Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Le plan d’action adopté en 2004 ne correspond plus à la réalité

«La participation citoyenne à l’intérieur du milieu communautaire a joué un rôle déterminant dans le développement du Québec »

Photo : Newscom
L’action communautaire autonome, présente dans de nombreux domaines et secteurs, fait face à plusieurs enjeux. Mais une lutte primordiale demeure à son ordre du jour : celle pour une véritable reconnaissance.

L’action communautaire autonome est, en théorie, reconnue à Québec par la Politique gouvernementale sur l’action communautaire, votée en 2001. Mais son application demeure inégale d’un ministère à un autre, soulève le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA).


Certains ministères sont réticents, d’autres ne l’appliquent que partiellement, déplore Normand Gilbert, coordonnateur du RQ-ACA. Il prend pour exemple le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui ne respecte actuellement que six critères sur les huit qui définissent l’action communautaire autonome dans ladite Politique.


De plus, le Plan d’action en matière d’action communautaire autonome, adopté en 2004, « est passé date [sic] ». Le RQ-ACA avait déjà entrepris des démarches avec le précédent gouvernement pour en arriver à une nouvelle mouture. Mais, avec le changement de garde à Québec, le réseau a demandé une rencontre avec la première ministre, Pauline Marois, et la ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais. « Les fonctionnaires, ils vont à la pièce, mais il n’y a pas une vision d’ensemble, un plan d’action, concernant les relations entre le gouvernement et le milieu communautaire », constate Normand Gilbert.

 

Sous-financement


Pour le RQ-ACA, ce problème de reconnaissance engendre un sous-financement chronique. Depuis le début des années 1990, un désengagement de l’État dans certains services délègue aux organismes communautaires un lourd fardeau. Et le financement n’a pas suivi en conséquence.


En 2010-2011, le gouvernement a versé un total de 860 millions de dollars en action communautaire. Mais le réseau estime que 350 millions de dollars supplémentaires seraient nécessaires pour permettre aux organismes de fournir les services adéquats tout en stimulant leur vie associative. Pour les quelque 2900 organismes oeuvrant dans la santé et les services sociaux, 294 millions manqueraient à l’appel, alors que l’enveloppe du ministère de la Santé et des Services sociaux consacrée à l’action communautaire avoisinait les 457 millions en 2010-2011.


« Quand les CLSC, les CSSS ou l’appareil gouvernemental dirigent les personnes vers les organismes communautaires, effectivement il y a une augmentation de demandes de services et cela crée une pression », confirme M. Gilbert.


Un manque à gagner de 19 millions s’observerait aussi chez les organismes de défense collective des droits. « Le gouvernement veut financer des choses, mais en même temps il n’aime pas trop financer la défense de droits, parce que souvent elle revient demander des comptes au gouvernement. C’est une double dynamique qui fait que, justement, ces groupes sont les plus mal financés de tous. Et de loin », indique Julie-Maude Beauchesne, agente d’information du RQ-ACA.


Charité ou solidarité?


Le RQ-ACA s’inquiète d’un autre désengagement de l’État : tout le financement octroyé par le biais de partenariats avec des fondations privées. « Est-ce que l’État est en train de favoriser l’axe de la charité par rapport à celui de la solidarité ? », s’interroge à ce sujet M. Gilbert.


« Une de nos revendications, qui était indiquée dans la politique gouvernementale, d’ailleurs, c’était que l’État subventionne les organismes communautaires autonomes pour l’ensemble de leurs actions, ce que nous, on appelle la mission. En passant par différentes voies, dont les fondations, ce qu’on favorise, ce sont les projets, des ententes de services, ce qui exclut généralement la vie associative d’un organisme. C’est important. Ça prend de l’énergie et des sous pour favoriser la vie associative d’un organisme. En fonctionnant par projets, ça va à l’encontre même de la politique gouvernementale qui favorise le financement à la mission. »


Selon Henri Lamoureux, spécialiste de l’action communautaire, l’un des principaux problèmes, de ce côté, découle du fait « que les fondations sont absolument incapables d’assurer la pérennité d’un service ». En 2010, M. Lamoureux a publié l’essai La pratique de l’action communautaire autonome (PUQ). À son grand désarroi, l’éthicien, « critique, mais solidaire », dit constater que les activités d’éducation populaire et de revendication politique s’amenuisent dans les organismes où il se présente pour donner des conférences.


« J’ai souvent dit qu’il devrait se tenir régulièrement des états généraux du milieu communautaire », déclare M. Lamoureux. Mais le milieu communautaire doit faire ses devoirs et présenter ses cahiers des charges au gouvernement, prévient-il. « Il est évident que tout ce monde-là doit s’asseoir ensemble, mais il ne faut surtout pas que les milieux communautaires soient à la remorque des planifications étatiques. »


Un modèle québécois remarquable


Selon lui, la politique gouvernementale de 2001 est parsemée d’écueils. « Il y a la reconnaissance des milieux communautaires comme un gisement de ressources, mais aussi comme une école de la démocratie. Je pense que le modèle québécois, sur ce plan-là, est assez remarquable et l’un des plus intéressants au monde. Là où la reconnaissance cesse, c’est dans l’organisation de l’assiette fiscale. De plus en plus, on va offrir aux organismes communautaires de l’argent, à condition qu’ils acceptent de s’inscrire dans un contrat de services partagés avec le secteur public, ou même le secteur privé. »


M. Lamoureux précise qu’« il y a un problème de sous-financement, dans la mesure où on veut faire atteindre aux gens qui sont dans le milieu communautaire le même niveau que les gens qui travaillent dans le secteur public ». Il recommande aux organismes communautaires de « bien exprimer les limites de leurs compétences ».


Puis, en matière de reconnaissance, le milieu communautaire accuse un manque de visibilité criant, d’où l’organisation d’une semaine autour de ce thème. « Souvent, le milieu communautaire travaille dans l’ombre. Les gens ne sont pas au courant de l’ampleur du travail qui est fait dans chaque région du Québec », explique Julie-Maude Beauchesne.


Nécessaire relève


Elle indique qu’il y a un sérieux enjeu du côté de la relève. « C’est une préoccupation pour beaucoup de groupes, parce que des bénévoles de longue date, la plupart peuvent en connaître, mais, à un moment donné, ces gens-là vieillissent. On a bon espoir, avec ce qui s’est passé au printemps, que la jeunesse, qu’on disait apathique, va pouvoir, au contraire, donner beaucoup et s’investir. Notre rôle, c’est justement de lui dire qu’il y a de quoi à faire et qu’on lui ouvre la porte. On donne même des outils, parce qu’on est tout de même structuré et organisé. »


De plus, dans une perspective historique, « on ne se rend pas compte à quel point la participation citoyenne à l’intérieur du milieu communautaire a joué un rôle déterminant dans le développement du Québec, insiste de son côté M. Lamoureux. C’est une pierre angulaire de notre destin collectif. »



Collaborateur

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel