la terre, mais aussi de la garder plus humide, et ce, sans irrigation », explique Mélina Rosay.
On qualifie cette technique de « pluviale stricte ». Ici, dans la région, ça signifie que la population ne peut cultiver le riz que durant la saison des pluies, qui s’étend de juin à la fin septembre. Jusqu’à maintenant, grâce au compost, on a réussi à tripler la production par hectare. Évidemment, depuis quelques années, les changements climatiques se sont invités dans la partie et tout se dérègle, ce qui cause toute cette crise alimentaire dans la grande région du Sahel. « C’est donc cette saison des pluies qui détermine si les gens vont bien manger ou non durant l’année. »
Vers 2013
Ce projet commun Oxfam-ECLA réussit à nourrir 125 familles et les producteurs parviennent aussi à vendre une partie de leur production. « On voit un engouement pour ce projet ici même, auprès de la population. Les gens adorent le riz et souhaitent donc en produire. » Comme tout se passe très bien, la deuxième phase de ce projet devrait se poursuivre jusqu’en 2013. Les fonctionnaires du gouvernement s’intéressent de près à ce projet, qu’ils ont visité à quelques reprises. Il s’agit là d’un projet-pilote, et le but est d’étendre la technique de production à tout le pays.
Oxfam et son partenaire, ECLA, tenaient à faire participer un maximum de femmes et de jeunes à ce projet. « L’année dernière, nos efforts se sont concentrés à amener des femmes au projet. Cette année, on souhaite faire participer encore plus de femmes et aller chercher en plus une quarantaine de jeunes qui sont dans un centre de formation, afin qu’ils développent leurs propres champs », ajoute Mme Rosay.
Tout un volet du projet de rizière se fait plus discrètement. Il s’agit des négociations avec des chefs tribaux et les grands propriétaires terriens. « Les populations de la région sont souvent obligées de vendre leur terre à de plus riches propriétaires, ou encore ces mêmes propriétaires prêtent leurs terres et les reprennent sans avertissement, laissant ainsi les exploitants sans ressources. On travaille avec les leaders administratifs, mais aussi avec les chefs qui sont très respectés, on tente de faire émettre des titres terriens », explique Mélina Rosay. Évidemment, des efforts de négociations comme ceux-là prennent du temps, mais, lentement, on change les mentalités.
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