Coalition des tables régionales d'organismes communautaires - Un financement qui laisse à désirer
Le Québec compte quelque 3000 associations communautaires autonomes dont la mission est d’offrir des services en lien avec la violence conjugale, la toxicomanie, les cuisines collectives, les groupes d’entraide et les maisons d’hébergement.
Des organismes distincts de l’État qui ont été créés par et pour la collectivité. « Une des grandes richesses du milieu communautaire, c’est que chaque collectivité développe ses propres groupes à partir de sa réalité, de sa vision et avec une approche qui lui est propre », constate Sébastien Rivard, coporte-parole de la Coalition des tables régionales d’organismes communautaires (CTROC).
Et c’est justement la disparition de cette multitude d’approches que craint l’organisme qui intervient comme interlocuteur auprès du gouvernement pour défendre leurs droits. « Parfois, pour obtenir un financement, on doit adhérer à une certaine vision, et c’est un peu dommage, parce que ça vient tuer la diversification des pratiques et des types d’approche. »
Sébastien Rivard parle d’« homogénéisation » des approches et donne l’exemple des programmes de santé publique du gouvernement qui, depuis plusieurs années, font la promotion de saines habitudes de vie et de la prévention précoce dès la petite enfance. « C’est une vision particulière de ce qu’on devrait faire en matière de prévention. […] Et cette vision débarque dans les collectivités à travers divers programmes, faisant en sorte que certains organismes sont, en quelque sorte, obligés d’adhérer à cette vision pour obtenir du financement, parce que ceux qui veulent faire les choses différemment ne reçoivent plus de financement. »
Pression des bailleurs de fonds
Et il n’y a pas que le gouvernement qui puisse exercer une certaine pression sur les groupes qui sont, selon le CTROC, chroniquement sous-financés. « La vigilance s’exerce également envers les bailleurs de fonds qui pourraient avoir des attentes, faisant en sorte qu’un organisme doive changer sa nature pour obtenir du financement », ajoute Mercédez Roberge, de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles.
Les deux regroupements, qui défendent les organismes communautaires à travers le Québec, s’inquiètent notamment de l’importance que prend la Fondation Chagnon - une fondation privée -dans le paysage communautaire québécois. « Cela nous préoccupe en raison de son ampleur et du partenariat avec le gouvernement, qui lui confie des responsabilités dans un nombre de domaines de plus en plus important, comme la petite enfance, les aînés ou les proches aidants. Ça devient presque un institut privé de santé publique et cela, pour nous, est très préoccupant », explique M. Rivard.
Du financement à la mission
Le problème se résume, si on simplifie un peu, au financement, qui stagne depuis trop longtemps en raison des mesures d’austérité imposées par le gouvernement.
« Ce qu’on souhaite, c’est que soit consolidé le financement des groupes afin qu’ils puissent avoir assez d’argent pour assurer leur autonomie complète, résume Sébastien Rivard. Cela veut dire que, comme organisme, on a les moyens de payer le loyer et les frais pour les activités régulières. »
La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles estime que le manque à gagner, pour ses 3000 membres, est de 225 millions de dollars sur une base annuelle, ce qui représente une augmentation de 0,75 % dans le budget global du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui les finance déjà à hauteur de 2 %.
Non seulement le financement n’est pas à la hauteur, dénonce Mercédez Rodrigue, mais en plus il n’est pas inscrit dans le budget, ce qui ne permet pas aux organismes de faire des prévisions. « S’il y avait un programme national consacré, les règles seraient plus claires et plus simples. Il y aurait plus de transparence au niveau des sommes prévues et dépensées et les groupes pourraient planifier l’année suivante. »
Les deux regroupements de défense des organismes communautaires interpellent le nouveau gouvernement de Pauline Marois afin qu’il mette en place un « financement stable et récurrent » pour les organismes.







