Journée du travail décent - Le Canada a créé une sous-classe de travailleurs étrangers
Et depuis quelques années, le nombre de ces travailleurs dépasse celui des immigrants admis au Canada. En 2009, les entreprises canadiennes de différents secteurs en employaient en effet 300 000, alors que l’immigration traditionnelle était gelée à quelque 250 000. Leur embauche au Canada est légale et cautionnée par un projet pilote concernant les travailleurs étrangers temporaires non qualifiés, mis sur place par le gouvernement fédéral en 2002.
C’est ce que dévoilent Marie Boti et Malcolm Guy dans le documentaire La fin de l’immigration, lancé cette semaine à l’Écomusée du fier monde, en prévision de la Journée pour le travail décent qui se tient partout au Canada ce dimanche. Selon les réalisateurs, le pays prend ainsi le virage d’une immigration « privée », initiée et contrôlée par les entreprises, et qui n’offre aucune garantie à ceux qui en sont l’objet. Pour illustrer son propos, Malcolm Guy compare le cas de ces travailleurs à celui de ses propres parents, arrivés ici en provenance d’Angleterre dans les années 1950, sans compétences particulières, mais qui ont pu, grâce aux programmes d’immigration en vigueur à l’époque, s’installer au Canada et y passer le reste de leur vie.
Un espoir ténu
Car une forte proportion de travailleurs qui arrivent ici dans le cadre de tels programmes porte l’espoir de devenir en définitive résident permanent du Canada. Or, pour accéder à ce statut, les travailleurs doivent réussir à être acceptés dans des programmes provinciaux et réussir à changer de catégorie d’emploi pour devenir des travailleurs qualifiés.
En fait, les expériences des travailleurs étrangers non qualifiés varient beaucoup selon les entreprises qui les emploient. Ainsi, certains employeurs assument les frais de voyage de leurs employés, d’autres non. Un employé interrogé dans le film est forcé par son employeur de payer le double de la valeur de son loyer parce qu’il ne l’occupe que quelques mois par année. D’autres se voient imposer des frais de plusieurs milliers de dollars par l’agence qui les recrute dans leur pays simplement pour avoir la possibilité de venir travailler ici.
« Il y a des cas d’illégalité, mais ce que nous avons voulu montrer d’abord et avant tout, c’est que cette embauche de travailleurs étrangers est parfaitement légale », explique Malcolm Guy.
Reste qu’au mois de février dernier, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec dénonçait la « discrimination systémique » dont sont victimes ces immigrants et demandait au gouvernement du Québec de réviser ses pratiques à leur égard. Leur statut « non seulement restreint leur liberté d’établissement et leur accès au programme de regroupement familial, mais cela porte atteinte à leur droit à la liberté et à leur droit à des conditions de travail justes et raisonnables qui respectent leur santé, leur sécurité et leur intégrité physique », écrivaient les membres de la Commission dans un avis.
Dans le documentaire de Boti et Guy, on peut voir un candidat à un poste chez McDonald’s à qui on fait promettre qu’il ne cherchera pas à travailler pour un autre employeur, mais aussi qu’il n’exigera pas de rentrer dans son pays, et ce, même si sa famille était secouée par la mortalité. Un autre, vivant au Canada, raconte que son employeur menace de le renvoyer dans son pays s’il ne va pas travailler, même malade.
En fait, depuis 2011, ces travailleurs ne peuvent pas être employés au Canada plus de quatre ans d’affilée. Au terme de leur contrat, ils rentrent donc chez eux, temporairement, souvent pour voir brièvement leurs enfants avant de repartir pour travailler ailleurs.
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Précision du 11 octobre 2012
L’article précédent fait état des conditions de travail des travailleurs étrangers consenties par certaines entreprises, inférieures à celles des employés canadiens. Parmi d’autres, le cas de l’usine albertaine d’Olymel est cité. La direction d’Olymel récuse cette affirmation et assure que tous ses travailleurs étrangers temporaires sont syndiqués et jouissent des mêmes conditions de travail et de rémunération que leurs collègues canadiens. De plus, divers services leur sont offerts par l’entreprise, dont une assurance maladie privée.










