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    Plan Nord, Plan Mâle

    Le projet nordique pourrait creuser encore davantage le fossé entre les sexes, selon le Conseil du statut de la femme

    Selon le CSF, le Plan Nord poussera certains jeunes à quitter l’école secondaire pour occuper des emplois bien rémunérés sur les chantiers et dans les mines.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Andrew Vaughan Selon le CSF, le Plan Nord poussera certains jeunes à quitter l’école secondaire pour occuper des emplois bien rémunérés sur les chantiers et dans les mines.
    Le Conseil du statut de la femme (CSF) exhorte Québec d’agir afin que le Plan Nord soit autre chose qu’un projet par les hommes, pour les hommes. Des indices portent déjà à croire que le développement économique nordique pourrait creuser encore davantage le fossé entre les sexes, écrit le CSF dans un avis publié aujourd’hui, jeudi.

    Que récolteront les femmes dans le sillage du Plan Nord ? Trop souvent, les emplois les moins bien rémunérés - femme de chambre, préposée à l’entretien ménager, secrétaire.


    La violence sexuelle et le décrochage scolaire sont d’autres conséquences craintes par le CSF.


    Sa présidente, Julie Miville-Dechêne, reste prudente : elle ne prétend pas lire dans une boule de cristal. Mais les témoignages qu’elle a recueillis lui font entrevoir des risques réels. « Il serait trop dommage que le Plan Nord creuse les inégalités », a-t-elle confié dans un entretien avec Le Devoir. « Il y a moyen d’agir maintenant », selon elle.


    L’équipe du CSF, dont la chercheuse Nathalie Roy et Mme Miville-Dechêne elle-même, a enquêté dans ces communautés reculées où débarquent les nouveaux chercheurs d’or et de métaux. Ce qu’elles y ont trouvé les préoccupe au plus haut point.


    Certains indices laissent entendre que les jeunes pourraient quitter l’école secondaire pour occuper des emplois bien rémunérés sur les chantiers et dans les mines, écrit le CSF.


    Selon le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de La Pointe du jour de Sept-Îles et de Port-Cartier, des adolescents, alléchés par les salaires élevés, quittent les bancs d’école sans diplôme.


    Le directeur des services éducatifs de la commission scolaire de la Moyenne-Côte-Nord rapporte que les entreprises recrutent des élèves de plus en plus jeunes.


    Mais la problématique la plus criante reste celle de la violence sexuelle.


    Élyse Vollant, une femme innue de Maliotenam, sur la Côte-Nord, rapportait récemment lors d’une conférence à Montréal que l’histoire des viols de deux de ses consoeurs à Schefferville l’a bouleversée.


    Selon le CSF, on voit apparaître un commerce de services sexuels dans les localités voisines du chantier de la Romaine. On apprend aussi que des adolescentes font appel au CALACS après avoir été « ramassées par des adultes » qui les ont droguées pour mieux en abuser.


    « On ne prétend pas avoir de chiffres, seulement des témoignages », dit Mme Miville-Dechêne. Elle demande à Québec de lancer une étude sur la question afin de trouver des solutions.

     

    Défi de recrutement


    Ici, peu de femmes conduisent de la machinerie lourde ou descendent dans les entrailles de la Terre : environ le tiers des emplois miniers étaient occupés par des femmes en 2006. Il y a moins d’une femme sur 100 employés dans le secteur de l’extraction proprement dit.


    « Il ne faut pas juste se dire qu’elles ne sont pas intéressées, croit Mme Miville-Dechêne. En plus, tous ceux à qui j’ai parlé m’ont dit que les femmes sont de meilleures conductrices de véhicules lourds, qu’elles sont plus prudentes. On pourrait offrir des formations ciblées dans les communautés autochtones, pourquoi pas ! » Formation, environnement de travail sécuritaire et accueillant, logement, garderies : les entreprises doivent faire un effort pour attirer une main-d’oeuvre féminine.


    Mme Miville-Dechêne croit que Québec pourrait s’inspirer de Terre-Neuve, qui demande aux entreprises du secteur des ressources naturelles de se doter de programmes d’équité en emploi.


    En tout, le CSF formule 14 recommandations, qui vont d’une plus grande représentation féminine dans les processus décisionnels à la construction de logements.


    Pour Julie Miville-Dechêne, « il faut aussi responsabiliser les entreprises qui viennent faire des profits avec le sous-sol québécois ».


    ***
     

    «Il faut que ça change»


    La Commission de la construction du Québec dénonce le difficile accès des femmes au milieu de la construction. « Il faut que ça change, a lancé la présidente de la CCQ, Diane Lemieux. La question de l’accès des femmes aux chantiers de construction et de leur maintien en emploi dans ce secteur en est une de droit, de justice, d’équité et de nécessité pour l’industrie de la construction. »
     

    En 1996, l’industrie s’était engagée à porter à 2 % la représentation des femmes sur ses chantiers sur un horizon de 10 ans. « Quinze ans plus tard, la proportion des femmes actives dans l’industrie de la construction atteint 1,3 % », dénonce la CCQ.
     

    Selon la CCQ, seulement 7 % des 25 000 employeurs de la construction embauchent des femmes. Ces dernières sont deux fois plus nombreuses que les hommes à abandonner le métier, et 52 % de celles qui l’ont fait disent avoir vécu de la discrimination.
     

    Pour Karyne Prégent, responsable de la condition féminine pour la CSN-Construction, ces données viennent « confirmer la discrimination systémique que nous voyons sur les chantiers ».

     
     
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