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    La Rue des femmes - Des besoins toujours plus grands

    L’organisme communautaire souhaite ouvrir une troisième maison d’aide

    20 octobre 2012 |Martine Letarte | Actualités en société
    L’organisme La Rue des femmes a accueilli l’an dernier plus de 500 femmes en état d’itinérance.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’organisme La Rue des femmes a accueilli l’an dernier plus de 500 femmes en état d’itinérance.
    La Rue des femmes fait davantage que de fournir un toit, de la nourriture et des vêtements aux femmes en état d’itinérance. L’organisme les soigne pour qu’elles puissent guérir et retrouver une certaine autonomie. Puisque les besoins sont plus grands que sa capacité d’accueil actuelle, La Rue des femmes souhaite ouvrir une troisième maison l’an prochain.

    Une femme qui se retrouve à vivre dans la rue a généralement vécu l’invivable. Extrêmement blessée, elle a souvent perdu sa capacité d’être en lien avec elle-même et avec les autres, d’où sa difficulté à fonctionner dans la société. C’est ainsi que Léonie Couture, fondatrice et directrice générale de La Rue des femmes, décrit la situation de plusieurs femmes qui cognent à la porte de son organisme. La Rue des femmes tente donc de soigner leurs blessures, qui remontent souvent à l’enfance, pour les amener à sortir de la rue.


    « Ce n’est pas de la mauvaise volonté qu’on voit chez ces femmes, mais de réelles blessures, précise Mme Couture. Plusieurs ont été victimes de violence, abandonnées. Ce sont d’importants traumatismes qui affectent leur comportement. C’est comme quelqu’un qui a une jambe cassée. S’il marche dessus, il marchera croche. »


    Léonie Couture donne l’exemple du cas extrême d’une dame qui est arrivée à La Rue des femmes alors qu’elle en était rendue à dormir dans le parc Viger. « Elle s’était mise à consommer de plus en plus et elle avait des problèmes de santé mentale qui empiraient. Son comportement dérangeait énormément les autres, donc elle s’était fait exclure des autres ressources de la collectivité. La femme était vraiment en détresse lorsqu’elle est arrivée à La Rue des femmes », se souvient la directrice générale de l’organisme, qui a accueilli l’an dernier plus de 500 femmes en état d’itinérance.


    La Rue des femmes agit comme une communauté d’inclusion auprès de ces femmes blessées. « C’est évident que cette femme qui arrivait du parc Viger avait des besoins d’hygiène à satisfaire, mais elle avait aussi besoin d’être accueillie, d’être comprise, explique Léonie Couture. Une désocialisation s’était faite. Cette femme était un cas grave, mais nous devons toujours accompagner ces femmes à partir d’où elles sont rendues. Rebâtir la confiance de ces femmes envers les autres et envers la société est un long processus. »


    La Rue des femmes, c’est d’abord un centre ouvert cinq jours par semaine. « Elles viennent parfois seulement pour manger, mais nous sommes là pour les accueillir, les écouter, précise Mme Couture. Nous leur proposons aussi différentes activités. Beaucoup d’art-thérapie : musique, arts plastiques, tam-tam, écriture, théâtre. Ce genre d’activités permet aux femmes de s’exprimer et de réintégrer le monde relationnel en se côtoyant. »


    L’organisme a aussi des chambres où les femmes peuvent s’installer. « Parfois, c’est pour deux mois, d’autres fois, pour un an ou deux, indique la directrice générale. On ne peut pas les pousser à aller plus vite qu’elles en sont capables. Parfois, il y a la drogue et aussi des problèmes de santé mentale. Ce n’est pas facile. Il arrive qu’elles fassent un séjour à l’hôpital, puis elles reviennent. »


    C’est en travaillant dans différents organismes comme le Centre de santé des femmes, le Mouvement contre le viol et l’inceste et des groupes d’alphabétisation que Léonie Couture a eu l’idée de créer La Rue des femmes. « Je voyais des personnes si blessées que je me disais qu’on ne pouvait pas les amener à s’en sortir en leur donnant par exemple un rendez-vous par semaine, raconte-t-elle. Ces personnes avaient besoin de beaucoup plus. Elles avaient besoin d’un milieu de vie, d’une communauté d’inclusion, d’un endroit où elles seraient accueillies sans être jugées. Elles avaient besoin que leurs blessures soient reconnues et de développer des moyens pour que, tranquillement, elles puissent s’en sortir et retrouver une certaine autonomie. »

     

    Une troisième maison


    La Rue des femmes a vu le jour en 1994. En 2002, l’organisme a ouvert la Maison Olga, où les femmes peuvent être hébergées à court, à moyen et à long terme. On y retrouve 20 chambres. Le Centre Dahlia, ouvert en 2006, compte pour sa part treize studios de transition supervisés, pour faciliter le passage des femmes à un logement autonome.


    L’organisme accueille aussi des femmes en situation d’urgence. « Nous avons trois espaces pour elles, mais ce n’est vraiment pas suffisant, affirme Mme Couture. Elles se retrouvent souvent sept, huit ou dix femmes ; nous poussons nos limites au maximum. Malgré cela, nous sommes obligés d’en refuser plusieurs. L’an dernier, ce sont 3500 demandes que nous avons dû refuser. C’est très dur, vous savez. Ces femmes sont dans le besoin, elles sont en détresse et, parfois, elles demandent seulement de pouvoir entrer et rester assises sur une chaise. »


    C’est justement pour offrir plus de places d’urgence que La Rue des femmes souhaite ouvrir une troisième maison. « On retrouverait aussi dans cette maison un autre centre de jour, précise Mme Couture. Nous avons ciblé une maison que nous souhaitons acheter pour la rendre opérationnelle l’automne prochain. »


    Financer un tel projet n’est pas une mince affaire pour un organisme comme La Rue des femmes. « Une partie du financement a été réunie grâce à l’appui du gouvernement et du secteur privé, mais nous avons encore beaucoup de travail à faire, indique Mme Couture. Nous devons trouver de grands partenaires, de grands donateurs et amener le gouvernement à donner encore davantage. »


    Financer les activités quotidiennes des deux maisons de La Rue des femmes demeure également toujours un défi pour la fondation de l’organisme. « Pour réaliser nos activités, nous avons besoin de plus de 50 employés. Les salaires représentent donc énormément d’argent pour nous, même si nous avons des bénévoles qui donnent environ 5000 heures par année. Un peu plus de la moitié de notre budget de 1,5 million vient du gouvernement. Trouver le restant des fonds nécessaires n’est jamais facile pour notre fondation. »



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