Réseau québécois des groupes écologistes - Pour la mémoire de tous
Le RQGE dépose une histoire dissidente du mouvement écologiste
Président du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), Stéphane Gingras nous dit que l’idée à la base du livre intitulé 30 ans au RQGE : une histoire dissidente du mouvement écologiste au Québec était de répertorier les actions de la lutte écologiste québécoise. « Une de nos plus grandes difficultés est de maintenir une mémoire institutionnelle et historique, étant donné le roulement important chez les militants qui s’engagent dans le réseau. »
Ce renouvellement est normal et même sain, dit-il, mais il entraîne une lourde tâche, celle de réexpliquer constamment « les tenants et aboutissants de la lutte » aux nouveaux venus. « Ainsi, ce livre dresse un portrait auquel on va pouvoir se référer. Les plus anciens d’entre nous auront réussi au moins une chose, c’est de transmettre l’information pour que les plus jeunes prennent la relève en toute connaissance de cause. »
« Je pense également que c’est un livre de référence pour quiconque veut comprendre l’évolution du mouvement écologiste québécois. » Cette histoire est étonnante, et largement méconnue, nous confie l’auteur de l’ouvrage, Philippe Saint-Hilaire-Gravel : « L’histoire de l’écologie qu’on entend en ce moment est surtout racontée par les acteurs qui ont les moyens de la faire entendre, ceux qui ont réussi à s’implanter dans le mouvement écologiste. »
Le RQGE, lui, bien qu’il ait joué un rôle central au sein de la mouvance verte depuis trente ans, a plutôt été marginalisé au fil des années. Ses groupes membres, qui sont aujourd’hui environ 70, font partie d’un courant dont la critique est plus globale et donc moins susceptible d’être bien reçue par l’industrie et les pouvoirs en place. Cette « histoire dissidente » a donc un parti pris avoué, celui de l’écologie citoyenne.
Les verts d’ici se font surtout connaître à partir des années 1970, avec des luttes contre les grands projets hydroélectriques, la pollution atmosphérique et la construction de centrales nucléaires. Plusieurs manifestes écologistes sont aussi publiés. En 1973 paraît une oeuvre marquante, Inscape and landscape, de Pierre Dansereau, véritable pionnier québécois de l’écologie. Le réseau naît pour sa part en 1983, par suite de la volonté des différents groupes de se concerter et de s’informer mutuellement. Il forme alors un spectre composé d’une multitude de vertes visions des choses.
Une fracture importante survient toutefois au milieu des années 1990. « J’ai été au centre de cette rupture comme vice-président du réseau à l’époque, se souvient M. Gingras. Elle était de deux ordres. Premièrement, c’était une rupture de la solidarité entre les groupes membres du réseau au niveau du financement. À mon avis, certains groupes n’ont pas fait une analyse très poussée de l’offre gouvernementale de financer les Conseil régionaux de l’environnement (CRE) dans toutes les régions administratives du Québec, au détriment des groupes de base. Si la solidarité avait été maintenue, nous aurions peut-être pu orienter les choses autrement. »
Des acteurs du réseau se rallient au cours de cette décennie à la concertation gouvernementale et industrielle qui prend place, délaissant l’organisation citoyenne et l’agitation. Les groupes citoyens voient leurs budgets coupés et leur voix marginalisée dans le concert. En réaction à ce coup dur, le ton critique du réseau monte d’un cran à partir de 1996. Parallèlement, la notion de développement durable s’implante dans le discours des instances vouées à la défense de l’environnement, et l’ÉcoSommet, organisé la même année, en sera la grande foire. Selon M. Saint-Hilaire-Gravel, c’est aussi à cette époque que le marketing vert fait son apparition. Visiblement, le vert devient une affaire profitable.
C’est aussi une rupture philosophique entre différentes approches de changement social qui se crée, poursuit le président. Le gouvernement savait ce qu’il faisait, dit-il, en offrant aux groupes écologistes la concertation comme mode de règlement des conflits liés à l’environnement. « Certains ont cru de bonne foi que, en s’assoyant à la table de leur Conseil régional de l’environnement, ils seraient en mesure d’influencer “ de l’intérieur ” les politiques régionales. Au lieu de cela, les CRE sont devenus des “ créatures ” du gouvernement, où le message écologiste est passablement amoindri à cause de la maxime “ Ne mords pas la main qui te nourrit ”. C’est d’ailleurs ce que nous avions prévu. »
Les enjeux actuels
Le Sommet des Amériques tenu à Québec en 2001 et les enjeux écologiques des négociations qui s’y tiennent contribuent à élargir davantage le fossé entre deux tendances vertes, selon M. Saint-Hilaire-Gravel, qui y voit une deuxième rupture historique. Se concrétise là le fait que le discours citoyen et celui du développement durable se retrouvent dans des lieux de pouvoir complètement différents. Le RQGE, qui constate que les normes écologiques sont perçues dans les hautes sphères comme des obstacles au libre commerce, organise dans la capitale un sommet alternatif écologique, qui lui permet d’amorcer des partenariats avec les mouvements communautaire et altermondialiste, ainsi qu’avec les syndicats.
Selon l’auteur du livre, l’arrivée des libéraux au pouvoir en 2003, avec à leur tête un ancien ministre conservateur de l’Environnement, a fait du fossé une véritable tranchée. Les membres du RQGE ont par ailleurs toujours demandé que les groupes écologistes du Québec soient financés à la mission, et non par projets, car cette méthode pose des problèmes liés à l’indépendance d’action. Le réseau a survécu grâce aux subventions qu’il reçoit en tant que groupe d’action communautaire autonome. Son inscription dans cette mouvance s’est faite naturellement.
« L’action communautaire, qui facilite une plus grande participation des membres de la collectivité à la prise de décisions, me semble de plus en plus essentielle, nous dit son président. Il est clair pour moi que notre système politique de même que la plupart des systèmes politiques en Occident ont intérêt à mieux intégrer les aspirations et les revendications des collectivités qu’ils sont censés représenter. Je suis sincèrement convaincu que la participation et l’action des groupes communautaires autonomes et indépendants contribuent à l’avancement des débats sociaux et à l’amélioration du sort de l’humanité et de l’environnement. »
Il espère l’avènement d’une société plus écologique qui serait centrée sur les aptitudes humaines plutôt que sur la surconsommation. Devant l’échec du système capitaliste, qui n’a pas su démontrer sa capacité à gérer les ressources de notre planète de façon responsable, une refonte du système économique est nécessaire, dit-il. Elle doit mettre à l’avant-plan les considérations écologiques et la capacité portante des écosystèmes.
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